J’ai eu une invitation Google Wave aujourd’hui. Un immense merci au généreux mécène !
J’ai ouvert l’interface et je n’ai rien compris (ou peu s’en faut). Donc je vais en dire quelques mots, mais je préviens d’emblée que c’est sans aucune compétence particulière. Oublions un peu de la technique pour une fois (je plaisante, voyons !).
Une question piège
J’ai été frappé de lire, dans des messages sur Google wave (des wavelettes) mais aussi un peu partout sur Internet, des tentatives de réponses à la question : Bon, à quoi ça va servir ? Du reste, ce fut aussi ma première interrogation.
Généralement, même, il n’y avait que la question, et pas vraiment de réponse.
Comme j’ai l’esprit pratique, je pars du principe qu’une question à laquelle je n’ai pas la réponse est une question mal posée.
Mais revenons un peu à l’histoire de l’apparition de Google Wave.
Vous souvenez-vous ? Les premières informations sur cet outil, en juin dernier, partaient du postulat de départ : Que serait le mail si on l’inventait aujourd’hui ? Réponse de Google : ce serait Google Wave.
Si vous vous demandez à quoi pourrait vous servir Google Wave, c’est que vous envisagez d’aligner Google Wave parmi tous les outils dont vous vous servez, quotidiennement ou plus rarement, dans votre PC “in the clouds” (càd tous ces services en ligne, pour lesquels vous laissez la gestion de vos données à des serveurs lointains) : vous mettez Google Wave à côté de Google Docs, Delicious, Zotero, Youtube, etc. Et dans cette perspective vous vous demandez quel besoin Google Wave est censé venir combler.
Mais regardez mieux l’affirmation des ingénieurs de Google : la question ne doit pas être “A quoi sert Google Wave ?” mais : “Google Wave répond-il mieux que ma messagerie actuelle à mes besoins et mes usages ?“
La question subsidiaire est : “Qu’est-ce qui a pu amener les ingénieurs de Google à croire que ce truc-là me conviendrait davantage pour échanger avec mes amis et/ou parents et/ou collègues ?“
Quelques constatations simples
Esthétique du fragment
Comme je le disais, je n’ai que très peu exploré Google Wave et n’ai pas compris grand chose. Mais ce qui est clair, c’est que ces ingénieurs ne sont pas partis des pratiques du mail pour essayer de faire “mieux que le mail”.
L’interface qui accueille les échanges, cela ressemble plutôt à
- du chat
- des conversations sur Twitter
- des commentaires sur Facebook
- des réactions sur FriendFeed
Bref, ça ressemble à une manière croissante de converser sur Internet qui consiste à écrire quelques lignes, à attendre une réaction, à en écrire une autre, etc. cependant que d’autres intervenants peuvent revenir sur des points précédents de la conversation.
Un commentateur chez Aliocha (je ne retrouve plus le billet exact) s’étonnait que l’on n’ait pas trouvé mieux à ce jour pour afficher des commentaires que de le faire sous une forme aussi linéaire que l’ordre chronologique. Google Wave essaie de répondre à ce problème : on intervient ou on veut dans la conversation, y compris sur une partie un peu ancienne.
On peut considérer que le courriel était fondé sur la manière postale de communiquer par écrit : certains usages, certaines manières de penser, d’échanger, de concevoir à quoi doit et peut ressembler une discussion. Google Wave est une tentative (réussie ou non ? je ne sais) pour s’adapter mieux aux conceptions que peuvent avoir les internautes de ce qu’est une conversation sur internet.
Si notre cerveau a une préférence pour les échanges rapides, en temps réel, et que notre pensée se forge de cette manière (de petits paragraphes courts, auxquels on peut réagir aussitôt, sont plus faciles à lire sur un écran qu’un mail interminable), par fragments et sédiments, alors Google Wave devrait et pourrait remplacer le mail (et non se surajouter à lui).
Un mobile pour adultes
(par “mobile”, je ne parle pas des téléphones portables, mais de ces objets que l’on suspend au-dessus des lits des enfants)
Les interfaces de Facebook, Twitter, Friendfeed ou Yahoo (puisque je n’ai découvert que récemment que Yahoo s’était mis lui aussi aux “statuts”) ne permettent de publier que du texte brut. Or c’est toujours plus joli (mais aussi plus utile, souvent) quand on peut y rajouter des couleurs, des images, des vidéos, des cartes, etc.
Bref, Google Wave essaie de répondre à une autre frustration : pouvoir converser en n’associant pas seulement à la conversation des liens vers des ressources, mais les ressources elles-mêmes.
(Notez au passage que SideWiki permet lui aussi d’insérer des vidéos dans les commentaires, et certainement plein d’autres choses : après tout, pourquoi une telle limite technique ?)
Bref, Google Wave s’efforce d’intégrer tout ce que l’on pourrait vouloir un jour convoquer dans une conversation sur internet.
Qu’est-ce qu’une conversation sur internet ?
Je n’en sais trop rien. Mais je note tout de même que le mail était, dans sa démarche intellectuelle, calquée sur le modèle du courrier postal. Avec Google Wave, on se détache de cet héritage issu de la “vraie vie ” pour récupérer un peu plus des potentialités du web.
Disons surtout qu’une conversation sur internet n’a aucune raison technique de ressembler à une conversation normale : seules nos manières de la concevoir jouent un rôle.
Si réellement nous passons à Google Wave, nos manières de raisonner lorsque nous sommes sur internet se détacheront un peu plus de ce que nous sommes dans le monde réel.
Jusqu’à ce que, bien sûr, la réalité augmentée nous permette progressivement d’appliquer nos manières de penser du web à ce monde “réel”.
Mais au fait… Est-ce qu’il est judicieux d’appeler “conversation” un échange à 2, 10 ou 50, avec possibilité d’intégrer dans l’échange, comme élément de l’échange, des vidéos, des documents, des tableurs, des images, etc. Peut-être un nouveau terme devra-t-il être adopté pour désigner ce type de communication… Tiens, pourquoi pas : une wave.
En conclusion
Google Wave n’est pas censé servir à un usage précis : dans l’esprit de Google, c’est censé être l’outil d’échange par défaut, visant à remplacer la messagerie. Dois-je me demander à quoi va me servir une messagerie pour me doter d’un compte mail quelque part ? On n’en est plus là. Eh bien, Google Wave prétend déjà n’en être plus là.
Du coup, comment le tester (pour les heureux testeurs…) ? Ma foi, chacun fait comme il veut. Mais il me semble que lancer des waves dans le vide en essayant de percevoir l’intérêt, c’est passer complètement à côté.
Plutôt : passez “naturellement” par Google Wave plutôt que par votre messagerie pour contacter d’autres personnes qui, par hasard ou chance, se trouvent avoir eu aussi un compte GWave. Envoyer leur le message que vous vouliez leur envoyer par mail. Vous verrez ensuite, en cours d’échange, ce que vous permet Google Wave en comparaison à la messagerie classique.
Un exemple ? Vous pouvez répondre point par point à une série de questions, sans utiliser une couleur différente ou sans préciser qu’il s’agit de votre réponse. Ce sont de petites choses comme ça qui devraient permettre de mettre vraiment le pied dedans.