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Sudoc-PS [reloaded]

24/04/2014

Résumé : Dans le présent billet, j’essaie de clarifier mon propos initial exprimé dans celui du 10 avril sur le Sudoc-PS. Ensuite, ça part encore dans tous les sens (c’est même pire que dans le précédent).

Suite à mon précédent billet, j’ai eu pas mal d’échanges, notamment sur Twitter, qui m’ont permis d’avoir des retours intéressants et de préciser ma pensée.

Je commencerai par ce dernier point, car apparemment le sens de mes questions n’a pas toujours été compris (parfois un peu sur le mode : "ça  marche très bien, alors pourquoi tu te poses des questions ?").

Reprise

Puisque j’ai été amené à condenser fortement mon précédent billet, voici une petite autocitation (j’ai reconstitué les tweets émis) :

Je n’ai pas dit que ça ne servait à rien de construire un catalogue national des périodiques, tous types de bibliothèques confondues. https://twitter.com/lullyIl me semble juste que c’est sain de s’interroger sur des réponses apportées il y a 32 ans à un besoin pas clairement exprimé — parce que le signalement des périodiques, ce n’est pas le besoin lui-même, c’est la réponse qui lui a été apportée.
Par ailleurs, l’apparition de Colodus est peut-être le bon moment pour se poser cette question, même s’il est possible que la réponse apportée au besoin ré-exprimé sera strictement la même, au final. Mais cela signifie-t-il que se poser la question ne servait à rien ?

Par ailleurs, plusieurs collègues ont extirpé des textes des temps passés :

Extraits

Ces 3 textes dans le sens de ce que je disais, très clairement : ce sont bien les chercheurs qui sont visés, et leurs usages.

Circulaire de 1982

La carte numéro 2 [fournie en annexe de la circulaire] fait apparaître les modifications qui seront nécessaires [au regard de l'organisation actuelle] pour atteindre une organisation régionalisée du catalogue collectif. La région doit en effet recevoir des attributions dans le domaine de la recherche, et c’est ce cadre qui est proposé pour d’autres services communs (formation, patrimoine).
[on est au lendemain de la loi-cadre Defferre sur la décentralisation]

Article du BBF de 1984

Compte tenu de la structure du système français de bibliothèques, la réalisation d’un outil permettant l’orientation des demandes s’avérait nécessaire, principalement pour les périodiques et, plus généralement, pour les publications en série, qui représentent 80 % des documents qui circulent entre les bibliothèques.

Donc si on a choisi les périodiques et non les monographies pour mettre en place un signalement national, ce n’est pas tant parce que ça demandait moins de ressources humaines (hypothèse écartée) mais parce que ça répondait à 80% des demandes de PEB.

Circulaire de 2003

Ces centres régionaux avaient vocation à animer un réseau de nombreuses bibliothèques publiques ou privées, relevant de diverses tutelles, afin de favoriser le signalement et la localisation, dans le catalogue collectif, de tous les périodiques pouvant intéresser la recherche.

Ce qui nous donne là un critère de tri : pas la peine de signaler tous les périodiques. Il faut viser ceux qui peuvent intéresser les chercheurs. L’article de 1984 précise même à ce sujet :

Il faut donc se poser le problème de son "dégraissage" de la partie la moins utilisée. Des statistiques des interrogations permettront de définir une politique en la matière.

(Un centre de ressources Sudoc-PS a accès aux "statistiques des interrogations" du le Sudoc ?)

Et les plans de conservation partagée ?

(je les évoque parce que mentionnés en commentaire de mon précédent billet)

Il n’en est pas du tout question : c’est venu après.

Les PCP sont arrivés suite à l’alimentation d’un catalogue collectif. C’est à dire qu’après avoir alimenté une base commune, on s’est dit que puisqu’elle était là, autant s’en servir intelligemment. Et on s’en est servi.

C’est même devenu une orientation forte de l’activité courante des CR. Donc de telles "innovations" vont bien dans le sens du Sudoc-PS. Je dirais même que les PCP sont une excroissance pas forcément des plus légitime, car elle vise à satisfaire les bibliothèques — alors que le Sudoc-PS a été conçu comme un outil à destination directe des chercheurs.

(oui, je sais, ils s’y retrouvent certainement par effet de bord, mais c’est pour dire !)

Question : qu’est-ce que ça change ?

Peut-être quelques petits trucs. Peut-être beaucoup de choses.

D’abord, le Sudoc-PS est un service rendu aux chercheurs. Dans l’organigramme, il est donc à valoriser comme tel, et pas comme un service interne ne concernant que quelques catalogueurs du SCD et quelques bibliothèques partenaires extérieures à l’Université de rattachement. Ce n’est pas un service interne, ce n’est pas un service aux bibliothèques de la région.
Ca signifie également que ce service peut être valorisé aussi au sein des établissements qui ne sont pas centre de ressources (puisque le service y est également rendu).

Ensuite, il ne suffit pas de décrire une ressource pour la considérer comme "accessible". Ca fait déjà quelques années qu’on s’est rendu compte que pour donner accès aux ressources, signaler n’est pas tout. C’est un préalable.
C’est vrai pour "nos collections" (et c’est comme ça que l’opac a cessé d’être un simple outil de recherche dans nos fonds pour devenir un point d’accès à nos services.
C’est donc vrai aussi pour celles du Sudoc-PS.

Aller au-delà en partant des missions initiales
Je n’ai pas d’idée forcément très avancée. Mais on peut se demander, dans le cadre d’un réseau régional, ce qui pourrait être utile aux chercheurs.
Ont déjà commencé des chantiers de numérisation portés, accompagnés ou simplement recensés par des centres de ressources.
Autre exemple : les ressources documentaires concernant l’histoire locale. Ainsi pour Nice, je dirai, à la va-vite et de façon non exhaustive : le SCD, la BM(VR) de Nice, les Archives départementales, les Archives municipales, le musée Masséna (bibliothèque du Chevalier de Cessole).
Et dans ce cas je ne vois pas l’intérêt de se limiter aux périodiques. Pourtant on reste (il me semble) dans les objectifs de départ.

Sortir du cadre initial
Je l’ai dit plus haut, la mise en place de PCP est déjà d’une certaine manière une dérogation intelligente aux missions du Sudoc-PS. D’autres pourraient voir le jour.
Il suffit non plus de se demander "quelles sont les missions du Sudoc-PS" mais d’énoncer :

  1. que l’on dispose d’un signalement national, toutes bibliothèques confondues, de périodiques présentant un intérêt pour la recherche
  2. que l’on dispose d’un carnet d’adresses de ces bibliothèques, de contacts. D’un référentiel, en somme, mais morcelé, non nationalisé.
    Certaines bibliothèques de réseau contactent déjà leur centre de ressources pour tout autre chose (exemple : "Où trouver une formation sur XXX ?"), tout simplement parce qu’elles y connaissent déjà quelqu’un.

Qu’est-ce qu’on pourrait faire de ces 2 éléments. C’est à construire. Et c’est peut-être aussi aux bibliothèques concernées (celles du réseau) d’en décider. A condition qu’on leur donne la possibilité d’avoir ce choix.

En disant cela, je ne propose pas (quoique ?) que ces bibliothèques définissent ce que "leur" CR de rattachement doit faire pour eux. Je suggère simplement qu’elles aient accès à ces 2 outils (la base de signalement, nationale — et le carnet d’adresses, national) pour leur permettre de s’en emparer. Un peu comme on ouvre une API (ou des données) sans présager de tous les usages qui pourront en être faits.

(Travailler) ensemble, c’est tout

16/04/2014

Deux articles lus récemment se font écho de manière d’une manière très intéressante :

Working together - par Lollyman -- CC-BY-NC-ND-2.0

Working together – par Lollyman — CC-BY-NC-ND-2.0

Dans le premier billet, j’ai l’impression que la quasi totalité des commentateurs (je ne les ai pas relus pour m’en assurer) est passée à côté de la conviction exprimée par Bertrand Calenge, et qui faisait l’objet du billet. Cet article ne venait pas vanter la qualité de l’offre de formation pour les conservateurs (même s’il s’efforçait de donner à voir que tout avait été mis en oeuvre pour qu’elle soit de qualité, et résultait d’un consensus) mais plaider pour que les 2 corps, conservateurs d’Etat et conservateurs territoriaux, continuent de passer par un même creuset.

L’existence d’un creuset commun permettant de s’assurer que l’ensemble de ceux qui "sont passés par là" ont entendu les mêmes discours, et pourront donc partager un même vocabulaire, une même vision — même pour la contester.

Là-dessus arrive ce rapport de l’IGB (dont je n’ai encore lu que le compte-rendu par la Gazette des communes), qui promeut des partenariats plus étroits entre BM et CDI. Et pour cela, l’IGB encourage les bibliothécaires et les documentalistes à apprendre à se parler.

Et comment leur apprendre à se parler ?

La proposition-phare du rapport concerne la formation : les auteurs préconisent de créer une « culture commune », grâce à des cursus de formation partagés.

On y revient : pour savoir travailler ensemble, il faut être passé par une formation commune, qui va nous doter d’outils communs. De schémas de pensée et de langage communs.

Jusqu’à ce jour, j’en étais moi-même plutôt convaincu : indépendamment de ma souffrance personnelle des 18 mois d’Enssib sur laquelle ma pudeur m’incite à ne point m’étaler, j’ai quelque part dans un coin de mon esprit la conviction que si j’ouvre un jour la porte d’une bibliothèque municipale (pour y travailler, hein, pas comme lecteur), je partagerai déjà des manières de réfléchir, et le vocabulaire des maîtres de ces lieux.

———————

Et puis…

Et puis ce billet m’est revenu à l’esprit.

Je me demande finalement si notre satisfaction à disposer ainsi d’un creuset commun, d’une identité professionnelle forte (réseaux, vocabulaire, technicité, etc.) ne sont pas un obstacle quand il s’agit de travailler avec d’autres professions.

Considérer l’objectif d’une formation commune comme un enjeu aussi stratégique et décisif, c’est peut-être déjà se donner un handicap, pour les occasions où on se retrouve à travailler avec des personnes et des services plus diversifiés.

Bref, cette formation commune qui devrait être un atout supplémentaire, semble devenir une condition sine qua non.

L’alternative ? Chercher précisément à travailler avec des gens qui ne pensent pas comme nous, qui n’ont pas la même culture. Les bibliothèques sont à la croisée de multiples chemins.

Tous de grands enfants – photo par woodleywonderworks — CC-BY-2.0

Ré-enchanter le Sudoc-PS ?

10/04/2014

L’arrivée de Colodus l’an passé, la nécessité pour de nombreux CR de reconventionner (sur projets) avec l’Abes, et sans doute d’autres paramètres, m’ont amené à m’interroger sur la raison d’être du Sudoc-PS.

Je suis allé tout bêtement chercher dans la rubrique Sudoc-PS du site de l’Abes, et j’y ai trouvé un texte qui se veut, d’une certaine manière, refondateur : ce rapport sur l’avenir du Sudoc-PS remis en 2009 à la MISTRD.

Je pensais y trouver une formalisation réactualisée de cette raison d’être.

Voici la seule phrase qui y ressemble :

L’objet du réseau est d’alimenter le catalogue collectif en notices bibliographiques et états de collections des bibliothèques non déployées.

Mais cette phrase est déjà dans l’opérationnel : l’origine de la création du Sudoc-PS se traduit, en action, par l’alimentation d’un catalogue collectif. Mais je suppose que la création de ce réseau émanait d’un besoin plus abstrait.

Faute d’en avoir trouvé une formulation officielle (mais si vous en avez une, je suis preneur), voilà comment pour ma part je comprends la raison d’être du Sudoc-PS :

Rendre visibles à la communauté des chercheurs français les collections de périodiques de l’ensemble des centres de documentation du territoire, parce que les périodiques sont une source fondamentale pour l’activité de recherche

Peut-être que je me plante lourdement. Peut-être que le signalement national des périodiques n’a rien à voir avec la recherche : c’est simplement un type de document parmi d’autres, dont le projet de signalement national s’est traduit par le Sudoc-PS, cependant que les autres types de ressources (monographies, partitions, enregistrements sonores, etc.) se voyaient couvrir par d’autres projets.

Donc première question : est-ce que ma compréhension du Sudoc-PS est à peu près correcte ? Ou bien est-ce que je suis complètement à côté de la plaque ?

Quand je cherche sur Google "A quoi sert le Sudoc-PS", je tombe sur le site du SCD de Nice. Ce qui est assez perturbant. Du coup j’ai fait la même recherche sur DuckDuckGo (pour sortir de la bulle de filtres). Même résultat.

Partons de l’hypothèse que j’ai raison

(parce que si je me plante, je n’ai plus rien à écrire dans ce billet)

Imaginons donc que l’objectif était de rendre visible les collections de périodiques pour l’ensemble des bibliothèques de France (DOM-TOM et Instituts français à l’étranger inclus), afin que les chercheurs puissent y accéder.

En 1982, la réponse apportée à cet objectif était de constituer un catalogue pour un signalement national.

Depuis il y a eu internet.
Il y a eu l’apparition de SIGB avec opac indexés par les moteurs de recherche.
Il y a eu l’habitude des usagers de ne plus passer par la bibliothèque pour accéder à des ressources documentaires.
Il y a eu la numérisation de périodiques anciens
Il y a eu la constitution de bases de presse (Factiva, Europresse).

Donc n’y a-t-il pas lieu de revenir à l’origine même de la création du réseau Sudoc-PS, pour le repositionner différemment.

Certes

Évidemment, les responsables des différents CR me diront qu’ils ne m’ont pas attendu pour adapter leurs outils, leurs pratiques, leurs usages, à l’évolution de cet environnement.

C’est évident.

Mais la constitution d’une base nationale de signalement des périodiques pour toutes les bibliothèques (Enseignement supérieur ou non), qui constitue encore le cœur de l’activité des CR, est-elle encore aujourd’hui la meilleure réponse à apporter au besoin initial ?

Et si Colodus vient concrétiser une évolution déjà sous-jacente (et assez fortement exprimée dans le document de 2009 sus-cité) allant vers plus d’animation de réseau, alors :

  • comment animer un réseau local s’il n’y a pas de réseau national
    Pas de plate-forme "Sudoc-PS" spécifique, pas de logo, pas de forum, pas d’outils d’échange administrés au niveau national : je ne parle pas seulement de la communication des CR entre eux, mais des bibliothèques rattachées au CR entre elles, et avec des bibliothèques d’autres CR
    Il n’y a pas d’espace de circulation des documents produits par le réseau (rapports d’activité, conventions, etc.)
  • n’y a-t-il pas lieu d’aller plus loin en animation de réseau, et de positionner un CR comme espace d’échange entre bibliothèques de son secteur, pour un ensemble d’autres dimensions ?
    Peut-être ces médiathèques, bibliothèques, centres de documentation, etc. apprécieraient d’étendre les points de collaboration à d’autres dimensions (partage d’outils de gestion, d’expériences, etc.) qui ne sont pas dans les missions du Sudoc-PS.

Mais du coup on en revient à ces missions : un CR du Sudoc-PS est-il chargé d’animer un réseau de bibliothèques sur d’autres activités que le signalement des périodiques. Non (ce sont les lettres PS). Pour l’instant.

Pour conclure

Aucune conclusion, aucune certitude : mais 2 axes de réflexion sur ce qui me semble pour l’instant assez insatisfaisant

  • concernant le signalement des périodiques : l’alimentation du catalogue national est-elle la seule et meilleure manière de favoriser l’accès à ces collections ?
    [et est-ce bien à destination des chercheurs ?]
  • concernant le rôle d’animation : n’y a-t-il pas lieu d’envisager d’autres pistes ?
    Ces pistes ne seraient d’ailleurs pas forcément portées par les responsables du CR eux-mêmes : mais ceux-ci pourraient proposer des outils à leurs bibliothèques, qui leur permettraient d’enrichir leurs échanges entre elles.
    Tiens, ça me fait penser à ce petite schéma de Lirographe sur l’interaction entre bibliothèque et usagers, selon une typologie des sens des échanges

    Lirographe, 22/02/2010, "Actions de médiation des collections : petite typologie"

Bibliothèques : et si l’étape "Services" n’était pas indispensable ?

07/04/2014

Je sais, le titre semble incompréhensible, mais vous allez voir, en fait l’idée est presque assez claire.

Motif

Tout le monde l’a déjà dit et constaté, les bibliothèques sont nées dans un univers de ressources (documentaires) rares et chères. Depuis plus de 15 ans Internet est venu balayer cet univers, et depuis une dizaine d’années les bibliothèques se repositionnent (plus ou moins vite) sur la valorisation de leurs services plutôt que de leurs ressources : sélection, médiation, valorisation, formation, etc.

Les outils et le discours autour de ces services sont à peu près connus, à défaut d’être toujours mis en pratique.

La lecture de ce livre de Jérémy Rifkin (qui date de 2005 — ça me donne une vague idée de mon retard…) est extrêmement stimulante dans de nombreux domaines. Et comme il consacre de nombreuses pages à l’évolution des stratégies marketing, il semble patent que les services, c’est déjà dépassé.
Depuis longtemps.
Pas de les développer, mais d’essayer de les vendre (même gratuitement, comme le font les bibliothèques) comme des services.

Proposition

Les techniques du marketing ne tendent pas à vanter des services, mais à vanter des expériences.

Une publicité pour une assurance ne vous énumérera pas tous les intérêts à souscrire un contrat : elle vous donnera à voir des personnes qui bénéficient déjà de ce contrat. C’est plus attractif qu’un discours sur le service rendu.

La terminologie des publicitaires pour vendrent leurs produits (ressources ou services) donne parfois à rire. Sauf que j’ai tendance à penser que, en dépit de leur côté risible, il est possible que la stratégie est plus efficace que celle qui consiste à expliquer sur une belle affiche le mode d’emploi de tel ou tel service.

A noter que ça va tout à fait dans le sens de ce que j’ai pu dire sur la médiation comme utilisation du désir mimétique.

Conséquences — communication

En terme de communication, ça implique de communiquer sur la bibliothèque comme univers où peuvent se vivre des expériences, comme un espace (plutôt que comme un lieu).

Exemple : donner à voir sur une même campagne de communication (spot, série d’affiches avec unité graphique) un usager dans diverses situations :

  • X sortant du lycée, visitant la BU (découverte angoissante de la fac, environnement rassurant de la bibliothèque)
  • X apprenant à se repérer dans les rayons pour trouver le manuel
  • X prenant un mode d’emploi pour rédiger son CV pour se trouver un job d’été
  • X bénéficiant de l’aide d’un tuteur
  • X, Y et Z utilisant une des salles de travail en groupe (après s’être fait jeter de la salle de lecture labellisée "Zen")
  • X flirtant avec Y (chaise en face)
  • X recevant une formation à Zotero
  • X exploitant les ressources en ligne
  • X déposant sa thèse de doctorat en ligne
  • X découvrant dans les ressources en ligne payantes de la BU des méthodes de pédagogie innovantes (cf. cet article)
  • X accompagné(e) pour déposer ses pré-prints dans l’archive institutionnelle
  • etc.

Bref, donner à voir une vie à travers l’angle de vue "Utilisation de la bibliothèque" (dans toute sa diversité, drague comprise).

Le fait que de plus en plus d’étudiants viennent travailler à la bibliothèque sans en utiliser les ressources me semble un signe que cette stratégie de communication va dans leur sens : ils sont, pour beaucoup, en recherche d’un certain environnement

  • chez eux, c’est trop petit (pour ceux qui vivent chez leurs parents, ils peuvent être dérangés à tout moment)
  • au MacDo, la wifi fonctionne mieux mais il y a de la musique de fond, du mouvement permanent, etc.
  • dans les salles de travail, il y en a toujours qui préfèrent jouer aux cartes

Un continuum des services

A condition de disposer des outils pour cela, ce qui n’est pas toujours possible. Dans l’idéal, quand un lecteur vient emprunter un livre, lorsque je douche son CB lecteur, je devrais pouvoir disposer d’informations comme :

  • sa filière
  • ses dates d’examen (précédentes et à venir)
  • la date de son dernier prêt (et une alerte si c’est la première fois qu’il emprunte)

Il faudrait pouvoir en fait croiser les différents référentiels. Ainsi, quand j’ai un groupe d’étudiants à former, pouvoir identifier ceux qui ont déjà utilisé les services de la BU : ceux qui ont déjà emprunté un livre, prolongé un livre en ligne, utilisé l’accès distant, etc.

Ce pourrait être perçu comme intrusif — ou pas. Après tout, les réseaux sociaux ont l’intention d’aller beaucoup plus loin.

Précision

Après lecture du compte-rendu (très intéressant) de la journée BPI sur les collections dans les bibliothèques, je crois utile de préciser ceci : je ne promeus pas le projet de faire de toutes les bibliothèques des espaces aux expériences plurisensorielles, ou des troisièmes lieux du dernier type.

Mon propos ne concerne que l’aspect marketing et lisibilité de notre existence : après avoir valorisé nos collections, nous voulons valoriser nos services. Mais ce discours est-il audible, si par ailleurs nos lecteurs, citoyens d’aujourd’hui, sont habitués à un discours utilisant un autre vocabulaire ?

Envoi de SMS pour les relances : présentation du dispositif

24/03/2014

Il est encore trop tôt pour en faire un retour d’expérience (un bilan avec les usagers est prévu pour dans quelques mois), mais je peux déjà exposer ce qui a été mis en place.

Depuis janvier 2014, nous envoyons des SMS au 1er jour de retard.

sms-photo

Résumé

Le lecteur reçoit donc :

  1. un mail 2 jours avant l’échéance du prêt (lettre de courtoisie)
  2. un mail le lendemain de l’échéance (avis de retard)
    + un SMS si :

    1. on connaît son numéro (ben oui)
    2. c’est un étudiant
    3. le prêt est d’au moins 14 jours (pas la peine pour les prêts courts de quelques jours)
  3. un mail 8 jours après l’échéance (ou un courrier postal si on ne connaît pas son mail) (1ère lettre de relance)
  4. un mail 15 jours après l’échéance (ou courrier) (2e lettre de relance)
  5. un courrier avec RAR 21 jours après l’échéance (3e lettre de relance)

Motivations

Il y avait plusieurs critères en jeu :

  • les lecteurs ne consultent pas forcément leur boîte mail. C’est surtout vrai pour les étudiants vis-à-vis de leur messagerie universitaire.
    En effet les enseignants-chercheurs sont davantage contraints d’ouvrir leur messagerie professionnelle
    et les lecteurs autorisés nous fournissent eux-mêmes une adresse mail (généralement perso) — alors que les étudiants ont souvent un mail perso à côté de leur mail universitaire
  • les SMS sont beaucoup plus lus que les mails.
  • les SMS ont un coût, à la différence des mails. Il fallait donc circonscrire le service dans des tarifs raisonnables.
  • L’envoi de SMS peut être perçu comme intrusif. Il ne fallait donc pas trop en abuser avant de voir comment c’était perçu.

Quelques chiffres préalables

Lors de l’étude pour la mise en place du service, nous tournions autour de 250 "lettres de courtoisie" (avant échéance du prêt), et 100 avis de retards quotidiens (n° de portable connu dans 30% des cas).

On est donc parti sur un scénario de 30 SMS par jour, en sachant que

  • ça devait être moins : dans les 30 retards quotidiens, il y avait des prêts courts, et il y avait des enseignants-chercheurs.
  • ça pouvait être plus : nous avons relevé ces chiffres en septembre-octobre 2013, ce qui n’est pas la période d’activité de prêt la plus forte

Nous sommes donc partis sur un scénario plutôt restrictif dans l’utilisation :

  • pas d’envoi un SMS avant échéance du prêt : dans de trop nombreux cas, ça risquait d’être inutile (si les lecteurs reviennent le même jour de la semaine, du fait de leur emploi du temps) au regard des coûts
  • une population réduite pour le moment (seulement les étudiants)
  • pas d’extension à d’autres services : arrivée d’une suggestion d’achat ou d’une réservation, etc.
    C’est plus tentant que les relances, mais il faut d’abord qu’on évalue les coûts pour cette première phase.

Un SMS, c’est quoi ?

C’est un message de 160 caractères. On l’oublie un peu à l’heure où tout le monde (ou pas ?) a un forfait SMS illimité.

Quand j’envoie un SMS de 300 caractères, il est en réalité découpé en 2 messages (160+140) et reconstitué à l’arrivée. Donc si j’envoyais des SMS de > 160 caractères via l’API, ça me décompterait mon quota de SMS d’autant. Donc il fallait se contenter de messages forcément inférieurs. Pour cette raison, les SMS envoyés ne comportent pas la description des ouvrages à rendre, où la mention de la BU où ils les ont pris.

Mise en place

On a voulu un truc simple à manipuler. C’est donc une requête SQL dans la base Oracle (complètement indépendante du SIGB et de l’opac) qui extrait la liste des numéros de téléphone pour les lecteurs identifiés "étudiants" dont au moins 1 prêt arrivait à échéance la veille.

Cette requête est effectuée à heures fixes par le serveur (à 10h, pour lui laisser éventuellement le temps de rentrer chez lui pour aller chercher le livre — pas plus tôt pour éviter de le réveiller…).

Le script bricole ensuite pour chaque numéro un message standard :

Message de la BU : vous deviez rendre 1 ou plusieurs documents hier. Consultez vos prêts sur http://bibliotheque.unice.fr, onglet "Mon compte"

et l’encapsule dans un flux XML pour correspondre à la mise en forme demandée par l’API du prestataire (en l’occurrence allmysms). Ce prestataire sert d’intermédiaire entre nous et les fournisseurs de réseaux de téléphonie mobile.

Nous avons acheté chez eux un lot de 10.000 SMS. Selon les prestataires, il faut compter un budget de 500 à 700 € (en fait nous nous sommes entendus avec un autre service de l’Université pour acheter un lot plus important et bénéficier d’un tarif dégressif).

Nous n’avons donc pas d’abonnement à une plate-forme, et pas d’échéance pour la validité des SMS achetés.

En termes de compétences techniques, il fallait donc savoir interroger les données d’une base SQL et programmer une routine sur un serveur pour que le résultat de la requête soit envoyé, dans un certain format, à une API externe. Je n’ai pas chronométré mais le temps de développement a été de quelques heures, le plus long étant en fait de formaliser les besoins.

De quel droit ?

Il est vrai que les étudiants n’ont pas demandé à recevoir ces SMS. D’un autre côté, ils ont de leur plein gré communiqué leur n° de téléphone portable à l’Université, ce qui autorise celle-ci (et donc le SCD) à les contacter par ce biais.

Quand nous avons lancé ce service, il n’a pas été question de demander aux scolarités si on pouvait ajouter une case lors de l’inscription "Acceptez-vous de recevoir des SMS ?" Après tout, on ne leur demande pas s’ils acceptent de recevoir des coups de fils.

Cela dit, nous ferons une enquête auprès des lecteurs pour savoir comment ils ont perçu ce service, et pour déterminer si les enseignants-chercheurs seraient eux aussi intéressés.

Si l’étudiant ne veut plus recevoir ce genre de SMS, il peut répondre "STOP" par SMS en retour au message reçu.

Données statistiques actuelles

En semaine, on est autour de 70 SMS par jour, au lieu des 30 prévus initialement : en effet au cours de la configuration de mise en place, j’ai réalisé que nous récupérions assez mal les numéros de portable, qui souvent n’étaient pas stockés dans le champ "Mobile" mais dans "Domicile" ou autre.

Donc c’est après avoir fait les évaluations initiales que le circuit de chargement des données lecteurs a été amélioré, pour récupérer tout ce qui ressemble à un "07".

J’attends encore quelques mois pour voir si les retards longs ont diminué chez les étudiants, comparativement aux retards longs des enseignants-chercheurs.

Quel rôle pour les BU autour des supports de cours et polycopiés ? (aucun ?)

21/02/2014

Depuis plusieurs années, je lis que les étudiants de Licence n’utilisent pas les ressources en ligne des BU, parce que leur activité de lecture liée à leurs études se concentrent sur les polycopiés et supports de cours des professeurs — distribués sous forme papier (dernier en date : ce mémoire Enssib de F. Souchon).

J’ai moi-même souvenir de mes années d’études post-bac, avec un comportement identique. Internet n’existait évidemment pas, mais il est vrai que, proportionnellement, je lisais (et relisais) à 95% des cours (notes ou polycopiés) et à 5% des ouvrages annexes (ce qui a dû représenter 10 à 30 livres par an quand même).

Mais j’associe deux comportements qui m’interpellent :

  1. pourquoi les profs ne diffusent pas auprès de leurs étudiants des versions numériques de leurs cours ?
    (ou, s’ils le font, pourquoi les étudiants les impriment-ils ?)
  2. pourquoi les mémoires Enssib sont-ils toujours exclusivement en PDF, ne facilitant pas la lecture sur tablette, liseuse ou smartphone ?

J’ai un douloureux souvenir des périodes de vacances scolaires, où je devais prendre le train avec un sac à dos insupportable-(enfin si, un peu supportable quand même, mais pas beaucoup)-ment lourd. J’aurais apprécié de pouvoir tout transporter sur une tablette. Vraiment. J’aurais beaucoup apprécié.

Saines lectures – Photo FlickR by fourclover54 – CC-BY-NC-SA-2.0

Bref, je me dis que peut-être :

  • les profs ne veulent pas diffuser les versions numériques de leurs cours (de peur que XXX)
  • ils diffusent des PDF, du coup les étudiants les impriment
  • ils n’ont pas envisagé qu’ils pouvaient diffuser aussi d’autres formats, peut-être plus confortables pour tous

Et donc pour envisager la diffusion (même par mail, mais plus judicieusement en les déposant dans la plate-forme d’e-learning de leur université) de ces polycopiés numériques, y a-t-il une demande (ou à défaut un besoin) de la part des enseignants en termes de :

  • formation
  • et/ou documentation
  • et/ou assistance et support

Ou bien si tout est déjà parfait côté enseignants, sont-ce aux étudiants qu’il faut montrer qu’ils peuvent lire ces polycopiés autrement qu’en les imprimant ?

Et certains SCD se sont-ils déjà lancés dans l’un de ces services auprès des enseignants (support, documentation, assistance) ?

Je ne sais pas si ça doit légitimement se rattacher aux BU, mais il me semble y voir une continuité côté enseignants, sur l’accompagnement à la publication (d’où maîtrise des formats, mise en forme, réflexion sur les métadonnées, question de droits, etc.), et côté étudiants sur l’acculturation à la lecture numérique.

Oui mais non ?

Il me semble qu’un EC n’a pas besoin de nous pour diffuser du Word au lieu du PDF. Il me semble qu’un étudiant n’a pas besoin de nous pour charger un document Word (éventuellement converti d’abord via Calibre) sur sa tablette.

Dans ce cas, pourquoi on voit toujours réapparaître le fait que les Licence utiliseraient massivement des polycopiés imprimés ?

[Recension] Web sémantique en bibliothèque : pour repartir du bon pied

17/02/2014

J’y avais fait allusion dans mon dernier billet de l’année 2013.

Depuis, les budgets 2014 des bibliothèques françaises ont largement eu le temps d’être ouverts (pour ceux qui disposent encore d’un budget d’acquisitions après avoir renouvelé leurs abonnements électroniques…).

Bref, est sorti en toute fin d’année, juste avant Noël, un manuel de savoir-vivre à l’usage des bibliothécaires qui se poseraient plein de questions sur le web sémantique.

Emmanuelle Bermès, Le web sémantique en bibliothèque, Paris, Le Cercle de la Librairie, 2013. 9782765414179.
Page de couvrture

Pour les lecteurs de Figoblog (d’Emmanuelle Bermès) et des Petites Cases (Got), vous y retrouverez bien des éléments de nombreux billets, mais mis dans le "bon" ordre.

En fait, vous avez 2 situations possibles :

  • vous avez déjà commencé à vous intéressé au web des données, mais vous avez le sentiment d’avoir pris le train en marche.
  • vous n’avez pas encore commencé. Il est encore temps, et c’est sans doute une très bonne manière de commencer.

Dans les 2 cas, le livre vous permet de balayer l’ensemble des aspects techniques, historiques et stratégiques du web sémantique (le web sémantique étant défini comme la technologie — les fameux triplets — le web des données comme la concrétisation effective utilisant cette technologie).

Sur 170 pages, les 60 premières pages retracent ce qu’il est extrêmement utile de savoir et comprendre sur le web sémantique. La suite est composée de 4 "cas pratiques" qui illustrent des situations précises et expliquent comment les résoudre.

Je recommande tout particulièrement le cas 1 ("Publier des données en RDF") qui reprend de manière très logique toutes les étapes qui amènent un projet simple ("Je vais mettre mes données sur le web") à un graphe de ce type :

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La lecture en est très fluide, et j’ai vraiment trouvé que ce livre venait combler un vide, et même plusieurs.

Donc à mettre dans le rayon "Doc pro" de toutes les bibliothèques #amha. D’ailleurs si vous êtes en BU il y a de bonnes chances qu’il y soit déjà — l’avez-vous lu ?

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