Skip to content

Twitter — What else ?

29/12/2009

Je vous informe que je suis nombriliste pendant les repas et mes pauses café. Ce qui fait de moi un être vraisemblablement détestable.

Mais je vous informe que vous aussi, plus que probablement.

Car je suppose (et j’espère) qu’il vous arrive de raconter à vos parents, collègues ou amis, votre week-end, votre sortie au cinéma ou au musée, vos vacances (même sans les photos). Bref, vous aimez bien vous raconter un peu, de temps en temps, et avoir l’impression que votre vie intéresse votre entourage.

Laissez moi vous rassurer : je suis convaincu que ça l’intéresse. Enfin… pas forcément tout l’entourage, et pas forcément toute votre vie. Mais dans l’ensemble, ce n’est pas désagréable d’échanger des souvenirs.

Ces souvenirs ne sont pas des expériences transposables, ils ne visent pas à rendre l’autre meilleur, plus intelligent, plus avisé, etc. Ils visent juste à créer une relation continue avec votre entourage, une relation qui ne peut pas s’appuyer uniquement sur des réflexions philosophico-politiques de haute volée.

Cela vous semble évident ? Ça l’est !

Je fais là de la sociologie à la petite semaine, et j’en ai conscience.

Le problème, c’est que des sociologues ou philosophes autrement plus ambitieux m’affirment que c’est l’illustration même du narcissisme le plus lamentable.

Twitter et moi Moi et Twitter

Il y a plein de manières intelligentes de se servir de Twitter. Par exemple participer à l’entreprise nationale de construction de l’image d’un homme politique compétent en le plaçant sur des listes Twitter décalées.

Et puis il y a la manière que j’aime bien : utiliser Twitter comme bruit de fond, y intervenir pour de purs papotages du type "caméra café". Mais pas "Café du commerce" : je trouve imprudent d’utiliser Twitter pour prendre de vraies positions. Celles-ci seraient alors sacrifiées par les 140 caractères, et il n’est de position nuancée qui se puisse exprimer en 140 caractères (je ne conteste pas aux autres le génie de concision nécessaire à l’exercice, que je sais ne pas avoir, mais j’approuve ce billet d’Aliocha, qui rappelle elle aussi l’évidence même).

Ce que ces critiques oublient, c’est que les utilisateurs de Twitter et de Facebook ne sont pas que cela. Ils ont par ailleurs d’autres moyens d’expression, d’autres lectures.

Ce que ces critiques oublient, c’est que lorsque je mets à jour un statut Facebook ou Twitter, je ne l’adresse pas à la terre entière, je m’adresse aux 20 personnes que ma petite vie intéresse (et encore, ils ne s’y intéressent que par moments, et pour certains aspects seulement). Si d’autres tombent dessus, tant pis ou tant mieux pour eux. S’ils trouvent cela indécent, ils n’avaient qu’à pas écouter.

Clamer l’impudeur et le narcissisme de Twitter et Facebook, c’est comme écouter dans un café deux femmes se racontant leurs histoires de cœur à la table d’à côté,  pour venir leur cracher au bout de 10 minutes que leur conversation ne vous intéresse pas.

En clair, c’est déplacé, inconvenant, et ridicule.

Qui vous fait croire que, lorsque j’écris "Bug sur Google Wave : j’ai perdu 3 blips", je pense retenir l’attention du monde entier ?

Cette réaction, sur Twitter, est exactement du même genre que, face à un document Word qui plante sans sauvegarde, je m’exclame : "Putain de merde !", en espérant attirer l’attention et la compassion de mes collègues.

Ni plus, ni moins.

Mais surtout : c’est parfaitement conscient chez moi. J’ai conscience d’abaisser ma réflexion au niveau de l’onomatopée, au niveau de l’interjection, au niveau de la brute la plus animale et la plus épaisse qui sommeille en moi.

Vous savez quoi ? Je n’ai pas attendu Twitter pour avoir ces instants d’instincts. Cela fait des années que, à table, dans le train, en voiture, je discute de tout et plus encore de rien avec tout un tas de monde. J’aime beaucoup parler de Kafka et de Dostoïevski, mais j’aime au moins au tant échanger des insignifiances.

A quoi (me) sert Twitter

A la question : "A quoi sert Twitter ?", il n’y a pas de réponse.

La seule vraie question possible est : "A quoi me sert Twitter ?" à laquelle chaque Twitterer répondra comme il l’entend.

Pour moi, Twitter est une pause café, une pause d’un nouveau genre puisqu’elle est diluée sur mon temps de travail : je dissous ainsi mes vingt minutes de pause quotidienne (statutaire) dans mes 7h30 de boulot.

Qu’ai-je perdu avec Twitter ?

Twitter me permet d’avoir de vraies relations de collègues avec les collègues… Sauf que ceux-ci ne sont plus seulement ceux de mon bureau et de ma bibliothèque.

Des "relations de collègues", cela signifie être amené à parler boulot, monter des dossiers de fond, résoudre des problèmes. Si vous échangez fréquemment avec quelqu’un sur Twitter, si vous bavardez de tout et de rien avec elle, une demande de service à rendre pourra par exemple se faire plus naturellement.

Mais des "relations de collègues", cela signifie aussi parler de tout et de rien, de temps en temps, s’intéresser au temps qu’il fait, aux enfants malades, aux insomnies.

En fait, cela signifie avoir des relations humaines.

Avant Twitter, les seuls liens que j’avais avec tous ces bibliothécaires furetant sur Internet, intéressés par les TIC, se faisaient via les commentaires de blogs, sous la docte ligne éditoriale du blogueur au billet duquel nous réagissons.

Si je regarde, au moment de la rédaction de cet article, mes dix derniers tweets, je constate que plusieurs sont des réponses à : @dbourrion, @St_B, @InsulaDulcamara, @archives_masala.

Vous pouvez être tenté de réagir : Si Twitter vous sert à être en relation avec ces personnes-là, c’est une bien pauvre manière d’être en relation avec les gens.

Mais que savez-vous des mails que j’envoie ? des coups de téléphone que je passe ? des blogs que je lis et des commentaires que j’y laisse ?

Ce billet n’est pas pour vous convaincre d’utiliser Twitter. J’en ai fait d’autres sur ce sujet.

Ce billet est là pour vous éviter de suivre les philosophes et hauts penseurs qui pensent avoir tout compris de quelqu’un en voyant sa page Facebook.

Il est là uniquement pour  signifier qu’il vaut mieux ne pas venir me prendre la tête au sujet de mon narcissisme égo-centré.

Remarque finale

Comme ce billet n’est nullement une réaction à celui de Novövision (par exemple), je ne prédis nullement que Twitter se maintiendra en 2010, ni même que j’y resterai en 2010. L’outil importe peu. Ce qui m’importe, c’est d’avoir un espace d’échanges informels avec des collègues que je n’ai pas la possibilité de "fréquenter" autrement.

S’ils migrent vers autre chose, j’irai sans remord avec eux. Mais pour l’instant, c’est plutôt que ça se passe.

Et je vous souhaite un excellent réveillon !

Moralité : L’homme ne vit pas seulement de pain. Il apprécie beaucoup les biscuits appéritifs, à l’occasion !

About these ads
3 Commentaires
  1. 08/04/2010 07:54

    Bonjour,

    Nous lançon une initiative pour le mot twitter devienne un verbe de la langue française.

    Venez signer la pétition http://petitiontwit.hebfree.org/petition-twitter/article/signer-la-petition-twitter-le

    Merci pour votre article

    Petitiontwit

Trackbacks

  1. Le temps réel, ça me saoûle « Bibliothèques [reloaded]
  2. Le masque et la plume « Bibliothèques [reloaded]

Les commentaires sont fermés.

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 109 autres abonnés

%d bloggers like this: