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Wikileaks – Portrait en kaléidoscope

07/12/2010

Notes de choses entendues ou lues.


La masse

250.000 câbles diplomatiques en possession de Wikileaks ? Un journaliste du Monde (l’un des 5 journaux au monde pouvant dépouiller ces documents pour les exploiter, les publier, etc.) précisait la semaine dernière du France Culture qu’en réalité, seuls 1000 à 3.000 de ces documents seraient rendus publics. Les autres ne le seraient jamais.

Donc en fait,  que Wikileaks possède 10.000 ou 250.000 documents, ça ne change rien pour nous. Mais le nombre fascine, semble-t-il. Il sert d’outil de communication, aussi.

Eric Besson et OVH

Ce week-end de toutes parts les médias ont relayé qu’Eric Besson avait demandé l’expulsion (le mot était tentant) de Wikileaks hors de France. Précision supplémentaire : il l’a demandé non au juge, mais au CGIET (dont tout le monde a ainsi découvert l’existence), et, d’après Numerama, il s’agit de trouver "les moyens juridiques et/ou techniques d’expulser Wikileaks hors de France."

Ce "et/ou" qui laisse entendre que, faute de moyens juridiques, on pourrait employer des moyens techniques, fait froid dans le dos.

La description des missions du CGIET laisse d’ailleurs bien entendre qu’il ne cherchait pas là-bas des compétences juridiques : son objectif est de "permettre au MEIE – et à d’autres ministères – de disposer d’un vivier unifié et performant de cadres supérieurs à compétence scientifique et technique de haut niveau, capables de maîtriser des enjeux à la fois économiques, industriels et technologiques (technologies industrielles, numériques, de communication électronique, services…)." (d’ailleurs, l’incongruité est déjà relevée ici)

Mais dans sa lettre, Besson précise que ces membres du CGIET doivent aussi "consulter le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale et les ministères de l’Intérieur, de la Justice, des Affaires étrangères ainsi que l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information." Bon.

Pour retrouver quelle a pu être exactement la commande passée par Besson auprès du CGIET, j’ai cherché un communiqué officiel sur le site du Ministère de l’Economie et des Finances. Rien. Rien que des déclarations orales relayées par les médias, et des extraits de la lettre envoyée au vice-président du CGIET. Apparemment seul LePost.fr la publie ?

Voici donc l’expression exacte de ce "et/ou" :

"Je vous demande de bien vouloir m’indiquer dans les meilleurs délais possibles quelles actions peuvent être entreprises afin que ce site Internet ne soit plus hébergé en France, et que tous les opérateurs ayant participé à son hébergement puissent être dans un premier temps sensibilisés aux conséquences de leurs actes, et dans un second temps placés devant leurs responsabilités"

Je trouve cette phrase, son style, son rythme, extrêmement savoureuse.

Octave Klaba, directeur général d’OVH, réagit d’une manière qui semble sensée : il saisit la justice pour avoir un avis. Mais la justice déclare finalement que l’avis ne peut sortir que d’un débat (il faut entendre les arguments des parties). Je trouvais ça honnête. Pourtant un tweet de Koztoujours indique que la réponse du juge n’est pas une surprise. Je suis tenté d’en conclure que je me suis fait avoir : la démarche d’OVH ne serait que communication, afin de montrer à l’opinion publique qu’ils ont la conscience tranquille, chez OVH, et qu’ils font les choses plus proprement qu’au gouvernement, mais qu’en réalité ils savaient parfaitement que le juge ne répondrait rien ?

Je ne sais pas.

Le débat Wikileaks

Il y a 10 jours, les instances gouvernementales américaines paniquaient. Les diplomates"prévenaient" les pays partenaires que des dépêches diplomatiques allaient paraître.

Le débat porte alors sur la pertinence de ces divulgations (sachant qu’à chaque fois, ce sont les 250.000 documents qui sont mentionnés, comme s’ils allaient être tous livrés, bruts, à la foule en furie) pour une démocratie. Des arguments intéressants mentionnent que même une démocratie, pour son activité diplomatique, a besoin de secret (pour le plaisir, citons un blogueur de droite et un blogueur de gauche).

Et les voix les plus fortes désormais sont un soutien à Wikileaks à cause des persécutions du gouvernement américain (et consorts) qui cherchent à faire disparaître ce site : interdiction pour certains étudiants d’aller le consulter, filtrage sur le réseau de la Bibliothèque du Congrès, Amazon et Paypal ne veulent plus se compromettre avec ce brûlot. Et bien sûr ces poursuites judiciaires envers Julian Assange.

Donc Wikileaks a de nouveau des soutiens : ReadWriteWeb mentionne Reporters sans Frontière, La Quadrature du Net. Et la crucifixion d’Assange et Wikileaks semblent multiplier ses partisans, dont certains étaient sans doute dans un premier temps réticent à la publication des documents.

Que faire si on est à la fois hostile au déballage inconsidéré des câbles diplomatiques (sachant  que ce "déballage inconsidéré" n’a en réalité pas été envisagé) et hostile aux pressions énormes, qui semblent fortement contraires à la démocratie et aux moyens légaux dont une démocratie dispose de toute façon pour se protéger ?

Doit-on choisir un camp ?

Il me semble difficile de soutenir Wikileaks parce qu’il est persécuté, si on était au préalable contre ses méthodes. Qui détient le "bon droit" ? Et celui-ci peut-il se doter de n’importe quel moyen pour triompher, pour peu qu’il sache avoir raison ?

Peut-on être d’accord avec le gouvernement américain sur le fait que ces publications sont une mauvaise chose, mais s’opposer à leur méthode qui consiste à tout faire pour les empêcher ?

Conclusion

Il y a plein de choses qui m’échappent. Cela n’aura échappé à personne.

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5 Commentaires
  1. 07/12/2010 10:05

    Merci du lien. Oui, le meilleur des cuisiniers n’a parfois pas besoin que l’on détaille l’ensemble de sa recette. Un chevreuil aux morilles doit-il être obligatoirement accompagné d’une notice précisant les souffrances de l’animal?

  2. 07/12/2010 10:39

    @Romain Blachier : vous êtes décidément très gastronome, en ce moment… (serait-ce l’approche des fêtes ?)

  3. 07/12/2010 11:38

    Je suis un gatronome constant ;)

  4. Stéphanie permalink
    08/12/2010 09:58

    J’aime beaucoup la photo, c’est quoi ? ça vient d’où ?

  5. 08/12/2010 10:36

    @Stéphanie : oups !
    Je croyais avoir mis le lien vers l’origine. C’est corrigé, merci !
    Décrit ainsi par son auteur : "I’ve been making a labyrinth mold for some pots I’m planning, but just loved the look of the plasticine so much I had to take a photo before covering it all in plaster"

Les commentaires sont fermés.

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