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Wikipédia et les bibliothèques – Les petits bouquins du web

31/10/2013

En préparant une formation sur Wikipédia et les bibliothèques je viens de tomber (bon en fait c’était il y a un an mais ce billet était resté en brouillon jusqu’à ce que Cécile en reparle)  dans le sudoc sur quelques ouvrages édités par les petits bouquins du web (LPBDW). Cette société a choisi d’utiliser les contenus libres de wikipédia (entre autres) pour les reformater, les imprimer et les vendre à petit prix. L’idée me plaît, mais je suis perplexe face à ces acquisitions en bibliothèque universitaire.

En commençant ce billet j’étais franchement sceptique, en le terminant et après avoir mieux étudié ce qu’ils font je me dis pourquoi pas, l’avis de bibliothécaires m’intéresse. Entre le début de rédaction de ce billet et sa publication il semble que le site de l’éditeur ait disparu mais d’autres peuvent faire la même chose (cf. "Livres Groupe" par exemple) donc la question reste d’actualité.

Ils ont le droit de faire ça ?

La réponse vous paraît peut-être évidente mais c’est l’occasion de le rappeler. Le contenu de wikipédia est disponible sous licence Creative Commons CC-BY-SA, autrement dit n’importe qui peut le réutiliser, y compris à des fins commerciales, sous réserve de mentionner les auteurs (ou fournir un moyen de les identifier) et partager le résultat de son travail sous la même licence.

Ici il n’y a pas de soucis, l’éditeur mentionne la licence et identifie clairement les sources utilisées, donc oui ils ont le droit et c’est tant mieux. Et l’aspect viral de la licence est clairement mentionné en début d’ouvrage à l’aide de l’image reproduite à droite.

Mais Wikipédia c’est le mal, non ?

Une brouette de qualité caractérisée par son étoile

Wikipédia bénéficie en bibliothèque d’une image, qui même si elle tend à s’améliorer, n’est pas très bonne. Les raisons en sont multiples et tiennent principalement à l’absence de validation des contenus. Bien que ce soit le cas, les petits bouquins du web ont travaillé intelligemment et ont réalisé leurs ouvrages à partir d’articles reconnus par la communauté wikipédienne comme étant bons ou de qualité.

Ces articles (on en compte un peu de plus de 2000 aujourd’hui) ont été reconnus suite à une discussion (voir la celle de la brouette, un des ouvrages édités par LPBDW). Le niveau d’exigence s’est fortement élevé au fil du temps (presque tous les articles promus en 2005 se sont vu retirer leur promotion), et si cet article a été labellisé en 2006 pas sûr qu’il le serait encore aujourd’hui.

On identifie ces articles à l’aide de l’étoile doré (article de qualité, le plus haut niveau) ou de l’étoile argenté (bons articles, juste en dessous) située en haut à droite de l’article.

Alors il est où le problème ?

Le problème est justement que ce contenu est imprimé et qu’on perd tous les éléments qui permettent de prendre du recul par rapport à un article Wikipédia et d’en faire une analyse minimale (avec des liens vers la brouette toujours) :

Il est vrai qu’en règle général les articles labellisés s’en sortent plutôt bien sur ces différents points.

Et l’on perd surtout les mises à jour. En effet, une des grandes richesses de wikipédia réside dans l’évolution des articles, leur actualisation fréquente et les améliorations qui interviennent au fil du temps. Si cette version figée était relue et validée par un éditeur scientifique pourquoi pas mais ici ce ne semble pas être le cas (et à 5 euros le livre on ne peut les blâmer). On a ici (toujours sur ce même exemple de la brouette) des articles figés, on ne profite pas des corrections de coquilles et autres ajouts de références (comme dans tout ouvrage, j’en conviens).

Et que fait-on ?

On commence par comprendre comment fonctionne Wikipédia et par en parler dans les formations documentaires. Pour cela, on consultera par exemple l’ouvrage Wikipédia, Découvrir, utiliser, contribuer, consultable en ligne, disponible auprès des presses universitaires de Grenoble et dans plus de 80 BU françaises et librement copiable (sous licence CC-BY-SA).  Bien que datant un peu cet ouvrage reste une bonne synthèse des projets.

Pour le reste et concernant la politique d’acquisition, il me semble évident qu’on fait attention à éviter ce genre de publications mais si vous avez des avis contraires, les commentaires sont à votre disposition.

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2 Commentaires
  1. 04/11/2013 10:02

    Merci pour cet article et la piste de réflexion.

    Mis à part les manques de mises à jour, les reproches présentés à ces versions papier et sélective de Wikipédia, concernent surtout le microcosme de l’édition wikipédienne. En revanche s’il y a bien quelque chose que l’on perd c’est l’environnement web de la ressource. Les articles fourmillent de référence à d’autres articles, qui dans ce contexte sont autant de liens brisés. Or la logique de liens internes avec articles détaillés, ressources complémentaires, rebonds, sont constitutifs de l’architecture documentaire de Wikipédia, qui dans ce contexte sélection papier s’écroule. Et le problème des lien morts et aussi celui des liens externes qui pointent vers des ressources approfondies voire même essentielles à l’article mais impubliables sur Wikipédia (les images sous droit d’auteur par exemple sur la Wikipédia en français).

    Si on retrouve le problème des liens externes avec Kiwix-Wikipedia, l’architecture documentaire et l’ensemble des contenus sont préservés et l’on se retrouve alors avec un contenu textuel clos et immersif : un livre interactif, quoi. Enlevons l’interactivité et nous avons un live, comme proposé avec cette impressions papier.

    Alors comment appréhender ce type d’objet : signe crépusculaire, objet transitionnel, autre voie d’accès ?

    Difficile de prétendre bien comprendre la question et d’avoir une position. L’idée que cela soit une autre manière de diffuser la connaissance, même avec ses défauts, peut paraître séduisante. Comme dit dans l’article, certains contenus de Wikipédia sont excellents et peuvent intéresser un très large public. Kiwix-Wikipédia permet déjà une lecture offline de Wikipédia, mais nécessite un ordinateur ; ce type d’ouvrages constitue une alternative supplémentaire, certes tronquée dans sa dimensions hypermédia et décontextualisée mais néanmoins existante et appréciable en contenu. Cette alternative pourrait correspondre à certains usages et contextes de lecture différents (en particulier de celui des hyper-connectés des pays riches), un peu ce que cherche à faire les bibliothèques aujourd’hui.

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  1. Une bibliothécaire en exil...

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