Je constate qu’il devient urgent que j’écrive un petit quelque chose sur cette question, suite à ce qui a notamment été dit dans ce commentaire mais aussi ailleurs.
Je précise que ceci n’est que mon avis (qui par essence ne vaut pas mieux que le vôtre), et qu’il m’est déjà arrivé d’en changer. Donc je dis ce que je pense en ce moment, et vous êtes en droit d’espérer de me faire changer d’avis ! Je préfère le préciser car il m’est déjà arrivé de lire, à propos d’autres débats et concernant d’autres débatteurs (on ne parlait pas de moi !) : il se prend pour le censeur suprême, ayant droit de donner une opinion définitive sur tout.
Sur les blogs, l’opinion est rarement définitive, et la pensée y est presque consubstantiellement évolutive. C’est un peu ce que je disais dans ce commentaire chez Bertrand Calenge.
Je conteste que l’on juge élitiste l’usage des fils RSS : il me semble au contraire élitiste de prétendre que seule une “élite” saura s’en servir, et que les petits, les sans-grade, n’y arriveront jamais. Cela dénote une forme de mépris condescendant pour les catégories B et C, un pessimisme quant à leurs capacités que je ne partage pas.
Mais reprenons du début : pourquoi est-ce que le mail a été bien adopté par tous les collègues des bibliothèques ?
Le mail : facile ou obligatoire ?
“Parce qu’il ne nécessite aucune compétence technique, aucune maîtrise de l’informatique” ? (sous-entendu : à la différence des fils RSS). Je prétends que non.
Je suis convaincu que si le mail a été si largement adopté par tous les collègues de toutes les catégories, c’est parce que son utilisation et sa maîtrise (minimale) est devenue obligatoire pour assurer ses missions : certaines informations ne sont accessibles qu’en ouvrant sa boîte mail, certains contacts ne sont envisageables que par mail. Donc l’agent est contraint d’utiliser sa messagerie. Et il apprend à s’en servir.
Ca, c’était mon premier point.
Les fils RSS : entre technicité et motivation
Mon second point : pour avoir assuré des formations aux fils RSS à Jussieu (très mal : je suis un exécrable formateur et je vais toujours trop vite : j’en demande encore pardon aux victimes) auprès des collègues de toutes catégories, je l’affirme haut et fort, à aucun moment je n’en ai regardé un, pendant une formation, en songeant “Celui-là est trop nul ! il est perdu pour les fils RSS.”
Non, il n’est pas difficile de maîtriser les fils RSS : pas plus que d’être abonné à des podcasts sur iTunes (le concept est exactement le même). Et si j’admets qu’il faille une formation pour beaucoup de monde, les outils sur Internet, à commencer par le navigateur web lui-même, sont conçus autour des fils RSS beaucoup plus qu’autour des mails et en facilitent l’utilisation.
Il est loin le temps (vous n’avez qu’à abandonner Internet Explorer 6, enfin ! on en est à la version 8 !) où l’affichage du flux RSS montrait un fichier XML brut.
Sur Le Monde, en 2 clics vous êtes abonnés à la rubrique que vous voulez. Combien de temps pour recevoir du même site les mêmes informations par mail ?
La seule difficulté, comme pour tous les autres domaines, c’est la motivation des personnes à changer de pratiques.
Une médiation numérique
Enfin (troisième point), ainsi que je le suggérais dans mon billet précédent, dans chaque établissement (avec ou sans intranet) peut émerger un médiateur capable de transformer un (ou plusieurs) fils RSS en abonnements par mail, via une fonction simple de Feedburner.
Donc techniquement la veille d’informations peut rester préservée : Biblio-fr n’était qu’un relai de la plupart des informations du monde des bibliothèques (“Je vous signale que j’ai découvert…”) et non la source elle-même. Ou c’était un outil de diffusion d’informations dont l’ampleur était réduite (“exposition de peintures à la médiathèque”).
Un dernier message à Hervé (et à beaucoup d’autres)
J’aime la technique, c’est vrai. Je l’avoue. Il y a un plaisir à la maîtriser, à l’employer, la manipuler.
Tous les informaticiens que je connais jouent avec leur machine (ils veulent dire par là qu’ils travaillent).
Je n’attends pas de tous mes collègues qu’ils aient ce plaisir et cette maîtrise.
Mais mon plus grand plaisir n’est pas d’étaler mes compétences : c’est d’arriver à leur masquer la technicité pour qu’ils en viennent à utiliser des outils d’un usage simple. Sur l’OpenURL, j’essaie de réfléchir pour que cette technologie soit le plus transparente possible pour l’usager. Sur ce blog, je m’adresse à des collègues étant plutôt technophiles aussi (je ne m’adresse pas au lectorat de Biblio-fr !) pour leur suggérer des pistes afin de rendre familière, voire transparente, cette technique aux collègues ou aux usagers.
En définitive, voici à quoi se résoud la “maîtrise” des fils RSS :
- j’ai un compte Google ou Netvibes (comme j’ai un compte de messagerie).
- je vais sur un site
- je clique dans la barre d’adresse
- c’est fini : je peux suivre l’actualité du site
C’est plus rapide que d’écrire une adresse mail. Et ce n’est pas plus technique.
Je le réaffirme pour ceux qui auraient lu trop vite ce billet : l’adoption du mail supérieure à l’adoption du fil RSS n’a rien à voir avec la difficulté d’utilisation, mais avec le degré d’obligation.
C’est en tout cas mon avis (ça aussi, je l’ai déjà précisé au début, mais je préfère le redire : l’espace de commentaires est là pour vous).
La preuve : ma mère n’arrive pas à se servir de sa messagerie. Pourquoi ? Parce qu’elle n’en a pas besoin dans son travail. Si vous êtes dans une “communauté” (une classe de collège, par exemple) qui chatte tous les soirs, vous serez “obligés” de vous mettre au chat.
La différence entre RSS et messagerie : les récalcitrants technologiques ne pouvaient se permettre de l’être face au mail. Ils auront cette option face aux fils RSS.
Dernière info : Thunderbird et Outlook 2007 intègrent les fils RSS (et ce n’est pas ma faute si Outlook 2000 et 2003 ont plusieurs années de retard).



