De la difficulté technique des blogs et RSS par rapport aux listes de diffusion

Je constate qu’il devient urgent que j’écrive un petit quelque chose sur cette question, suite à ce qui a notamment été dit dans ce commentaire mais aussi ailleurs.

Je précise que ceci n’est que mon avis (qui par essence ne vaut pas  mieux que le vôtre), et qu’il m’est déjà arrivé d’en changer. Donc je dis ce que je pense en ce moment, et vous êtes en droit d’espérer de me faire changer d’avis ! Je préfère le préciser car il m’est déjà arrivé de lire, à propos d’autres débats et concernant d’autres débatteurs (on ne parlait pas de moi !) : il se prend pour le censeur suprême, ayant droit de donner une opinion définitive sur tout.

Sur les blogs, l’opinion est rarement définitive, et la pensée y est presque consubstantiellement évolutive. C’est un peu ce que je disais dans ce commentaire chez Bertrand Calenge.

Je conteste que l’on juge élitiste l’usage des fils RSS : il me semble au contraire élitiste de prétendre que seule une “élite” saura s’en servir, et que les petits, les sans-grade, n’y arriveront jamais. Cela dénote une forme de mépris condescendant pour les catégories B et C, un pessimisme quant à leurs capacités que je ne partage pas.

Mais reprenons du début : pourquoi est-ce que le mail a été bien adopté par tous les collègues des bibliothèques ?

Le mail : facile ou obligatoire ?

“Parce qu’il ne nécessite aucune compétence technique, aucune maîtrise de l’informatique” ? (sous-entendu : à la différence des fils RSS). Je prétends que non.

Je suis convaincu que si le mail a été si largement adopté par tous les collègues de toutes les catégories, c’est parce que son utilisation et sa maîtrise (minimale) est devenue obligatoire pour assurer ses missions : certaines informations ne sont accessibles qu’en ouvrant sa boîte mail, certains contacts ne sont envisageables que par mail. Donc l’agent est contraint d’utiliser sa messagerie. Et il apprend à s’en servir.

Ca, c’était mon premier point.

Les fils RSS : entre technicité et motivation

Mon second point : pour avoir assuré des formations aux fils RSS à Jussieu (très mal : je suis un exécrable formateur et je vais toujours trop vite : j’en demande encore pardon aux victimes) auprès des collègues de toutes catégories, je l’affirme haut et fort, à aucun moment je n’en ai regardé un, pendant une formation, en songeant “Celui-là est trop nul ! il est perdu pour les fils RSS.”

Non, il n’est pas difficile de maîtriser les fils RSS : pas plus que d’être abonné à des podcasts sur iTunes (le concept est exactement le même). Et si j’admets qu’il faille une formation pour beaucoup de monde, les outils sur Internet, à commencer par le navigateur web lui-même, sont conçus autour des fils RSS beaucoup plus qu’autour des mails et en facilitent l’utilisation.

Il est loin le temps (vous n’avez qu’à abandonner Internet Explorer 6, enfin ! on en est à la version 8 !) où l’affichage du flux RSS montrait un fichier XML brut.

Sur Le Monde, en 2 clics vous êtes abonnés à la rubrique que vous voulez. Combien de temps pour recevoir du même site les mêmes informations par mail ?

La seule difficulté, comme pour tous les autres domaines, c’est la motivation des personnes à changer de pratiques.

Une médiation numérique

Enfin (troisième point), ainsi que je le suggérais dans mon billet précédent, dans chaque établissement (avec ou sans intranet) peut émerger un médiateur capable de transformer un (ou plusieurs) fils RSS en abonnements par mail, via une fonction simple de Feedburner.

Donc techniquement la veille d’informations peut rester préservée : Biblio-fr n’était qu’un relai de la plupart des informations du monde des bibliothèques (“Je vous signale que j’ai découvert…”) et non la source elle-même. Ou c’était un outil de diffusion d’informations dont l’ampleur était réduite (“exposition de peintures à la médiathèque”).

Un dernier message à Hervé (et à beaucoup d’autres)

J’aime la technique, c’est vrai. Je l’avoue. Il y a un plaisir à la maîtriser, à l’employer, la manipuler.

Tous les informaticiens que je connais jouent avec leur machine (ils veulent dire par là qu’ils travaillent).

Je n’attends pas de tous mes collègues qu’ils aient ce plaisir et cette maîtrise.

Mais mon plus grand plaisir n’est pas d’étaler mes compétences : c’est d’arriver à leur masquer la technicité pour qu’ils en viennent à utiliser des outils d’un usage simple. Sur l’OpenURL, j’essaie de réfléchir pour que cette technologie soit le plus transparente possible pour l’usager. Sur ce blog, je m’adresse à des collègues étant plutôt technophiles aussi (je ne m’adresse pas au lectorat de Biblio-fr !) pour leur suggérer des pistes afin de rendre familière, voire transparente, cette technique aux collègues ou aux usagers.

En définitive, voici à quoi se résoud la “maîtrise” des fils RSS :

  1. j’ai un compte Google ou Netvibes (comme j’ai un compte de messagerie).
  2. je vais sur un site
  3. je clique dans la barre d’adresse
  4. c’est fini : je peux suivre l’actualité du site

C’est plus rapide que d’écrire une adresse mail. Et ce n’est pas plus technique.

Je le réaffirme pour ceux qui auraient lu trop vite ce billet : l’adoption du mail supérieure à l’adoption du fil RSS n’a rien à voir avec la difficulté d’utilisation, mais avec le degré d’obligation.

C’est en tout cas mon avis (ça aussi, je l’ai déjà précisé au début, mais je préfère le redire : l’espace de commentaires est là pour vous).

La preuve : ma mère n’arrive pas à se servir de sa messagerie. Pourquoi ? Parce qu’elle n’en a pas besoin dans son travail. Si vous êtes dans une “communauté” (une classe de collège, par exemple) qui chatte tous les soirs, vous serez “obligés” de vous mettre au chat.

La différence entre RSS et messagerie : les récalcitrants technologiques ne pouvaient se permettre de l’être face au mail. Ils auront cette option face aux fils RSS.

Dernière info : Thunderbird et Outlook 2007 intègrent les fils RSS (et ce n’est pas ma faute si Outlook 2000 et 2003 ont plusieurs années de retard).

Construire l’après-biblio-fr : petite proposition pour la veille

Je n’ai aucune proposition construite et élaborée pour “remplacer” Biblio-fr. Il ne sert à rien d’ailleurs à mon avis de vouloir recréer un site ex nihilo en espérant reconstituer la “communauté” des 17.000 inscrits.

Ne fantasmons plus sur ce chiffre, qui ne signifie pas grand chose en soi et essayons plutôt de définir quels étaient les services que rendait Biblio-fr, et comment y répondre désormais.

J’irai plus loin (je suis fou !) : voyons comment y répondre mieux.

<add>Jean-Michel Salaün suggère ici que finalement, Biblio-fr n’est peut-être pas si mort que ça.
Je ne suis ni pour ni contre cette fermeture, je ne me réjouissais pas de sa disparition et si d’une manière ou d’une autre “on” arrive à le faire revivre, je ne m’en plaindrais pas. Disons que dans la vie en général, j’ai une tendance fataliste et résignée : j’admets qu’une information telle que “Biblio-fr ferme” ou “Pascal Sevran est mort” est par nature définitive.
Parfois je me trompe et c’est très bien ainsi, mais je n’y mets aucun parti pris ni aucune intention maligne.
Disons que, faute de connaître l’avenir, je pars d’une hypothèse d’école qui serait : “Tiens, mais que ferait-on si Biblio-fr n’existait pas ?”</add>

Dans la liste des propositions (je ne suis pas seul sur les rangs : plusieurs messages — pas les plus nombreux ! — publiés sur Biblio-fr avancent également des pistes) qui seront lancées d’ici à septembre, la plupart s’effondreront d’elles-mêmes, inadaptées pour plusieurs raisons possibles et combinables :

  • inadaptées aux besoins initiaux
  • inadaptées aux compétences techniques de leurs utilisateurs présumés (je pense à cette phrase : “Croire que tout le monde manie les fils RSS ou les agrégateurs est une illusion élitiste.” J’aurai très envie d’y revenir à l’occasion, car elle est vraie, sans doute, mais je n’arrive pas à considérer cette véracité comme une fin).
  • inadaptées car correspondant aux besoins qui avaient fait créé Biblio-fr, mais n’ont plus lieu d’être aujourd’hui

Donc la proposition que je fais ici en fera peut-être partie. En même temps, je persiste à la faire car :

  1. pour qu’à la fin, puissent émerger les “bonnes” solutions, il faut bien qu’une masse critique existe
  2. vous pouvez y suggérer des améliorations
  3. cela peut vous donner d’autres idées

Bref, je pars du besoin suivant : comment désormais se tenir au courant de l’actualité des bibliothèques, quand on ne connaissait rien d’autre que Biblio-fr ?

Donc, dans le cas présent, je ne me soucie pas des producteurs de messages, mais des lecteurs. Savoir où les dispenseurs d’infos pourront désormais publier n’est pas le plus important, finalement : sur Biblio-fr comme ailleurs, les contributeurs étaient moins importants que les lecteurs, et c’est aux lecteurs que je m’intéresse pour le moment.

La proposition est simple : si vous avez un intranet, vous pouvez y prévoir une page “Actualités du monde des bibliothèques” qui afficherait un flux RSS intégrant lui-même plusieurs flux.

La difficulté technique ne doit arrêter personne : les outils existent, pour fusionner des flux comme pour les afficher sur une page web. Et cette difficulté ne concernerait qu’une seule personne. Or (j’espère qu’) il se trouve bien une personne par SCD capable de manipuler un peu les fils RSS.

Je vous propose un pipe (qui s’étonne ? qui sourit d’un air narquois ? — au fait, ça se prononce “paÿpe”), qui fédère plusieurs sources. Au titre initial de chaque source il ajoute le nom de celle-ci :

Un module Loop intègre un module String Builder, qui concatène “[Bibliobsession]” + “Titre de l’item”

On fusionne tout ça, on trie par date de publication, et on tronque à 20 items.

J’ai préparé ce pipe avec 12 sources, ce qui n’est déjà pas si mal. Vous pouvez le cloner et l’adapter selon vos préférences.

Précision sur les sources mises par défaut :

  • j’ai sous-représenté les sources diffusant une information “technologique”, parce que ce n’est pas une préoccupation globale d’une bibliothèque, et ceux que ça intéresse ont déjà généralement leurs sources d’information sur ce sujet dans leur agrégateur.
  • Et j’ai intégré des sources institutionnelles et associatives, parce qu’elles produisent aussi une information sous cette forme.

Donc avec cet outil, vous obtenez un fil RSS intégrable dans un intranet, diffusant une information sur divers sujets. Vous n’aurez pas tous les sujets intéressant vos collègues — mais c’était déjà le cas avec Biblio-fr ! Ainsi, j’ai mis S.I.Lex, dont la richesse pédagogique sur les questions juridiques ne s’y retrouvait pas vraiment. En outre, vous pouvez aussi y intégrer le fil RSS de votre université ou de votre municipalité : ainsi vos collègues sauront enfin ce qui se passe dans un environnement un peu élargi :-) !

Yahoo Pipes propose un lien “Get as a Badge”, qui vous donne le code à insérer dans une page web “normale” pour y faire apparaître votre fil RSS.

Fournissez aussi l’adresse du fil RSS : si jamais des collègues savent ce que c’est…

“Oui, mais les mails, c’est quand même plus simple (et plus répandu) !”

Je ne le nie pas ! J’ai moi-même un très bon ami mail.

Donc à présent vous allez proposer à vos collègues un abonnement par mail à ce fil RSS. Vous allez voir, ça ressemblera beaucoup à Biblio-fr !

Créez un compte sur Feedburner (sauf si vous disposez déjà d’un compte Google : Feedburner appartient à Google et le compte du second peut resservir pour le premier).

Faites avaler le fil RSS par Feedburner, et allez dans l’onglet “Publicize”, pour activer la fonction “Email Subscription”

Voir le tutoriel vidéo

Feedburner vous donne un code à insérer dans la page web de votre intranet, pour qu’y apparaisse le formulaire d’inscription par mail au fil RSS.

Et pour finir je vous donne le code HTML d’une page très moche (sans couleurs) intégrant l’abonnement par mail et le contenu du fil RSS :

<html>
<head>
<title>Intranet – actualités</title>
</head>
<body>
<h1>Intranet – Actualités des bibliothèques</h1>

<!–Ici le formulaire d’inscription par mail–>

<form action=”http://feedburner.google.com/fb/a/mailverify” method=”post” target=”popupwindow” onsubmit=”window.open(‘http://feedburner.google.com/fb/a/mailverify?uri=ActualitsBibliothconomiques’, ‘popupwindow’, ’scrollbars=yes,width=550,height=520′);return true”>S’abonner aux actualités par mail : indiquez votre mail ci-dessous<br/>
<input type=”text” style=”width:140px” name=”email”/>
<input type=”hidden” value=”ActualitsBibliothconomiques” name=”uri”/>
<input type=”hidden” name=”loc” value=”fr_FR”/>
<input type=”submit” value=”S’abonner”/>
</form>

<!–Fin du formulaire d’inscription–>

<!–Ici le code pour insérer le fil RSS (code fourni par Yahoo)–>

<script src=”http://pipes.yahoo.com/js/listbadge.js”>
{“pipe_id”:”442cd973e9e5bae789b49ebef232e344″,”_btype”:”list”, “height”:”100%”, “width”:”40%”}
</script>

<!–Fin du code Yahoo–>

</body>
</html>

Et ce que ça donne à l’écran

Bon, c’est un peu plus joli quand le logiciel de gestion du site lui-même prévoit l’intégration de fils RSS (avec la charte graphique réutilisée). C’est le cas de Drupal, par exemple, comme dans Spip.

Voici ce que ça donne sur Confluence (logiciel de wiki) – sans le formulaire d’abonnement :
Copie d'écran - intégration d'un fil RSS sur Confluence

Voilà !

  • par ce biais vous diffusez une information sur le monde des bibliothèques (le choix des sources fera certainement l’objet de longues polémiques !)
  • vos collègues n’ont pas besoin de savoir ce qu’est un agrégateur (et vous n’avez pas besoin de les perturber en leur apprenant que les fils RSS existent, même s”ils savent — eux ou leurs enfants — utiliser des podcasts)

Si le résultat vous semble pertinent, si vous avez un peu suivi les tutoriels Yahoo Pipes, et si vous avez quelques connaissances en HTML (je m’adresse là à des personnes participant à l’enrichissement d’un intranet : logiquement ça devrait être le cas), vous ne devriez pas avoir de problème pour mettre ça en place.

Et la question technique ne doit pas vous arrêter : si vous avez un souci à une étape ou à une autre, mes coordonnées sont là.

Mais par ailleurs vous pouvez tout à fait juger que la solution proposée :

  1. est inadaptée : vous n’avez pas d’intranet !
  2. est inadaptée : ça ne permet pas du tout de retrouver la communauté Biblio-fr. Rappelez-vous que ce n’était pas mon objectif : ce que je visais, c’était permettre de disposer facilement d’une certaine actualité des bibliothèques. Constituer un des élément d’une communauté professionnelle, c’était un des autres rôles de Biblio-fr (mais ce n’en était pas une mission, ni à proprement parler un service).
  3. est inadaptée : pour retrouver la richesse du contenu de Biblio-fr (cf. ) il faut bien plus de 12 sources !
  4. est absurde : j’ai une vision exclusivement “technophile“, je suis un obsédé, et je ne vois pas que ce que je propose ne répond absolument pas au besoin de se tenir au courant de l’actualité des bibliothèques. Je ne saurai trop vous inviter à développer cette idée en commentaires (avec toute la courtoisie que l’exercice nécessite). Vous pouvez aussi en débattre sur Biblio-fr : je continue à suivre les messages par mon agrégateur.

PS : ce billet doit paraître pendant que je n’aurai pas accès à Internet. Ne m’en veuillez donc pas de ne pas répondre avant mardi :-)

PS 2 : il y a une prolongation possible de cette première proposition, pour ajouter un peu de souplesse dans un monde de brutes (pardon : dans ces sources “figées”). J’y reviendrai en début de semaine prochaine (sauf si entre temps vous m’avez montré le caractère illusoire de ce premier billet).

Biblio-fr : encore d’autres réflexions

Je m’excuse auprès de ceux qui ne supportaient plus la lecture de Biblio-fr, et qui supportent encore moins bien les hommages qu’on lui rend.

Néanmoins la lecture de certaines réactions, sur Biblio-fr ou sur divers blogs, m’incitent à de nouvelles réflexions et analogies.

Ainsi, les remerciements et hommages (légitimes, encore une fois, au moins par décence) vont tous dans le même sens :

  • effectivement, les informations de services n’étaient lues par personne
  • on appréciait de faire partie de la “grande famille” de Biblio-fr. S’inscrire à Biblio-fr, c”était initiatique : voilà, on “en” était (du monde des professionnels de la documentation et de l’information)
  • c’était bien pratique, quand une petite médiathèque ouvrait un nouveau site, ou inaugurait une exposition, de savoir où elle allait mettre l’info pour que celle-ci soit le plus lue possible : sur Biblio-fr.

Côté lecteurs, j’ai l’impression que Biblio-fr était devenue comme ces collections d’oeuvres complètes parues en édition reliée cuir avec dorures, à destination des nouveaux bourgeois enrichis du XIXe siècle : ils achetaient “tout Balzac” et “tout Voltaire”, non pas pour le lire mais pour l’avoir dans leur salon, et pouvoir montrer à leurs invités que tous, ils faisaient partie du même monde, ceux qui possèdent ces livres. L’analyse des ventes de ces collections à destination de ces publics-là ne révèlerait ni le taux des personnes lisant Balzac ou Voltaire, ni même la notoriété de ces auteurs auprès de ces nouveaux riches. Ces collections, dont le contenu importait bien en fin de compte, révélait leur rôle comme symbole d’appartenance à une communauté, comme mot de passe. En fait, Biblio-fr, c’était déjà Shibboleth (d’ailleurs, la publication d’un mail était shibbolethisée, je m’en suis aperçu juste avant que ça ferme…).

Une telle fonction n’est pas absurde — mais c’est demander beaucoup de travail aux modérateurs pour un résultat aussi faible.

Ensuite, j’ai eu aussi un élan de commisération pour ces petites bibliothèques qui seront amenées à se redéfinir : où vont-elles bien pouvoir publier leurs petites annonces pour être lues ? C’est un amusant paradoxe : personne (apparemment) ne lisait ces petites annonces, pas même ceux qui en publiaient d’identiques. Finalement, la disparition de cette fonction, qui évitait toute réflexion (Où publier ? Sur Biblio-fr, bien sûr !) va nécessiter une réflexion nécessaire sur le juste endroit où ce genre d’informations trouvera son vrai lectorat.

Je n’en suis pas à proposer des solutions ou des alternatives, mais j’observe que si la communauté était capable de se reconstituer sur FriendFeed, par exemple, la souplesse de cet outil (qui n’est pas un site mais un service), permettant de rebondir sur des informations, d’en publier, de constituer des groupes et des sous-groupes, rendrait de bien meilleurs services, pour lesquels nous pourrions faire l’économie

  • d’un serveur à maintenir
  • d’un site web à administrer
  • d’une modération à appliquer

Mais ce transfert est inconcevable en l’état, n’en parlons donc plus.

Finalement, ces 17000 abonnés donnaient une illusion de communauté, illusion qui vole en éclat, enfin.

Une fois cette phrase écrite, je m’empresse de la reprendre et de la préciser : à mon avis, la communauté existe. Quand je visite une autre bibliothèque (municipale ou universitaire), je ne me sens pas perdu, je retrouve un certain nombre de repères, de rites, d’outils, de problématiques, qui me laissent penser que nous sommes bien du même monde.

Mais le nombre d’abonnés à Biblio-fr laissait croire que cette liste donnait à voir cette communauté. Or si communauté il y avait, c’était dans le fait d’être inscrit, et non dans un intérêt commun pour les sujets abordés dans les messages. C’est donc là une bien mauvaise base pour définir une communauté d’intérêts !

Il n’y aura plus de nouveau site fédérateur, cela me semble une évidence (que l’avenir infirme ou confirme cette conviction, je ne m’en sentirai ni glorifié ni mortifié. Je prendrai simplement acte) : étant donné ce qu’est Internet aujourd’hui, l’homogénéité du contenu n’est plus constituée au niveau de sa production, mais de sa lecture.

Grosso modo, la communauté des lecteurs de biblioblogs lit a peu près les mêmes blogs. C’est cet a peu près qui est intéressant : il définit la communauté dans ses problématiques communes et dans sa diversité, et il restitue (donne à voir) cette diversité.

Vous n’avez plus Biblio-fr pour vous tenir au courant de l’actualité professionnelle ? Vous aurez le Bouillon, vous aurez le Tour de Toile, Pablog, et d’autres encore, chacun avec ses centres d’intérêts, son angle d’attaque.Vous pouvez vous faire votre sauce sur votre agrégateur. Vous pouvez même créer facilement votre moteur de recherche avec ce que vous voulez dedans : des blogs, des listes de liens, Bibliopedia, les archives de Biblio-fr, la base de connaissances de Questions-Réponses de l’Enssib, etc.

Il est possible aussi que les intranets locaux verront croître l’importance de celui qui fera de la veille pour les autres. En espérant de ne pas remplacer une certaine passivité (l’abonnement à Biblio-fr) par une autre passivité (la lecture de son intranet à soi)

A ceux qui restent sur le carreau

Il me vient à l’esprit un dernier cas de personnes auxquelles il manque une alternative : ceux qui, grâce à Biblio-fr, pouvaient demander une participation (répondre à un formulaire pour un mémoire Enssib, par exemple), ou solliciter un retour d’expérience (c’était mon cas pour mon premier message qui ne paraîtra jamais).

Ces deux catégories de personnes ne peuvent se rabattre sur le service de Questions-Réponses de l’Enssib. S’ils n’ont pas un blog un peu lu, ils ne disposent d’aucune audience.

Cela dit, des alternatives ont déjà été trouvées, avant même la disparition de Biblio-fr. Ainsi cette étude, dont la publication a été pas mal relayée à droite et à gauche, avait fait en amont l’objet d’un appel à participation sur différents blogs.

Donc en attendant une solution plus intelligente et plus efficace, je serais prêt à relayer sur ce blog ce genre d’informations.

Je précise que je m’engage très prudemment : je veux dire par là que je ne me rends absolument pas compte du travail de gestion que cela peut entraîner, et je me réserve à tout moment la possibilité de me dédire. Je précise aussi que je reste évidemment libre d’accepter ou de refuser tel ou tel sujet, selon l’intérêt que j’y trouve moi-même et la ligne éditoriale de ce blog1. Il est évident que certaines de ces demandes ne trouveraient pas leur public ici, et ne feraient qu’ennuyer le mien (auquel je tiens !) : rien ne vous empêche d’aller frapper à d’autres portes.

Tous n’ont du reste pas attendu ma proposition pour user de ce genre d’expédients : j’ai trouvé hier dans les commentaires de ce blog un appel à remplir un questionnaire. Ce questionnaire avait un rapport avec les bibliothèques, mais aucun avec le billet qu’il était censé commenter.

Je m’en excuse auprès de son auteur, mais je l’ai supprimé (après bien des hésitations) : ce ne sont pas des manières de s’inviter ainsi chez les gens pour leur coller un commentaire dans son seul intérêt, sans en demander l’autorisation, et sans dire bonjour ni merci.

Dernière remarque : à propos d’appels à contribution pour la rédaction de mémoires Enssib, je ne saurai trop recommander aux élèves de créer systématiquement un blog de promotion, avec dans l’idée qu’ils n’en seraient pas les seuls lecteurs, en faisant connaître ce blog (via les actualités de l’Enssib, par exemple ?) et en y diffusant leurs demandes. Ce serait de toute manière bien plus formateur, et les bloggueurs (qui s’y abonneraient certainement, je n’en doute pas ;-) ) se sentiraient plus libres de relayer ou non telle ou telle demande. J’ai noté que la DCB17 était la première promotion depuis 3 ans à n’avoir pas créé un tel blog. C’est dommage (et c’est trop tard).

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1. D’accord, ce blog n’a pas vraiment de ligne éditoriale, mais grosso modo vous admettrez qu’on y retrouve des domaines récurrents, et que je n’y parle pas souvent de règles de prêt, de remaniements ministériels et de fusions de corps.

Jamais plus je ne pourrai publier sur Biblio-fr

Dans ce tweet du 25 mai, je me réjouissais : ça y est, j’avais envoyé mon premier message à Biblio-fr pour diffusion.

J’avais tremblé, frémis, avant de valider mon envoi. Et j’avais l’impression d’avoir passé une épreuve initiatique, qui faisait de moi un vrai bibliothécaire…

Bon, je glose, je développe, c’est la nécessité du style : je suis dans l’éloge funèbre. Mais je n’irai pas plus loin.

Toujours est-il que depuis le 25 mai, je l’attendais, la publication de ce message. Las ! La dernière salve de messages date du 13 mai.

Jamais plus je ne pourrai être publié sur Biblio-fr :-(

J’ai aussi le sentiment que la décision pour son animatrice de fermer Biblio-fr est un autre des signes que j’évoquais ici (la veille de l’annonce de la fermeture, j’insiste : je suis prémonitoire et prophétique) : nous sommes dans une phase de réflexion, pour passer de notre découverte et apprivoisement du web à … autre chose.

La suite va être passionnante.

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[précision : contrairement à d'autres, je n'avais jamais cessé de suivre Biblio-fr, pour la simple raison que depuis le début j'étais abonné au fil RSS. La lecture des titres me suffisait : au milieu des annonces diverses, on y découvrait certaines émergences. Je me souviens de l'époque où pour la première fois une bibliothèque avait annoncé avoir créé son univers Netvibes. Puis d'autres s'y sont mises. Puis le signaler, c'était déjà être has-been (en l'espace de quelques mois) et ça s'est arrêté. Rien que pour ça, je voulais continuer à voir passer les messages.]

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PS : que de temps gagné pour les 17.000 lecteurs, temps de travail qui va pouvoir être réinjecté dans les circuits ! On va connaître un boom de l’innovation et la multiplication des services dans les bibliothèques dans les prochains mois ! :-)

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PS 2 : Bertrand Calenge relève la fin du message d’arrêt de Biblio-fr. Du coup, ce message prend une saveur nouvelle qui dit : “Au début, Biblio-fr était un lieu de débats et d’échanges. Puis c’est devenu un lieu d’informations de service. Donc nous arrêtons Biblio-fr. Mais si vous voulez y publier qqchose pour construire un débat, ce sera tout de même publié”. Ca ressemble presque à : “Nous allons relancer Biblio-fr en refusant toutes les informations de services.”Mais c’est évidemment une lecture tronquée que celle-là ;-)