Pourquoi je suis contre l’ouverture des bibliothèques le dimanche

Voilà un sujet sur lequel je n’ai aucune légitimité. En tout cas pas plus que vous.

Voici pourquoi je suis contre l’ouverture des bibliothèques le dimanche (pêle-même) :

  • L’ouverture le dimanche est parfois réclamée au nom du public, mais sans évaluation préalable de ses besoins : elle relève généralement plus de la communication, et d’un bilan d’activité que l’on voudrait pouvoir afficher. Et après élargissement des horaires, il n’est pas toujours fait un bilan sur l’utilisation réelle de ce nouveau service (taux de fréquentation, taux de prêts, etc.).
  • La proposition d’ouverture le dimanche semble découler de la remise en cause de l’existence même des bibliothèques avec l’extension d’Internet. Mais je ne vois pas en quoi proposer une plus large plage d’horaires répond à la “concurrence” d’Internet (d’ailleurs, nous ne sommes pas contre Internet, nous sommes dedans).
  • Elle nécessite souvent l’emploi de contractuels, insufflant l’idée qu’après tout, la bibliothèque n’est jamais qu’une salle avec des livres, des tables, des chaises et des ordinateurs.
  • L’argumentation en faveur de l’ouverture des bibliothèques le dimanche s’appuie sur l’exemple d’autres services : cinémas, musées. La différence fondamentale que je vois entre ces services et les bibliothèques, c’est que la consommation du service est nécessairement sur place. Donc l’amplitude d’ouverture sur des horaires hors travail est prépondérante pour que ces services trouvent leur public — ce qui n’est pas le cas pour les bibliothèques.
  • Je ne me sens pas actuellement menacé par Internet ou d’autres services, et donc je ne me sens pas l’obligation d’être là le dimanche pour survivre. Nous fournissons des services en ligne qui marchent aussi le dimanche, sans qu’on soit forcément derrière en permanence pour pédaler. Dans cette perspective, travailler le dimanche me semble assez vain si la raison d’être même des bibliothèques est menacée. Si la légitimité de notre existence tient à l’ouverture le dimanche, je crois que nous pouvons déjà fermer !
  • Dans un contexte national de promotion du travail le dimanche, la banalisation de ce jour n’apporte plus aucun service aux usagers : eux-mêmes seront autant au boulot que les autres jours de la semaine.
  • A ceux qui me diront que je suis rétrograde en refusant le progrès, je répondrai : en terme d’organisation du travail en bibliothèques, si vous voulez me parler de progrès (et de prise en compte de l’existence des nouvelles technologies, etc.), parlez-moi plutôt et d’abord de télétravail.

Et surtout :

  • Là, c’est dimanche, il fait très beau, et j’apprécie beaucoup d’être avec ma petite famille.
  • J’ai été élevé dans une famille où on nous disait de ne pas aller faire nos courses le dimanche matin dans les supermarchés ouverts, pour ne pas encourager ce phénomène (à l’époque, il semblait encore possible de revenir en arrière). Je refuse de me faire à moi-même ce que je ne voudrais pas faire aux autres !

Comme vous vous en doutez, seul l’avant-dernier argument est sincère. Le reste, c’est de la poudre au yeux ! Mais je me bats comme je peux…

Le minimum pour un Opac (en plus de tout ce qui est évident)

  1. L’URL est significative (http://catalogue.bibliotheque.fr/, ou quelque chose comme ça)
  2. L’URL n’est pas la même pour toutes les pages du catalogue (page d’accueil, liste de résultats, notice détaillée)
  3. L’URL contient tous les paramètres de la recherche (mots recherchés, champs interrogés, filtres effectués après affichage de tous les résultats)
  4. La page comporte un titre (je ne veux pas voir apparaître l’URL dans mon onglet Firefox)
  5. Le titre varie selon la page sur laquelle je me trouve (et ne s’appelle pas toujours “Catalogue de la bibliothèque”)
  6. Le titre récupère les métadonnées du document si je suis sur une notice détaillée
  7. Le titre n’est pas le nom du logiciel, aussi performant soit-il, ni celui de la société (le titre est une information intéressante pour l’internaute. Et le nom du logiciel n’est pas une information intéressante pour 99% des internautes)
  8. Quand j’ai cliqué sur un résultat dans une liste, la couleur du titre change pour m’éviter de cliquer deux fois sur le même
  9. La notice détaillée préciser comment pointer vers elle (pour éviter à l’internaute de récupérer une URL contenant l’identifiant de cession, les mots clés interrogés, etc.), comportant par exemple l’identifiant de notice.
  10. Une recherche rapide est possible à tout moment où que je me trouve (encart isolé en haut à droite ou à gauche, ou carrément barre de recherche latéral ou supérieure).
  11. La recherche dans le catalogue n’est pas dans un frame HTML (ce qui bousille les exigences sur le titre et l’URL).

Tout ça pour quoi ?

  1. Pour être interrogeable dans Google (et éviter ceci), ou plutôt n’être pas ridicule sur une recherche Google. Il est évident que si je cherche le titre d’un livre sur Google, et que je vois au passage un résultat qui s’appelle “Primo”, “Flora” ou “Encore”, je n’aurai aucune raison de cliquer dessus.
  2. Pour encourager l’internaute à mettre les pages du catalogue en favoris (notamment en lui fournissant un titre propre et cohérent), pour lui permettre de pointer facilement sur une liste de résultats afin de mentionner les résultats d’une recherche.
  3. Et parce que c’est comme ça que marche tous les sites web. Ce n’est même pas la peine de justifier !

Rien à voir avec des fonctionnalités web 2.0 ou autres. C’est un minimum. Tellement évident qu’on ne pense pas à le réclamer dans un cahier des charges. Tellement évident que peu de fournisseurs semblent s’en soucier vraiment.

Quand ces points-là ne sont pas présents, les fonctionnalités supplémentaires (nuages de mots, filtres divers, etc.) ressemblent vraiment à des gadgets.

Evidemment, vous pouvez allonger la liste dans les commentaires. Elle n’est pas exhaustive : elle ressort d’une navigation que j’ai faite ces derniers jours. Ensuite nous pourrons nous amuser pour voir quels Opac y obéissent réellement1.

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1. Il y a les logiciels qui ne permettent pas de remplir tous ces critères. Et il y a les logiciels qui le permettraient, mais que l’on ne prend pas le temps de paramétrer… Les bibliothécaires peuvent être aussi coupables que les fournisseurs.

J’aime pas Periodic

Periodic est une base de dépouillement des revues de vulgarisation scientifique : Sciences et Avenir, Science et Vie, etc. Elle est entretenue par la bibliothèque universitaire de Pau.

Je n’aime pas du tout Periodic, mais c’est la seule base qui fait ces dépouillements. Comme elle existe, aucune autre bibliothèque (ou quelque autre service rempli d’abnégation) n’envisage de la concurrencer.

Comme je ne veux pas paraître injurieux vis-à-vis d’estimés collègues qui font là une tâche bien ingrate, je vais expliquer pourquoi je n’aime pas Periodic.

1. Le mode de recherche est tordu. L’interface ne ressemble pas à ce qu’on trouve habituellement, et un flottement d’hésitation persiste pour déterminer où mettre ses mots clés. Il y a trois champs, reliés par un “ou” par défaut.

2. On ne peut pas appuyer sur Entrée pour lancer une recherche.

Pour ces deux remarques, un peu de code HTML permettrait rapidement d’obtenir une interface plus normale. Comme cette interface n’existe pas, j’ai fait un widget Netvibes (disponible ici) et je n’interroge Periodic (quand vraiment je n’ai pas le choix) que depuis ce widget.

Au moins, avec ce widget, je peux cliquer sur la touche Entrée, les mots sont associés par “ET”, on cherche automatiquement dans toutes les revues et le nombre de résultats maximum est de 100.

3. Dans la liste des résultat, chaque résultat est cliquable vers la notice détaillée, mais la notice détaillée ne comporte pas plus d’infos que la notice abrégée. Un peu plus de temps perdu pour s’en rendre compte.

En outre, l’auteur n’est pas affiché. Serait-ce une info secondaire ? Ou les scientifiques ont trop honte de publier dans des revues “grand public” et préfèrent garder l’anonymat ?

3. Ca fait 3 ans que je connais Periodic, et 3 ans que j’entends dire qu’ils réfléchissent à une refonte.

4. Le “guide” (lien en haut à droite de la page d’accueil de Periodic) met 7 minutes à s’ouvrir, avec un accès ADSL de 100 Mo/s (cf. l’explication probable plus bas). Donc personne ne consulte l’aide.

5. Le guide est une page énorme, parce qu’elle comporte l’état du dépouillement pour chaque revue : c’est un tableau avec une revue par colonne, une année par ligne, et pour chaque année le nombre d’articles recensés dans chaque revue.

Periodic est à ma connaissance la seule base bibliographique qui envisage la possibilité d’un dépouillement des revues depuis l’an 0. Le tableau comporte donc 2008 lignes, dont 1975 lignes complètement vides…

Pour vous éviter de perdre 7 minutes en allant vérifier, j’ai copié le tableau dans une page de ce blog logiquement un peu moins lourde. En revanche l’affichage est très laid puisque la largeur du tableau dépasse celle du blog.

6. Comme personne ne peut consulter le guide, tous les utilisateurs restent (je suppose) persuadés que les dix revues mentionnées sur la page d’accueil sont toujours dépouillées.

Le tableau en question nous fait voir que seules 5 revues sont toujours dépouillées : American Scientist, La Recherche, Ordinateur Individuel, Pour La Science, Science Et Vie, Sciences Et Avenir.

La raison d’être de Periodic n’est pas remise en cause : on a besoin, notamment en BU mais pas seulement (les lycéens seraient très contents de connaître son existence) d’une base de dépouillement des articles parues dans les revues scientifiques grand public.

Mais sa rénovation, toujours à l’ordre du jour, pourrait peut-être constituer un projet commun de plusieurs BU de sciences, un peu plus ambitieux (mais pas trop d’abord, sous peine de ne jamais voir le jour), plus ergonomique et à la couverture plus ample.

Un jour, peut-être…