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Encyclopaedia Universalis vs Wikipédia

23/07/2008

Non, je ne ferai pas le panégyrique de l’une au détriment de l’autre. Je ne rappelerai même pas les différences de contenu : tout ça se trouve déjà ailleurs, moult fois.

En revanche je crois que, pour la plupart des bibliothécaires du moins, il est temps d’ouvrir les yeux : ce n’est pas parce que son contenu est unique que nous essayons à tout prix de vendre à nos étudiants l’Universalis, c’est parce que nous-mêmes l’achetons, et que ce serait du gaspillage si on ne s’en servait pas.

Cessons donc de polémiquer sur l’inégalité de contenu entre les deux encyclopédies phares. Voyons plutôt ce que cela peut signifier en terme d’usage.

Je note au préalable que les bibliothécaires ne sont pas forcément bien placés pour le faire : utilisateurs peu fréquents de l’Universalis, ils ne sont pas toujours les mieux à même de se rendre compte que le bénéfice de l’une est tout simplement ni moins bon ni moins mauvais que celui de l’autre, mais fondamentalement différent.

Google ou Exalead ? Universalis ou Wikipédia ? A chaque fois la réponse doit être : ça dépend du contexte. Voyons ce qu’il en est pour les encyclopédies.

[Rq : pour que les deux puissent être traitées à égalité, il est évident que les utilisateurs doivent avoir accès aussi facilement à l’une qu’à l’autre. Donc proposer un service d’accès distant (par exemple par proxy) à ses lecteurs]

1. Synthèse et analyse

Première constatation : les articles de la Wikipédia se comptent par millions. Mais il faut ajouter immédiatement ceci : même si l’Universalis multipliait le nombre total de ses mots pour atteindre celui de la Wikipédia, jamais elle n’aurait le même nombre de pages.

La physique quantique correspond à un article pour la Wikipédia, avec des rebonds multiples vers d’autres articles, dont – par exemple – l’équation de Schrödinger.

Dans l’Universalis, il n’y a pas d’article consacré exclusivement à cette équation. En revanche il en est question dans plusieurs articles : Mécanique quantique, Chimie théorique, etc.

Donc la Wikipédia propose un accès plus direct à une information précise (pour ladite équation, rappel de la formule et de ce qu’elle signifie). Et l’Universalis propose un accès systématiquement remis en contexte. Elle « force » le lecteur à passer par tout le contexte pour accéder à l’information.

On voit bien là qu’il ne s’agit pas de dire qu’une solution est meilleure que l’autre. Elles répondent à des démarches différentes, voilà tout. Encore faut-il bien sûr que l’internaute soit conscient de sa propre démarche, et se tourne en connaissance de cause vers le bon outil.

2. Encyclopédie datée et encyclopédie en devenir

Pour les besoins d’une formation auprès de L1, j’ai pris la métaphore suivante pour expliquer les différences de contenu entre livre, encyclopédie et article.

Partons de la planète Mars, telle qu’elle existe, avec ce qu’on sait d’elle et ce qu’on ignore.

La planète Mars

La planète Mars

Ce qu’on sait d’elle représente une partie de sa « surface » (une partie de ce qu’elle est). Donc on peut imaginer un livre sobrement intitulé Mars, faisant à une date donnée le point sur l’intégralité des connaissances acquises au sujet de cette planète.

L’article « Mars » d’une encyclopédie « classique », c’est un document qui s’efforce d’aborder de manière homogène tous les aspects de cette connaissance. En plus concis, avec des vides.

Des articles de revues repoussent la limite des connaissances, font des incursions dans l’inconnu. Ils supposent les connaissances « de base » déjà sues de leurs lecteurs et n’y reviennent pas.

Face à ce schéma, la Wikipédia pourrait s’envisager ainsi :

  • des connaissances concises sur Mars
  • des carences dans certains aspects de ces connaissances, qui attendent d’être comblées par un futur internaute (qui, passant par là dans deux heures ou deux ans, s’écriera : « Mais ! … Il manque toute la podologie martienne ! »)
  • une réactivité beaucoup plus grande face à la parution d’articles, donc quelques excursions hors du champ des connaissances « de base »
  • quelques erreurs, plus ou moins rares selon les domaines, qui sont en-dehors de la « vérité » sur Mars.

L’Universalis est marquée par le cycle traditionnel des éditions : son contenu date de …. C’est une encyclopédie datée.

La Wikipédia, elle, est une encyclopédie en devenir, dans l’attente du complément sur ses carences.

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