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Pour ou contre la recherche fédérée ?

08/11/2008

Contre ! Non, pour. Enfin, ça dépend de quoi on parle.

Ce billet rebondit (avec retard) sur les réflexions à présent anciennes de Daniel Bourrion et d’autres sur la mort des portails documentaires. Ayant participé à la mise en place d’un portail documentaire, et donc sollicité de temps en temps pour rendre compte de cette expérience, je constate qu’on ne prend pas le temps de définir ce qui est désigné par « portail ». Qu’est-ce qu’on désire quand on veut mettre en place un portail ? Qu’est-ce qu’on critique quand on affirme que, notamment avec l’intégrabilité des services et des contenus (API, web services), c’est une solution dépassée ?

Je définirai plus loin ce que, à titre personnel, je vois derrière le mot portail. Mais je veux d’abord répondre à la question posée dans le titre, qui porte sur une des fonctionnalités généralement intégrée dans les portails, mais qui peut en être complètement distincte : la « recherche fédérée ».

Doit-on être pour ou contre ?

D’abord, il me semble important que toute bibliothèque (universitaire — je ne connais que ça) propose ou vise à proposer une recherche unifiée (chouette, j’ai inventé une nouvelle terminologie).

Par recherche unifiée, je veux dire que toutes les BU proposent des collections papier et des collections numériques. Elles ont des revues sur les deux supports à la fois, et parfois également des e-books à la fois en ligne et en bibliothèque.

Je trouve extrêmement sadique de proposer encore d’un côté un OPAC interrogeant les collections décrites dans le SIGB, et à côté un lien les e-books Elsevier, un lien vers les e-books Numilog, un lien vers les Proceedings IEEE, et un quatrième lien vers les e-books Springer.

Non seulement il faut une recherche unique sur toutes les collections numériques, mais en plus il faut une recherche unique sur les collections numériques ET papier.

Cela ne suffit malheureusement pas, car les chercheurs ont AUSSI des modes d’accès spécifique selon le type de documents :

  1. recherche en rayon ou sur catalogue pour les livres
  2. liste A-Z pour les revues
  3. page statique donnant la petite liste des grosses bases de données

Mais ne proposer que ces trois modes d’accès, et pas de recherche unifiée, c’est se condamner à déplorer en fin d’année : « Oh ! personne ne consulte notre bibliothèque Numilog ! Alors que ce sont précisément les manuels qui quittent le plus les rayons que nous leur avons achetés ! »

Dans l’autre sens, ne proposer qu’une recherche unifiée (sans liste A-Z, notamment), c’est se condamner une avalanche de mails de chercheurs mécontents. Ils savent faire une recherche par mots dans Google, ils savent cliquer sur une lettre pour afficher les 1273 revues commençant par J, mais ils savent pas chercher par mots du titre quand il s’agit d’une revue en ligne. Il faut simplement l’admettre et faire en sorte de les contenter.

La recherche unifiée, pour moi, c’est une nécessité qui ne se discute même pas.

Quid de la recherche fédérée ?

La distinction subtile est :

  • la recherche unifiée interroge nos collections
  • la recherche fédérée interroge des ressources extérieures (bases d’articles généralement) via des connecteurs Z39.50, HTTP, ou par moissonnage OAI. Ca donne ceci (solution Jouve), ceci (solution Endeca), ou cela (solution Ex Libris)

Je crois que, au regard de l’investissement financier nécessaire, une recherche fédérée où l’utilisateur doit d’abord chercher les sources à sélectionner n’est pas rentable. La démarche de retrouver les ressources intéressantes nécessite de comprendre un outil souvent jugé trop complexe, et incite l’internaute à interroger directement les ressources qu’il connaît.

  • une population d’étudiants ne sera pas intéressée par cette recherche fédérée d’articles. Elle préfèrera un moteur unique, « à la Google » (Google Scholar, Scirus ou autre)
  • les chercheurs ont déjà leurs habitudes. Les mathématiciens connaissent ZentralBlatt Math et MathSciNet, et ne semblent pas demandeurs d’un outil qui leur permette d’interroger les deux à la fois. Du moins pas s’il leur faut d’abord chercher et cocher les cases « ZentralBlatt Math » et « MathSciNet ».

Pour être plus clair : si on propose un outil trop souple, la démarche pour le manipuler semblera en soi une perte de temps.

Un outil qui ne sert pas ne sert à rien.

Quelle recherche fédérée ?

La réponse est devenue limpide : une recherche fédérée disciplinaire pré-mâchée.

On propose au chercheur une liste de de liens :

  • chercher des articles en médecine
  • chercher des articles en math
  • chercher des articles en informatique
  • etc.

Il se retrouve ensuite face à un écran de recherche simple, il lance la recherche et il a une liste de résultats.

Si (et seulement si) il veut comprendre ce qu’il vient de faire, on lui propose un texte explicatif sous forme d’une aide contextuelle, lui disant : « vous avez cherché des articles en médecine, donc vous avez lancé une recherche simultanée sur : Pubmed, Ovid Full Text, Cochrane Database, ScienceDirect, Medic@« .

Les résultats sont hétérogènes (recherche sur des notices avec Pubmed, sur du texte intégral avec ScienceDirect) ? Je ne suis pas sûr que ça les gêne dans un premier temps.

Contraindre l’utilisateur à choisir les bases qu’il va interroger, c’est lui imposer de comprendre ce qu’il est en train de faire avant de le faire (et de maîtriser un outil — un de plus — complexe). C’est donc la meilleure manière de l’inciter à aller voir ailleurs.

Cette solution, c’est pour ceux qui auraient déjà acheté un moteur de recherche fédérée. Et pour ceux qui songent à en acheter un ?

Il me semble que ça dépend combien ça risque de leur coûter (j’ignore les prix du marché). Il me semble vraiment qu’au regard des usages des chercheurs d’une part (qui ont des habitudes très ancrées), et de ce qu’il y a à développer en bibliothèque d’autre part (coût des ressources électroniques croissant, accès distant, service de questions-réponses, etc.), ça doit être de moins en moins considéré comme LA solution miracle attendue impatiemment par tous nos lecteurs.

Pour la définition du portail promise en début d’article, finalement ça fera l’objet d’un article spécifique

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