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La méthode Google Wave appliquée aux bibliothèques

18/06/2009

Il y a quelques jours a été annoncé le lancement de Google Wave, service encore réservé à un gratin de développeurs.

Google Wave se veut l’avenir du mail, et part d’une idée « simple » :

  • le mail a été créé il y a plus de quarante ans, bien avant Internet (rappelons au passage que « Internet » et « web » ne sont pas interchangables : le web est une partie d’Internet, qui contient aussi les e-mails, le chat, les transferts de fichiers par FTP, etc.).
  • Depuis sa création, les technologies et l’environnement que connaît l’utilisateur du mail ont beaucoup évolué.
  • Que serait un service de mail qui serait inventé aujourd’hui ?

Les développeurs de Google ont donc cherché à sortir de la logique de l’échange-dialogue de l’e-mail, pour y intégrer tous les aspects de la conversation et des services et contenus associés qui pourraient y être adjoints : l’e-mail, le chat, le forum, le wiki, mais aussi le blog, YouTube, etc.

Bon, je vous laisse découvrir l’outil, ce n’était pas tout à fait de ça que je voulais parler aujourd’hui.

La démarche des développeurs de Google me semblerait intéressante à appliquer à notre univers :

que serait une bibliothèque si on l’inventait aujourd’hui ?

Pas une bibliothèque que l’on créerait dans une nouvelle université, mais une bibliothèque telle qu’on la créerait, s’il n’existait aucune bibliothèque en France (ou au monde !). Que seraient ses missions, ses services, et ses contenus ?

Ceci n’est pas un projet

C’est à concevoir comme un jeu intellectuel : je ne propose pas de penser l’avenir des bibliothèques, mais d’imaginer une uchronie, une alternative contemporaine, où, pour se documenter, le brave citoyen n’a le choix qu’entre :

  • Internet
  • acheter le livre ou la revue qui l’intéresse
  • l’emprunter à un ami

et où il devient urgent de proposer une alternative sous forme d’une offre documentaire publique.

Je vous propose, à titre d’exemples non limitatifs, les pistes suivantes. Encore une fois, je ne dessine rien pour le futur, je m’amuse sans engagement ni opinion (ni pour ni contre l’une des pistes que je donne ci-dessous : c’est simplement ce à quoi je me suis laissé conduire).

Préalable nécessaire

Si les bibliothèques n’existaient pas, aujourd’hui, avec Internet, voudrait-on vraiment les inventer ?

Il me semble que, tant que les gens auront l’envie (roman, BD) ou le besoin (articles, manuels) d’acheter des livres, ce qui est encore le cas de nos jours, une offre de prêt alternative à l’offre d’achat serait légitime. Ma réponse sera peut-être différente dans 5 ans…

Piste 1 : le modèle privé

Si le besoin surgissait de créer des « centres » où proposer aux citoyens d’emprunter des livres plutôt que de les acheter, il est certain que j’irai chercher dans les modèles existants de mise à disposition de livres : libraires, FNAC, etc.

Cela signifie notamment :

  • la suppression des banques de prêts : juste de petits bureaux avec un écran d’ordinateur posé dessus, et pas cette frontière administrative que l’on retrouve à la banque et à la Poste. Le bibliothécaire est au même niveau que le lecteur (il est assis, certes, mais sur une chaise de comptoir, donc à même hauteur d’yeux), et il glisse plus facilement sur le côté pour accompagner le lecteur dans les rayons.
  • des présentoirs partout (et pas seulement pour les nouveautés)
  • un rangement par rayons plutôt que par disciplines. Cela signifierait notamment qu’un même document sera potentiellement à plusieurs endroits différents.
  • la possibilité d’écouter le disque de son choix avant de l’emprunter

Piste 2 : le modèle Grande surface

Puisqu’il y a des livres dans les grandes surfaces, pourquoi n’y aurait-il pas des services de table chics dans les bibliothèques, qui deviendraient des espèces de Kiloutou du service public.

On pourrait concevoir le rayon Culturel comme produit d’appel pour le reste — ou l’inverse.

Le « responsable du rayon Livres » (il n’y a plus de spécificité Bibliothécaire) est un responsable de rayon parmi d’autres. Il doit faire du chiffre pour être compétitif et monter en grade (être enfin muté au rayon Ordinateurs !).

Piste 3 : la dissémination

La dissémination (dans la configuration actuelle réellement existante), c’est : ne restons pas sagement derrière nos banques de prêt et sur nos sites web, allons chercher (sur le web) le lecteur là où il se trouve (notamment sur les réseaux sociaux, mais pas seulement).

Fort de la préoccupation actuelle de certains collègues de se disséminer sur Internet (être présent jusque chez Amazon !), on pourrait imaginer une dissémination physique, qui se déclinerait notamment ainsi :

  • à côté de tout Relay H dans une gare, on trouverait une bibliothèque avec une offre comparable, et une mission identique (proposer de la lecture pour le voyage…)
  • dans tous les rayons même des magasins FNAC, proposer, à côté de l’exemplaire « à vendre », un exemplaire « à emprunter » proposé par la bibliothèque (qui n’a donc plus de locaux à soi, et n’existe que comme parasite…)

Pour faciliter le prêt et surtout le retour (notamment dans le cas des bibliothèques en gare), le projet ne se concevrait que comme un réseau national, au sens d’une collection unique circulant sur tout le territoire (avec un système de régulation, comme pour les Vélib’…), avec la possibilité pour le lecteur de restituer le document à peu près n’importe où, y compris dans une boîte aux lettres (on s’approche du Bookcrossing).

Piste 4 : site web et site physique

C’est juste une réflexion, pas une concrétisation.

Imaginons la chose suivante : le site web est le premier contact de l’usager avec sa bibliothèque. Que serait une bibliothèque que l’on voudrait à l’image de son site web, après avoir conçu le site web ?

Piste 5

Je constate que j’ai l’imagination faible et limitée. Je vous laisse trouver une 5ème piste, une 6ème, etc.

Conclusion

C’était le moment « détente » !

Si le jeu ne vous amuse pas, vous n’êtes pas obligés de participer, et vous n’êtes même pas obligés de le dire 🙂

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11 commentaires
  1. 18/06/2009 15:33

    Si je limite bibliothèque à « donner accès à des documents », sans toute la question d’animation, soutien à la recherche d’information etc.
    J’enlève mon chapeau bibliothécaire pour ne conserver que celui de lectrice, s’il n’y avait pas de bibliothèque, ce que j’aimerais avoir, c’est d’un service d’envoi de livres par la poste. Un seul catalogue pour tout le pays, je place une demande pour le livre, 2-3 jours plus tard il est chez moi. Puisqu’il y aurait concentration en une seule collection, économie sur les livres moins utilisés, donc plus de budget pour avoir 850 copies des best-sellers du moment.

  2. 18/06/2009 15:40

    @Dominique : sur l’aspect animation, soutien, etc., vous avez tout à fait raison, je me mors les lèvres et me fouette trois fois aux orties fraîches. N’ayant pas pris le temps de définir le métier de bibliothécaire actuellement (avec toutes les missions qui reposent sur ses fragiles mais vaillantes épaules), j’en ai tiré des projets restreignant considérablement son champ d’action.
    Cela dit, admettez que la définition du bibliothécaire actuel n’était pas mon objectif — au contraire, même, puisqu’il s’agissait d’en sortir.

    Cela dit, rien n’empêche de prendre le contre-pied et d’affirmer que s’il n’y avait pas de bibliothèque, seul le service serait à construire, puisque le contenu serait déjà disponible (en ligne notamment).

    Sinon, vous avez raison : il me semble que la nécessité d’une organisation en réseau national saute aux yeux comme des cernes après une soirée sur Twitter.

  3. Damiano permalink
    18/06/2009 17:55

    « un service d’envoi de livres par la poste. Un seul catalogue pour tout le pays, je place une demande pour le livre, 2-3 jours plus tard il est chez moi »

    Ça ressemble un peu au service de PEB du SUDOC, non ?

  4. 18/06/2009 17:56

    @Damiano : à ma connaissance, l’Abes ne livre pas encore à domicile 😉 !
    Et le service n’est pas vraiment accessible au « grand public ».

  5. B. Majour permalink
    18/06/2009 19:11

    Ceci est un projet

    « pour se documenter, le brave citoyen n’a le choix qu’entre :

    – Internet (lecture, téléchargement, stockage pour prochaine lecture)
    – acheter le livre ou la revue qui l’intéresse
    – l’emprunter à un ami »
    – en parler avec un ami
    – en parler sur son réseau social
    – l’obtenir à la télé/vidéo
    – le réserver quelque part

    « Préalable nécessaire

    Si les bibliothèques n’existaient pas, aujourd’hui, avec Internet, voudrait-on vraiment les inventer ?
    Il me semble que, tant que les gens auront l’envie (roman, BD) ou le besoin (articles, manuels) d’acheter des livres, ce qui est encore le cas de nos jours, une offre de prêt alternative à l’offre d’achat serait légitime. Ma réponse sera peut-être différente dans 5 ans… »

    Tant que les gens auront besoin de se cultiver, d’apprendre par eux-mêmes, de ne pas être assujetti à l’équation fric-fric-craque…

    Tant que les gens auront envie d’échanger sur leurs passions, sur ce qui les réunit et les regroupe, sur leurs envies, leurs idéaux…

    Ma réponse ne sera pas différente dans 5 ans.

    Piste 1 : le modèle privé

    Si le besoin surgit d’un modèle privé, j’irai chez mon voisin en premier lieu, mes voisins en deuxième lieu, avec tous les partageurs en troisième lieu.

    En dernier recours, dans les endroits de revente de livre : bouquineries, puis magasins plus cher.

    Dans chaque maison, un présentoir face à la fenêtre.
    Lorsque les étudiants ont terminé leurs études, ils remettent leurs documents dans le pool commun. Ainsi que leurs travaux.

    Lorsque les voyageurs reviennent d’ailleurs, ils versent leurs « reportages » dans le pool commun.
    Cela signifie que la bibliothèque devient un bien commun, dont le fonds est alimenté par bien des sources.
    L’organisation, pour s’y retrouver, devient alors un bien communautaire et une ressource comme les autres. (Même s’il y a fort à parier qu’elle prendra une direction standard, afin de permettre l’échange entre communautés)

    On parle de modèle privé et non de modèle marchand. 🙂

    Piste 2 : le modèle Grande surface

    A l’accueil du client, les bibliovendeurs se pressent autour de lui, essaient de lui fourguer le livre de sa sélection (pour augmenter « son » chiffre d’affaire)

    Si le cloisonnement se fait par rayon, alors chaque rayon reflètera la personnalité du vendeur, avec prestation unique et particulière dans les alcôves privées. Le sexe, les avantages en nature, rien ne sera pas tabou, seul le chiffre de vente compte ! Business is business.

    On n’y traitera donc pas uniquement du document, mais de bien d’autres choses.
    Dans le secret des alcôves, on fera du devoir pour les élèves en mal de recherches, on aidera à remplir des déclarations d’impôts (avec 10 % de rémunération sur les sommes économisés), on y sous-traitera des services dit « encore publics », et on fera peut-être ce à quoi vous avez pensé juste avant.

    Bibliovendeur, préparez vos doigts pour des massages détentes ou vos esprits pour d’autres traitements particuliers.

    Ah, accueillir les lectrices avec des roses ! (ou des chocolats)

    Big Saint-Valentin à la bibliothèque !

    Votez pour moi ! lors de l’élection du meilleur bibliovendeur !
    Biblio-office, avec biblio-chippendales… 😉

    Piste 3 : la dissémination

    Tels les témoins du livre :

    Jouons du porte à porte.
    Harcelons nos ouailles au téléphone.
    Prêchons le Saint Livre !

    Partout où passe le lecteur accrochons nos livres, proposons nos ouvrages dans les ruelles chaudes aux heures les plus indues, et placardons du chaud dans les endroits froids.

    Un nain de jardin sans livre, une erreur vite réparée.

    Un tronc sans affiche, voilà c’est fait.

    Sous chaque photo de candidats aux élections : sa contribution à l’oeuvre Livre.
    Avec des moustaches-livres pour les plus médiocres !

    Sur le Net, semons le nom de notre bibliosanctuaire.

    Abandonnons des traces, d’innombrables traces (avec liens) puisque toutes les routes mènent à BiblioRome.

    Aucun bibliothécaire sans son Tshirt dûment estampillé, sans sa cargaison de documents voyageurs (mais estampillés). Partout où il passe, un petit caillou-document.

    Chez les commerçants, il imprime sa marque. Place des documents gratuits partout où une place se libère.

    Et bien sûr : haro sur les livres des concurrents (sauf ceux qui participent à la bonne entente biblio-globale). Pas de pitié, le sang des livres doit couler pour que seul le bibliosanctuaire survive. La bibliorésie ne passera pas par nous ! :o))))

    Piste 4 : site web et site physique

    Le site web est une représentation 3D du site physique.

    Celui qui entre à la bibliothèque ou sur le site Web ne voit aucune différence.
    Il entre en poussant la porte (virtuelle) avec son pointeur manuel.

    Il retrouve son rayon musique au même endroit, interpelle un bibliothécaire et lui demande s’il a aimé tel ou tel titre. Le bibliothécaire se souvient de lui, lui apporte un capuccino ou la dernière sélection du jour, lui souhaite un bon anniversaire et lui prête exceptionnellement (année / 10) documents supplémentaires !
    Il répond aux questions du jour, précise les informations locales, les bons plans en cours, les spectacles du jour, le met en relation avec un amateur des mêmes genres littéralo-vidéo-musicaux qui cherche ce genre de contact.

    Le site web et le site physique sont un service… véritable.
    Un service véritable commence par connaître la personne qui utilise ce service, afin de lui rendre vraiment service, et de lui faciliter la vie, le temps… oui, le temps, surtout le temps.

    Piste 5 : la piste spatiale

    L’homme revient à la bibliothèque !!!

    On vire les robots automatiques, on met de vraies personnes, avec de vrais cerveaux, de vraies passions… Chacun devient le bibliothécaire de l’autre.

    Chaque personne devient l’équivalent d’un soleil, dont on peut mesurer la graduation. Jeune lecteur soleil jaune dans le manga, grosse géante rouge à tendance cinématographique, supernova dans les romans terroirs (tiens voilà le spatiothécaire)

    Grâce à la clé USB-B, intégrée à la carte d’emprunt, on peut charger quelques mois de lecture/écoute pour ses différents lecteurs/écouteurs… rien qu’en s’approchant de l’autre « lecteur », qui transfère alors son droit de « propriété » pour ce qui ne l’intéresse plus ou pour ce qu’il veut échanger… si les droits de propriété ont encore cour !

    Après cette rencontre dans les salons de la spatiothèque, on repart content et avide de lire ce qui a été échangé, suivant les goûts signalés par la clé USB-B, ou par les demandes dans la case « if te please ».

    La spatiothèque est un éternel cadeau, avec des gens qui passent leur temps à essayer de vous faire plaisir.

    On vire les robots automatiques, on laisse parler les IA et les IB (Intelligence Biologique)

    Piste 6 : la piste maritime

    L’information est un océan, une mer agitée.
    Surfer sur la vague ou écrêter l’écume montrent moins d’intérêt que pêcher en profondeur, où l’eau est plus dense, plus intense, plus chargée de sens et de vérité.

    Les bibliopêcheurs sont à bord de leurs chalutiers, et remontent des petits e-poissons, avant de les poser à la criée pour que leurs lecteurs s’en saisissent.

    Derrière les bibliopêcheurs se trouvent des bibliocuisiniers qui accommodent les e-poissons pour les rendre plus digestes, plus savoureux pour les lecto-papilles, ou pour les adapter à des lecteurs plus jeunes, ou moins geeks :-). Ou encore pour préparer des menus gustatifs.

    Dans un coin du port bibliothèque, on apprend à pêcher à la ligne, à utiliser le bon appât. Dans un autre, on enseigne comment nouer des filets, à remonter des grilles de casiers pour en sortir le bon e-poisson et quelques perles.

    On apprend aussi à chercher pour les autres. Car on est toujours plus fort quand on travaille pour les autres. On ne peut se contenter de l’approximatif, l’autre ne comprend pas tout comme soi-même et, à expliquer, on devient meilleur.

    Apprends à un homme à pêcher l’e-poisson, et il restera libre toute sa vie, disent les e-chinois.

    Bien cordialement
    B. Majour (qui aime bien se détendre aussi)

  6. 18/06/2009 19:58

    @B. Majour : chapeau bas, c’est de la vraie poésie !
    Merci.

  7. 18/06/2009 20:05

    Je fais à présent un aveu : les développeurs Google ont admis avoir eu cette démarche en ne se souciant pas du tout de la rentabilité du résultat obtenu.
    Donc en ce qui les concerne, ils pourraient très bien en venir, quelques années après lancement de Google Wave, à fermer ce service.
    Mais pour des « dossiers » culturels, cela doit-il être un handicap ?

  8. Isabelle permalink
    18/06/2009 20:51

    Sauf erreur de la part, la bibliothèque municipale de Stockholm permet de rendre le livre dans n’importe lequel de ses sites. Et le document reste dans la collection du site de retour. Le lecteur constitue donc en partie le fonds.

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