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Delirium Tremens (vieille nouvelle)

01/10/2009

Non, non, tout va bien. Je suis juste retombé sur un texte écrit en 2002. Ce n’était pas prémonitoire et ça ne voulait pas l’être, mais je me souviens m’être bien amusé ne l’écrivant. A l’époque, j’avais encore tout à découvrir.

C’est la seule de mes nouvelles à avoir un lien avec Internet, la seule à avoir une petite raison de se retrouver sur ce blog. J’en profite ! J’ai envie de faire plein de commentaires, mais je ne prolonge pas davantage le paratexte (ou pré-texte ?).

Remarque : ce billet ne rentre pas dans le cadre de votre veille documentaire. Lecture sur les heures de boulot interdites (ou alors pendant la pause café !-)).


5.

D’abord, deux choses.

La première, c’est que cette histoire n’est pas terminée. Si cela était, elle ne serait pas racontée ainsi, ni moi, ni vous, ni même les autres n’existeraient de la sorte. Nous serions tous des troisièmes personnes du singulier ou du pluriel, flottant dans cet immatériel infini auquel seules les divinités silencieuses ont droit.

La seconde, c’est que je suis un être virtuel.

Pour moi, tout a commencé le mardi 30 avril. Je dis « pour moi » car je suis arrivé le dernier, les autres étaient déjà là. Les autres, ce sont Michel, Georges, Hugues et Paul. Et puis moi. Paul a avoué ensuite s’appeler en réalité Virginie. C’était sans doute parce qu’elle espérait ainsi avoir plus de chance de gagner. Une féministe, sans doute, ou l’inverse. Mais cela n’a plus grande importance maintenant.

Tout a commencé le mardi soir. J’étais tranquille. Je cherchais sur Internet des offres d’embauches. Je suis informaticien. J’avais déjà exploré plusieurs sites. Certaines propositions ne me plaisaient pas, d’autres ne convenaient pas à mes ambitions ou à ce que j’avais déjà fait. Dans les semaines précédentes, j’avais déjà réussi à obtenir quelques entretiens, mais rien n’avait eu de suite. Je continuais donc à chercher.

Et j’ai découvert cette annonce. Elle était semblable aux autres, en fait : on cliquait sur l’adresse indiquée, et le lien hypertexte conduisait au site de la société qui avait fait paraître l’annonce. Elle s’appelait CreateTheWorld.

C’est à partir de là que c’est devenu différent.

Ils commençaient par donner quelques vagues indications sur le métier proposé : programmation informatique, anglais impeccable (bien sûr), haute rémunération. Et ils demandaient « que nous fassions nos preuves ». Sans trop comprendre, j’ai cliqué.

Là, ils m’ont demandé des renseignements brefs sur moi, mon nom, mon mail (uniquement le mail, pas d’autres coordonnées), mes compétences, ma formation, mon expérience. A l’arrière plan, le décor bougeait comme dans un grand jeu d’animation d’un genre sérieux.

J’ai donné toutes les informations qu’ils me demandaient. J’ai encore cliqué.

Apparemment, mon dossier était accepté. En tout cas, c’est ce qu’ils m’ont dit ― enfin, c’est le texte qui s’est affiché sur l’écran : « Votre dossier est accepté ».

L’écran a de nouveau changé. C’est alors qu’ils m’ont expliqué la règle du jeu.

C’est encore moi qui parle de jeu. C’est pourtant bien plus important. A ce moment, ça ne l’était pas tant : je cherchais un job, mais sans urgence. Ma copine travaillait de son côté, je touchais des allocations chômage. On vivait tranquille.

Mais après, c’est devenu de plus en plus gros.

On m’a expliqué que nous étions cinq à avoir déposé notre candidature et à avoir été reçus à ce stade de la sélection. Après moi ils décidaient de fermer la proposition d’embauche. (Je suis retourné quelques heures plus tard sur le site de ces petites annonces. Elle n’y était plus.)

On m’a dit encore que la meilleure façon de tester les capacités d’un informaticien pour l’embaucher, c’était de le mettre directement à l’épreuve. Qu’il y aurait donc des épreuves, et des éliminations successives.

Au début, c’était juste un défi, assez excitant. Le simple espoir d’être capable de faire quelque chose.

Ils nous ont mis tous les cinq en forum, pour faire connaissance. C’était un procédé curieux. On a chatté un peu, tous les cinq. On s’est jaugé mutuellement. Je me suis demandé s’ils étaient encore là, à nous lire, ou s’ils nous laissaient un peu d’« intimité ». Nous avons parlé de nos expériences respectives, de nos diplômes, nous avons même été jusqu’à échanger nos adresses (mail et postale).

Il y avait Michel, trente-cinq ans, habitant Paris, passé par l’Ecole Centrale de Lille, trois enfants, au chômage depuis trois mois ; Georges, quarante-trois ans, Nantais, célibataire, encore en poste dans une société dont il sentait qu’elle avait l’intention de le virer bientôt ; Hugues, de Nancy, vingt-deux ans, créateur d’une start-up qui s’est effondrée il y a six mois ; et Paul, Parisien aussi, vingt-sept ans, autodidacte, passé par plusieurs postes très courts avant d’atterrir ici ― du moins c’est ce qu’il écrivait. C’est vrai aussi pour les autres également, d’ailleurs : comment savoir ce qu’il y avait derrière les phrases de chacun ?

Evidemment, Hugues était le plus habitué au chat, le plus rapide, le plus codé. Mais cette aisance n’a pas eu vraiment d’importance ensuite.

Au bout de dix minutes, l’écran s’est modifié d’un coup. Michel n’avait pas fini d’écrire une phrase (il parlait de ses enfants). Ils nous ont donné rendez-vous à quatorze heures le lendemain. J’éteignis l’appareil.

Quand Sandra est rentrée, j’étais un peu excité. Elle eut du mal à comprendre. Elle trouvait cela un peu malsain. Puis on a parlé d’autres choses. On a fait l’amour et on s’est endormi.

Le matin elle était partie avant que je me lève… Tout cela est sans aucun rapport. Je passe et j’en viens à ce rendez-vous.

J’étais très tendu. J’allume mon ordinateur, je vais sur le site de la société. On se retrouve en forum à nouveau, on attend deux retardataires, Paul et Georges. Puis ils nous séparent. Les autres m’ont dit ensuite qu’ils avaient eu le même message que moi, au même moment.

Un écran noir d’abord, pendant plusieurs secondes, puis gris, s’éclairant peu à peu pour finir dans une blancheur d’un éclat que je ne croyais pas possible de la part de mon écran. Ensuite le fond redevint blanc mat, avec ce texte : « En arrivant sur cette page, vous avez introduit un virus dans votre ordinateur. Il est encore en sommeil. Vous avez trois heures pour le trouver et le détruire. Bien sûr, tous les antivirus sur le marché sont impuissants contre lui. Souvenez-vous aussi que les virus ne sont pas nocifs que pour les logiciels. »

― Les enfoirés !

En engageant ma candidature, je n’avais pas pensé mettre en jeu mon matériel informatique, qui valait dans les vingt-cinq mille francs tout compris. Si je n’y arrivais pas, je ne possèderais plus que mon ordinateur portable. De toute façon je n’avais plus le choix.

Et puis, qu’est-ce que ça voulait dire, « les virus ne sont pas nocifs que pour les logiciels » ? Il existe certains programmes suffisamment méchants pour brûler des résistances, ou d’autres composants des circuits électroniques. Mais ils semblaient insinuer autre chose encore.

J’ai cliqué sur l’image, mais rien n’a bougé. J’ai dû redémarrer l’ensemble manuellement, interrompre le redémarrage avant que l’écran ne se bloque à nouveau sur le même message. Puis je me suis lancé dans les programmes, les menus multiples, en cherchant parmi les répertoires. J’avais l’impression d’être un skieur qui rentre dans tous les piquets du slalom. Pendant deux heures, j’ai bien dû répéter un millier de fois « les enfoirés ! », en continuant à chercher.

J’ai fini par le trouver. Une demi-heure encore pour comprendre comment le détruire.

Bon sang, je ne peux pas trop entrer dans les détails. Il me reste si peu de temps !

J’ai tué le virus. Mon ordinateur a l’air de respirer plus librement. Je me rends pour la troisième fois sur le site de cette société CreateTheWorld, en me disant que c’était forcément des Américains, pour faire des trucs aussi dingues. D’un autre côté, nous n’étions que des Français à nous battre. Bizarre.

Ils me demandent le code du virus. Je le donne, et j’arrive à nouveau sur le lieu du forum. Page blanche ― sauf une ligne, tout en haut. C’était Georges qui demandait si nous étions là. J’étais le deuxième. Peu après Michel et Paul nous rejoignirent. Les trois heures étaient passées. Hugues ne se manifestait pas. Paul nous demanda si nous savions ce qui lui était arrivé. Bien entendu, tous nous l’ignorions. J’ai juste eu le temps de lui dire que je le joindrais dans la soirée, et que je recontacterais Paul ensuite.

L’instant d’après, un texte nous a félicités pour nos « brillants efforts qui, nous l’espérons, seront payants à l’arrivée ». Ils parlaient toujours au pluriel. Ils parlent toujours au pluriel. Nouveau rendez-vous pour le lendemain, même heure.

J’ai envoyé un mail à Hugues. Bien sûr, si son ordinateur était contaminé, il ne pouvait consulter sa messagerie depuis celui-ci, mais il avait peut-être d’autres postes à sa disposition. Mon courrier me fut renvoyé aussitôt : adresse inconnue.

4.

Et puis quoi encore ! Je vérifiai que l’adresse était bien formulée. C’était idiot, d’ailleurs : lorsque chacun avait donné ses coordonnées, je les avais simplement copiées et collées ; je n’avais donc pu faire d’erreur de frappe. Ça ne pouvait être une erreur de frappe de ma part. Peut-être Hugues s’était-il lui-même trompé. Mais décidément son serveur ne le connaissait pas. Puis j’essayai de lui téléphoner.

Longtemps la tonalité a sonné dans le vide, sans que je puisse savoir s’il n’y avait personne, ou s’il s’agissait d’un faux numéro.

De toute façon je ne pouvais rien faire d’autre. J’ai écrit tout ça à Paul, par mail.

C’est à ce moment-là qu’il m’a appris qu’il s’appelait en réalité Virginie. Cela avait dû beaucoup l’amuser de passer ainsi d’un nom à l’autre. Je lui ai demandé si elle le faisait souvent. Elle m’a dit que oui. C’est en cet instant que je me suis mis à douter des autres aussi. Comment savoir qui disait la vérité ? Mais après tout, qu’est-ce que cela changeait ? La lutte continuait. Et je n’avais aucun moyen de m’assurer de ce qu’ils étaient réellement. Moi-même, je me suis demandé où j’en étais.

Quand elle rentra, Sandra trouva que j’avais un comportement trop étrange. Etait-ce d’avoir l’esprit ainsi stimulé par cette histoire ? Etait-ce l’angoisse qui commençait à monter sans que j’en aie encore conscience ? Etait-ce l’alcool que j’avais bu pour me remettre de tout ça ? En tout cas elle s’en alla dormir ailleurs.

Je ne sais toujours pas où elle est. C’est sans importance. Je passe…

J’ai l’impression que c’est mon sang, cette sueur qui mouille mon front.

Le lendemain, même heure, nous étions là tous les quatre. Devant notre écran. Je suppose que les autres avaient les doigts crispés, eux aussi. Surtout lorsqu’ils apprirent que Hugues était injoignable. Mais après tout, comme le dit Georges (y croyait-il ? Le croyions-nous ?), personne ne s’était assuré avant que ce qu’il nous avait dit était bien exact.

Bref, on s’est engagé dans une nouvelle épreuve. J’avais peur de perdre à nouveau mes outils de travail, mais cette fois ils nous ont dit que l’enjeu n’était pas le même.

Ils nous ont fait télécharger un dossier. Nous devions l’ouvrir sans quitter le site.

J’ouvre le dossier. C’était l’image d’un mur maçonné, en briques. Il occupait tout l’écran. Sur le mur, comme en graffiti, était écrit : « Essayez de traverser ce mur avant demain, six heures ». C’était tout. Je me disais : et après ? Après, je verrais bien.

Le mur ne voulait plus quitter de l’écran, même en redémarrant l’ordinateur à zéro. J’ai passé trois heures à essayer de comprendre comment manipuler une machine qui se bloquait aussitôt allumée.

J’ai pris mes deux portables : l’ordinateur et le téléphone. J’ai branché l’un sur l’autre, pour avoir par mon ordinateur portable accès à Internet.

Il me manquait quelque chose. Je me suis rué chez un copain pour lui emprunter son logiciel de création de sites Internet. Je l’ai installé sur mon portable. Je tape l’adresse de la société. Page d’accueil normale. Il me fallait rentrer dedans, pouvoir le modifier, trouver le code d’accès aux commandes ― je saute les détails, je n’ai plus le temps. Ça m’a pris une bonne partie de la nuit. J’ai alterné café et Delirium tremens, cette bière forte et âpre ― c’était d’un effet terrible. Je sentais mes yeux se gonfler. J’arrive à l’intérieur du programme de leur site. Ils avaient pris le contrôle de mon ordinateur. J’arrive enfin à arranger les choses. Je vois, à côté de moi, mon poste fixe qui se débloque d’un coup. Le mur disparaît, un petit bonhomme entre dans l’écran (je suppose qu’il devait me représenter, moi), et je le vois ouvrir une boîte qui se trouvait de l’autre côté du mur, et désamorcer la bombe qui se trouvait à l’intérieur ― tout ça par zooms successifs. Ces graphismes, ces images, ça avait l’air tellement innocent, comme un jeu pour enfants…

A six heures, sans avoir dormi, j’étais de retour sur CreateTheWorld. Sur le forum, les deux autres m’attendaient.

Les deux autres.

Michel et Georges.

Bien sûr, ils ne savaient rien de Paul. Si j’étais le troisième, on pouvait supposer que le quatrième n’arriverait pas. Je demandais à Michel de rester en ligne pour que je le contacte, par téléphone ou par mail, une fois que nous aurions reçu notre nouveau rendez-vous.

Le rendez-vous était évidemment pour le lendemain, quatorze heures. Ils étaient assez bons pour nous accorder vingt-quatre heures de repos.

3.

Le repos, ce n’était pas pour tout de suite.

J’essaie envoyer un courrier à Paul-Virginie. Au moins, en ce qui la concernait, j’étais sûr de son adresse puisque je l’avais utilisée deux jours avant (ou un jour, je ne sais plus, je m’embrouille, pardon). Mon courrier me revient, de la même manière que m’était revenu celui adressé à Hugues. C’est étrange à dire, mais je m’y attendais. C’est pour cette raison, je crois, parce que je m’attendais à ça, que j’avais demandé à Michel de rester à l’écoute.

J’ai essayé de téléphoner à Michel. Sa ligne était occupée. C’était absurde de ma part ! c’est moi qui lui avais dit de rester en ligne. Je lui ai donc envoyé un e-mail l’informant que Paul s’appelait en réalité Virginie ; quant au nom de famille, c’était le même. Je lui ai dit que la messagerie ne fonctionnait plus, et je lui ai demandé, puisqu’il habitait Paris, de se rendre au domicile de Virginie pour voir si tout allait bien pour elle.

Enfin je suis allé me coucher. Je m’endors aussitôt. Dix minutes plus tard, le téléphone sonne. Mais c’est seulement Sandra. Quand elle comprend que je ne suis pas, comme elle dit, « revenu à mon état normal », elle raccroche. Je vais me recoucher, en ayant cette fois pris soin de débrancher ce maudit appareil.

J’ai dormi près de vingt-quatre heures, sans rêve. Au réveil, mes draps semblaient pleins d’une sueur séchée. Avais-je transpiré ou non ? Impossible de le dire. D’ailleurs, de plus en plus de choses devenaient impossibles à préciser.

Je me suis levé, la tête comme fendue. L’alcool, ou le sommeil, ou la tension, ou l’ensemble, je ne sais pas. Je voyais comme de vagues formes me frôler puis disparaître en soupirant. Les restes du rêve que je n’avais pas fait, sans doute.

Sur ma messagerie, trois lettres : une de Sandra, une de ma mère, une de Michel. Je supprimai les deux premières sans les lire : l’une avait probablement averti l’autre, et les deux m’ennuyaient profondément. J’ai lu celle de Michel.

Il s’était rendu à l’adresse de Virginie. Il y avait une grande brèche dans le mur, et le dernier étage semblait avoir disparu, envolé en emportant le toit. Les voisins parlaient d’une fuite de gaz qui avait provoqué l’explosion. Quant à Virginie, personne ne savait rien.

Machinalement, j’ai coupé la connexion Internet, et suis resté assis devant mon écran, avec l’image fixe du bureau. Je suis resté comme ça plusieurs heures. Les icônes me rentraient dans les yeux à force de se trouver devant moi, elles prenaient des proportions gigantesques, comme de grosses araignées gluantes. Je suis allé jeter le fond de la bouteille, et je suis revenu devant mon écran pour l’heure du rendez-vous.

A nouveau le forum. Michel avait déjà eu le temps d’apprendre à Georges ce qu’il avait pu voir. J’ai vu alors Georges écrire le texte suivant. Il ne l’a pas écrit dans la langue habituelle du chat, mais en intégralité. Ça ressemblait à une prière.

« A vous qui nous écoutez, à ce que je crois, je vous informe que je renonce à ma candidature. Je ne comprends pas tout ce que vous faites, ce que vous cherchez. Mais tout cela n’est pas pour moi. Adieu et »

A ce moment l’écran a semblé ciller, clignoter brièvement deux fois. Puis la page s’afficha de nouveau, vierge. Après quelques secondes, ces mots se sont inscrits, lentement, les uns derrière les autres :

« A notre grand regret, mais non par notre faute, nous avons dû éliminer l’un d’entre vous. L’épreuve prévue pour aujourd’hui devient donc inutile. Nous vous donnons rendez-vous demain, à la même heure que d’habitude. »

2.

Je suis resté devant l’écran, hébété. Michel semblait m’appeler, sur la page. Il répétait mon nom. J’ai écrit simplement « à demain », et j’ai éteint mon ordinateur.

Je n’ai même pas envie de savoir ce qui est arrivé à Georges. Qu’il s’appelle Georges ou non n’a d’ailleurs aucune importance. Qui est ou était qui, je ne pense pas le savoir un jour.

Je ne sais pas ce qui m’attend dans quelques heures.

Nous ne sommes plus que deux. Il y a Michel. Le copain à qui j’ai emprunté le logiciel de conception de sites Internet est passé hier soir. Il voulait voir comment j’allais, où j’en étais. Je ne sais pas ce qu’il a vraiment vu. « Vraiment » est un drôle de mot.

J’ai essayé de lui expliquer que je m’étais engagé dans une course folle dont je n’avais pas le droit de sortir. Rapidement, je lui ai parlé de l’annonce, des autres, de l’explosion. Il a bien tenté de me faire sortir de chez moi, mais je sais que cela ne servirait à rien.

Je le sais.

Partout où il y aurait un ordinateur, partout même où il y aurait un téléphone, ils peuvent m’atteindre. C’est impossible mais ils le peuvent. Je le sais. Ils l’ont déjà fait, d’ailleurs. Sans cela, serais-je ainsi devant mon écran à attendre que la hache tombe.

C’est pourquoi je me suis dépêché d’écrire ces quelques pages, avant que tout ne soit fini. Je les envoie sur la toile, en espérant qu’elles seront un jour repérées par un des moteurs de recherche, consultées par hasard par quelqu’un, lues et peut-être comprises.

Je dis « peut-être », parce que moi-même je n’ai pas tout compris.

Je sens bien que je délire un peu, en ce moment, que je ne peux pas voir bien clair. Je n’aurais pas dû me remettre à boire, après tout ce temps. J’ignore à quel instant ça a commencé à déraper, à devenir fou ; à quel moment les autres ont commencé à mentir, à quel moment j’ai moi-même commencé à mentir.

Par moments furtifs je me demande s’ils existent. Peut-être tous ces gens, Michel, Georges, Paul, Hugues, ne sont que des adversaires informatiques, comme il y a des monstres dans les jeux vidéos. C’est peut-être alors normal qu’ils disparaissent ainsi. Mais comment savoir ?

J’ai peur des araignées.

Février 2002

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2 commentaires
  1. Isabelle permalink
    02/10/2009 14:12

    Pas mal…..

  2. 02/10/2009 17:12

    Merci de ton indulgence ! 😉

Les commentaires sont fermés.

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