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Deux extraits

24/10/2009

J’ai hésité à commenter ces deux textes qui n’ont pas vraiment de rapport entre eux. Finalement je les livre tels quels. Ils ont la qualité de faire résonance avec pas mal de choses.

Les bibliothèques en 1966

Les bibliothèques ne sont pas seulement un instrument de travail. Elles sont le conservatoire du patrimoine intellectuel de l’humanité.

Premières phrases de : André  Masson et Paule Salvan, Les bibliothèques, Que sais-je ?, ISSN 0768-0066 ; 944 ([Paris]: Presses universitaires de France, 1975).

L’image médiévale et l’image contemporaine

A l’image-objet médiévale, on opposera l’image-écran contemporaine (car, si toutes les images actuelles n’ont pas un écran pour médium, celui-ci, qu’il s’agisse de la télévision, de l’ordinateur, des téléphones portables ou autres supports de données numériques, acquiert une place de plus en plus dominante). Entre l’image-objet médiévale et l’image-écran contemporaine, la différence ne tient pas tant au support lui-même qu’à un changement dans le rapport que l’image entretient avec lui. Alors que l’image-objet médiévale n’est guère dissociée, ni dissociable, de son support matériel, pas plus que le « texte » ne l’est de l’objet-livre ou l’oeuvre musicale de son exécution sonore, le lien entre l’image-écran et son support cesse d’être intrinsèque : la fugace apparition de l’image suppose certes un écran, mais celui-ci n’est qu’une surface d’emprunt, parmi tant d’autres possibles. Certes, une reproductibilité matricielle de l’image avait déjà été expérimentée, depuis le sceau et la gravure jusqu’aux supports argentiques et magnétiques. Mais, désormais, c’est un régime nouveau de transférabilité illimitée qui permet à la même image de se démultiplier instantanément et partout.

Il en résulte un rapport à l’espace et au temps radicalement différent. A l’image-objet médiévale, caractérisée par sa nécessaire localisation et, plus encore, par une relation de convenance entre l’image et son lieu, répond l’avènement ubiquiste de l’image-écran, capable de se reproduire partout à l’identique, niant la particularité des lieux et contribuant ainsi à la délocalisation généralisée qui caractérise le monde contemporain. […]

Alors que les images médiévales ne cessent, par les relations créées entre elles, de multiplier les plus-values d’effet et de sens, l’écran contemporain déverse à un rythme de plus en plus syncopé un flux de paroles, de sons et d’images, qui tendent à s’annuler les uns les autres, à se détruire mutuellement. Au lieu d’un lien puissant entre image et imagination, qui permet de faire de l’image un objet imaginaire et imaginé, le régime contemporain de l’écran livre une surabondance d’images, dont la plupart demeurent mal maîtrisées et faiblement symbolisées.

Jérôme Baschet, L’iconographie médiévale, Collection Folio. Histoire, ISSN 0764-6046 ; 161 ([Paris]: Gallimard, 2008), p. 351-353.

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