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Petites remarques en passant sur Google Wave

04/12/2009

Préambule

Je l’ai dit, j’ai même insisté : préférer Google Wave à sa messagerie (Gmail, par exemple), c’est préférer un affichage comme ceci :

ou, plus souvent, comme cela (moins d’imbrications) :

à un affichage comme cela (sur Gmail) :

[Notez que déjà dans Gmail, Google regroupe les billets par sujet. Pour  Google, ce qui fait sens, ce n’est pas l’ordre dans lequel nous lisons les informations (affichage des mails les uns sous les autres, dans l’ordre chronologique), mais leur rattachement à un sujet commun.]

Le reste (les gadgets, les bots, etc.) ne vient qu’en second lieu. Non pas que les possibilités que ces outils offrent soient anecdotiques, mais parce que si on ne franchit pas une étape intellectuelle (et non technique), tous ces merveilleux gadgets n’apparaîtront que comme tels : des gadgets.

Modalités de la conversation

De nos relations entre interlocuteurs

Une wave n’a pas de « sujet » (il n’y a pas de champ Sujet). Dans la liste des waves, on voit apparaître les premiers mots de la wave (comme pour les bulles pontificales :-)), et les derniers (« les derniers » signifiant les plus récents, pas ceux tout en bas de la wave). Cela signifie que ces premiers mots ne seront jamais « Bonjour » ou quelque autre formule de salutation (on ne saurait envisager d’avoir dans la colonne centrale une liste de waves intitulées « Bonjour »).

De même, quand on a écrit un blip, et qu’on quitte GWave, cela ne signifie pas que l’échange est fini. Même si pour soi-même il est terminé, quelqu’un est toujours susceptible de le relancer.

Bref :

  • c’est la fin des formules de politesse (en début et fin de message)
  • que l’on entame une wave, qu’on se trouve en plein milieu ou qu’on pense la terminer, on est toujours dans un flux continu de conversation, de même qu’Internet est de plus en plus perçu comme un flux d’informations (et non comme une base d’informations).

A noter également, il peut assez vite arriver que deux interlocuteurs alimentent (soit chacun de son côté, soit simultanément) deux endroits de la wave traitant de deux sujets différents. Cela correspond bien à la génération montante dite « multi-fonctions ». Sauf que l’ascenseur Google Wave permettant d’aller de haut en bas dans les blips a un comportement souvent très curieux, qui ne facilite pas cette manière-là de converser.

Quoi qu’il en soit, le résultat, quand ça se produit, est plutôt lisible. En tout cas, ce serait chose impossible à faire avec des mails (avec Twitter, les hashtags permettent de mener deux ou trois sujets de front avec la même personne.  Mais c’est parfois un vrai problème quand ils sont oubliés, ou que les 140 caractères ne permettent pas de les rappeler…)

Mode synchrone et asynchrone — disponibilité

La notion de synchronie n’a plus de sens : on peut répondre à n’importe quel blip à n’importe quel moment, de manière synchrone ou asynchrone. Si vous avez trouvé la phrase qui tue deux jours après vous être fait mouché, vous pouvez la mettre dans la wave, au bon endroit, c’est parfaitement légitime. Il n’y aura plus jamais d’esprit de l’escalier.

Pour cette raison, je trouve que c’est une très mauvaise idée que Google Wave affiche un point vert censé indiquer si la personne est en ligne ou non (d’ailleurs, la fonction bugue, mais c’est un autre problème) : en effet que mon interlocuteur soit en ligne ou non au moment où j’écris n’a plus aucune importance. Soit il intervient directement dans la wave que je suis en train d’alimenter (et dans ce cas, comme je le vois en temps réel, je m’en rends compte immédiatement), soit il décide d’aller sur une autre wave (mais cela, je n’en sais rien) ou de simplement lire ce que j’écris, en décidant de se garder le temps de la réflexion pour répondre.

Dans tous les cas, je n’ai pas besoin de savoir s’il est en ligne. En outre, le fait que ma disponibilité s’affiche pour les autres conduit me contraint à avoir une gestion de cet affichage, et celle-ci va s’avérer complexe : je suis visible pour telle wave et pas pour telle autre, ou pour tel interlocuteur mais pas pour tels autres, etc.

Je crains de trouver cela pénible.

Les gadgets

Pour l’instant, il est difficile au regard de l’interface de savoir ce que Google a prévu (et je n’ai pas cherché sur Internet à trouver réponse à cette question), mais il est clair que le mode d’ajout actuel de gadgets et de bots est impossible.

Tout ce qu’on peut faire est d’ajouter un gadget par son URL. Et pour connaître l’URL d’un gadget ? Il faut aller voir sur Google.

Mais pour cela, il faut savoir ce qui existe, ce que des développeurs ont pu créer. Bref, en l’état actuel des choses, on est obligé de suivre l’actualité Google Wave pour voir passer tel ou tel gadget et songer que peut-être, celui-ci ou celui-là sera utile un jour.

Mais il faut espérer que Google mette en place un espace de déclaration (voire même de stockage) de ces gadgets, et possibilités de les retrouver au sein de GWave via un moteur de recherche (comme les widgets Netvibes, en somme).

Même chose pour les bots.

Cela dit, cela ne nous interdira pas de monter une page sur Bibliopedia pour mentionner les gadgets labellisés « à connaître quand on est bibliothécaire et qu’on utilise GWave ».

Conclusion

(C’est une conclusion sur le billet, pas sur GWave)

Les modalités de la conversation, avec GWave, se détachent de plus en plus de ce qu’elles peuvent être dans la réalité. Comme si les contraintes des modes de communication (à commencer par la parole) bridaient les capacités de notre cerveau à aller bien au-delà, comme si on commençait à lui fournir enfin de nouvelles possibilités mieux adaptées à ses possibilités.

A moins que l’inverse ne soit vrai, et que les premiers pas de l’internet (par exemple la naissance des onglets, mais aussi la capacité des ordinateurs à faire tourner plein d’applications simultanément) aient développé des capacités nouvelles. Mais j’ai plus de mal à croire à cette seconde hypothèse, car j’imagine les possibilités d’évolution du cerveau comme plus lentes dans l’histoire de l’humanité. Cela dit, les neurosciences s’intéressent peut-être déjà à la manière dont le cerveau crée certaines connexions (et en supprime d’autres), selon qu’il est sollicité par une personne utilisant un ordinateur ou non.

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4 commentaires
  1. 04/12/2009 17:49

    sur la conclu : @crid dans son livre, le nouveau management de l’info , parle des evolutions du cerveau chez la Gen Y. Il semble bien que le cerveau se modifie, d’autant plus avec des periodes intenses, longues et répétées de stimulation (il evoque du coup les jeux video pour expliquer ces modifs)
    En revanche il semble bien que notre cerveau ne soit pas fait pour etre pleinement multitache (pas bon pour la sante, ça). Bon je ne fais que repeter ce que j’ai lu là.

  2. 04/12/2009 17:59

    @Willy : ben, comme je ne suis pas allé le lire « là », merci de me permettre de le lire ici 😉

  3. pirathecaire permalink
    05/12/2009 18:11

    Intéressant billet, merci!

    Quelques petits commentaires en vitesse…

    La première phrase, qui apparaît automatiquement en gras, ne correspond-t-elle pas au titre de la vague? C’est ce que j’avais cru comprendre, du moins c’est ainsi que je l’utilise.

    Je trouve quant à moi la lisibilité plutôt moyenne et la navigation encore pénible. Je dois aggrandir la fenêtre de la vague systématiquement pour mieux m’y retrouver. De plus, il est difficile de classer des vagues, sans compter qu’on peut jeter une vague à la poubelle… et notre ou nos collaborateurs continueront d’y contribuer, comme vous l’avez mentionné.

    Quant à la synchronie sur Wave, pour avoir eu la chance de l’expérimenter à quelques reprises, je la trouve plutôt agréable. On peut à la fois avoir une conversation et travailler en équipe, dans le même document. C’est intéressant, nous seulement on converse, mais on peut aussi observer l’évolution de la pensée, du travail de notre collaborateur.

    Pour ce qui est des gadgets, c’est vrai que c’est assez déstabilisant de ne pas avoir accès à un répertoire, mais je suppose que cela est dû au fait que la plupart de ces gadgets sont développés par des tiers. Le fonctionnement de la plupart d’entre eux est encore boîteux, aussi.

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