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Evoluer ou disparaître ? Oui et non

20/09/2010

Billet très directement motivé par celui-ci, de Ma(g)BU

J’ai tendance à être d’accord avec la quasi-totalité des éléments qui sont énoncés ci-dessus, mais de manière complètement disjointe.

Oui pour entrer enfin sur Facebook
(le pb si nous favorisons MSN pour le chat, ce qui serait sans doute intéressant, c’est la traçabilité des échanges, que, en tant qu’institutions, nous devons garantir aux lecteurs)

Oui pour faire évoluer l’atmosphère des salles de lecture

Oui pour penser que si nous n’évoluons pas, nous sommes amenés à disparaître. Mais c’était déjà le cas il y a trente ans…

Une belle bibliothèque vide

Boston Public Library. Par David Boardman. CC-by-nc-nd. Source : Flickr

Par contre, je pense que notre disparition n’est pas liée directement au taux de fréquentation et au taux d’affection de la part des étudiants.
La seule chose qui peut nous faire disparaître, c’est la décision de notre tutelle. Donc il « suffit » de convaincre sa tutelle que le taux de fréquentation n’est pas un indicateur suffisant (ou un indicateur tout court) de notre utilité…
Et d’ailleurs, dans les faits, une Université ou une municipalité ne nous fera vraisemblablement pas disparaître. Au « pire », elle peut nous transformer en learning center ou en « centre culturel » ou en « centre multimédia » ou en quelque chose d’autre.
Bref, elle peut nous forcer à évoluer, justement, et sans doute dans des directions que nous n’approuverions pas.

Mais à quoi peut tenir une telle décision ?
A des chiffres décroissant d’utilisation de services, face à des coûts constants, ou presque.
Bref, notre tutelle peut estimer que nous coûtons trop cher au regard du service rendu.

Graphique

Courbes... Par Bram Vam Damme. Source : Flickr

Les réponses suggérées par le billet d’Alain pour éviter cette situation ne me convainquent pas.

  • Répondre à notre président d’Université : d’accord, nous avons deux fois moins de lecteurs en salle, mais nous avons 1500 fans sur Facebook. Je doute que ça le persuade.
  • Répondre à notre bien-aimé président d’Université : nous maintenons le nombre d’étudiants présents, en faisant des book parties sur fond de techno — va-t-il être convaincu ?

Essayer à tout prix de ramener les étudiants en salle de lecture, après avoir transformé celle-ci en autre chose, c’est comme de faire monter le taux de trafic de son site web. Or, en réel comme en virtuel, l’heure est décidément à la dissémination.

Si nous présentons des chiffres à notre tutelle, il vaut mieux carrément en changer, et faire du taux de présence en salle un élément marginal, en faisant valoir :

  • des formations (adaptées aux souhaits des responsables d’UE)
  • du renseignement à distance
  • de la médiation et de la propulsion
  • toutes actions visant à aller trouver le lecteur (potentiel) là où il se trouve (physiquement ou virtuellement), pour lui apporter un service/contenu là où il se trouve plutôt que pour le convaincre de venir le chercher là où nous voulons rester.
  • une politique documentaire différente, repensée au regard de la longue traîne et du principe de rareté qui justifiait en partie notre émergence il y a deux siècles.

Longue traîne — image Wikipedia

Traditionnellement, les bibliothèques universitaires se sont positionnées (autant que possible, selon leurs moyens) sur toute la largeur de la longue traîne, en s’efforçant de satisfaire l’intégralité des besoins documentaires de ses lecteurs dits « captifs », et en fournissant en quantité des manuels de base (c’est la partie à gauche du graphique).

Le coût de la documentation augmente exponentiellement quand la population potentiellement intéressée diminue (fameux cas de la documentation électronique)

Il serait intéressant d’explorer ce qui se passe si la bibliothèque renonce explicitement à toute une partie à droite (grosso modo, pour le monde universitaire : les manuels étudiants), en tenant aux étudiants le discours : de toute façon, c’est sur Google, c’est sur Wikipedia, c’est sur vous-savez-mieux-que-moi-où-le-trouver.

Bref, la question « Evoluer ou disparaître » n’est pas nouvelle, elle est même légitimement permanente, pour n’importe quelle profession. Et sa réponse se trouve dans la légitimité des coûts que nous représentons, y compris en renonçant à certains d’entre eux.

Essayez pour voir !

Une autre manière de réponse serait d’imaginer ce qui se passerait si une université décidait de dissoudre la bibliothèque, par exemple en pilonnant les livres (ou en les donnant) et en redistribuant les personnels vers des fonctions administratives, d’enseignement ou (moins probablement encore !) de recherche.

Face à l’absence des services qui étaient rendues par la bibliothèque, que vont construire les enseignants ? les étudiants ? les laboratoires ? les services dont les agents veulent préparer des concours internes ?

Je soupçonne que certains répondront : « Rien, il ne se passera rien » (comme de supprimer la revue de presse dans le centre de documentation d’une école supérieure, et constater qu’elle ne manque à personne).

Je n’en suis pas sûr.

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15 commentaires
  1. 20/09/2010 10:27

    Dématérialiser toutes les ressources de premier niveau ? N’est-ce faire un peu trop confiance à la virtuosité numérique des étudiants (certes bientôt des « digital native »), et condamner les moins expérimentés ? Est-ce bien compatible avec l’objectif de faire évoluer notre image ?
    Mais bon, ton hypothèse s’entend uniquement pour les BU, je suppose.

  2. 20/09/2010 11:10

    « Face à l’absence des services qui étaient rendues par la bibliothèque, que vont construire les enseignants ? les étudiants ? les laboratoires ? les services dont les agents veulent préparer des concours internes ? »

    Tout simplement ce qui se passait dans les années antérieures au « grand réveil des BU » des années 1990-2000 : la multiplication des bibliothèques de laboratoire, des armoires et de la documentation avec prolifération incontrôlée des exemplaires (imaginons les dizaines de codes civils par UFR de droit…) et dépenses tout aussi incontrôlées sur fonds propres des laboratoires auprès de supermarchés du livre.

  3. 20/09/2010 11:41

    @clairh : Oui, j’ai une forte tendance à le croire également…

  4. Sylvie permalink
    21/09/2010 07:15

    Et puis s’il y a panne de courant ou du réseau internet ? Plus personne ne travaille ?

  5. MxSz permalink
    21/09/2010 09:18

    @Sylvie:

    Ben ouais. Quand il n’y a plus de réseau, il n’y a plus d’OPAC, plus de SIGB, plus de bases de données, plus d’acquisition (faites sur Internet), plus de pilon.

    C’est à la fois terriblement banal (ça arrive régulièrement) et terriblement terrifiant.

    En même temps, Ravage n’est pas pour demain.

  6. 21/09/2010 09:28

    Pour ce qui est de faire valoir les formations aux tutelles, j’émettrai malheureusement un bémol. Certains décideurs sont persuadés que la formation à la recherche documentaire se fait mieux avec les enseignants eux-mêmes qu’avec les bibliothécaires…

    @Sylvie : à l’heure actuelle, il y a aussi peu de pannes de courant que d’incendies dans les bibliothèques. Quant aux pannes de réseau, elles existent mais on trouve toujours quelque chose à faire. Il ne faut rien exagérer.

  7. 21/09/2010 12:16

    La dématérialisation des encyclopédies juridiques commence puisque les éditions francis lefebvre abandonnent la commercialisation de leurs « gros bleu » version papier…obligation de s’abonner en ligne…bientôt ce sera au tour des revues…tout à fait d’accord sur le fait de prendre à bras le corps de nouvelles fonctions (infomédiateur…)…

  8. 21/09/2010 14:02

    Bonjour
    je voudrais tout de même apporter quelques précisions. La « réponse » que vous faites à mon billet est biaisée du fait d’une incompréhension -sans doute de mon fait. Quand j’utilise le terme « disparaitre », il allait de soi -mais visiblement pour moi seul- qu’il fallait entendre une disparition de l’utilité de la BU, pas d’une disparition effective du service en tant que BU. Cette « disparition » a pour moi de fait déjà commencé puisque la fréquentation est en baisse nette et régulière depuis plusieurs années. Je ne possède pas de solution toute faite, il me semble simplement que la nécessité de trouver des solutions se fait de plus en plus pressante, sauf à renonce à proposer des services performants.
    Je ne propose de solutions toutes faites, à aucun moment je n’ai dit qu’il fallait transformer la salle de lecture en « autre chose » uniquement pour y faire venir les étudiants. La BU a une mission, elle se doit de la maintenir mais pour cela il faut qu’elle évolue, dans sa manière de recevoir, d’accueillir, dans les services quelle rendra aux lecteurs. Et s’il est facile d’ironiser sur la possibilité d’installer des salons de massage ou d’organiser du speed dating, il est plus difficile d’imaginer quels changements les personnels se doivent d’envisager et accepter pour que leur travail ait une réalité et une efficacité, sans se satisfaire de chiffres et de statistiques à présenter aux services de tutelle.
    J’en terminerai là en précisant que je n’ai jamais envisagé la possibilité de supprimer les manuels et de déclarer aux étudiants que tout étant sur Google, ils pouvaient bien se débrouiller. Il me semble simplement que ces « services » peuvent être tout à fait complémentaires et que vouloir l’ignorer me parait être une attitude totalement rétrograde.
    Alain

  9. 21/09/2010 14:39

    @Alain : vous me prêtez une ironie que je n’ai pas !
    Les salons de massage, c’est de Bernard Majour et je n’y suis pour rien !

    Quant à l’idée de supprimer les manuels pour renvoyer les étudiants sur Google, c’est bien moi qui envisage la chose, et vous ne suggérez rien de tel. Evidemment dans les faits ça ne peut être aussi radical, mais ce peut être une manière de changer sa politique d’achat du nombre d’exemplaires des manuels, par exemple.

    Sur la notion de disparition, j’aimerais y revenir encore, mais je constate que les phrases que j’écris pour vous répondre sont terriblement confuses.
    Je vais m’efforcer de les laisser mûrir, c’est plus sage.

  10. B. Majour permalink
    26/09/2010 19:58

    Pour répondre à ta dernière question, il se passera un bâtiment vide.

    Donc à meubler ou occuper.

    Les livres n’étant que facultatif, ou même servant à la décoration ;-), on pourra utiliser le bâtiment comme permanence ou foyer.

    J’ai étudié dans une université où il n’y avait pas de bibliothèque dans les bâtiments eux-mêmes (elle se situait et se situe encore à 200 mètres, le RU à 400), mais il y avait ce point de restauration qui offrait chocolatine/croissant/café le matin et l’après-midi, ainsi que des toasts et sandwiches le midi.

    Ce coin restauration ne désemplissait pas, comme désemplissent rarement les cafétérias des campus. Le massage des zygomatiques est éternel, et surtout se retrouver entre copains/copines pour partager un repas, sans oublier les personnes qui s’en occupent, ça reste mieux qu’un RU, Restaurant Universitaire, où le rapport à la personne n’est pas du tout le même.

    Or, le service de cet cafétéria intra muros n’était pas assuré par du personnel extérieur à l’université, mais bel et bien par des agents de l’université.

    Une autre possibilité de reclassement des bibliothécaires… si on prend l’option la plus défaitiste sur la disparition du diplodocus bibliothèque. 🙂

    En plus, pour rester dans les cordes bibliophiles, on pourra proposer l’option thé/café littéraire ou philosophique.

    Ceci dit, la disparition, pour moi, c’est juste de la poudre aux yeux pour se faire peur.

    Lavoisier (ou Anaxagore de Clazomènes) : Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.

    Le monde évolue, les bibliothèques aussi.

    Cependant, je reste dubitatif sur l’intérêt d’entrer sur le continent Facebook ou même sur Twitter pour récolter des fans ou des suiveurs.

    Très dubitatif.

    Comme l’idée que nous en soyons à la dissémination (et j’aimerais plus d’éclaircissement sur la notion sous-entendu par ce mot.)

    Car, si :
    Dissémination = dispersion des graines au moment de la maturité.

    Alors c’est là une notion éminemment UP vers BOTTOM.
    Une notion à l’ancienne.
    Moi, le grand chêne manitou, je gave mes petites pousses. On trouve l’équivalent bibliothéconomique dans : pour accéder à mes collections, veuillez passer par mon OPAC.

    Autre point, particulier, on oublie un gros détail. Si une personne veut vraiment trouver l’info, elle va la trouver.
    Quand je m’intéresse à quelque chose, je vais chercher l’information, je vais poser des questions.

    A la bibliothèque en premier ?

    Eh bien non, à mes amis et mon réseau social… ou sur un moteur de recherches.

    Ce qui me renvoie illico à la question : si une bibliothèque est inscrite sur Facebook, puis-je lui poser une question directement, sur tous sujets, ou bien n’est-elle là que pour la figuration ou sa propre pub ???

    (Oups ! Désolé, on ne dit pas pub, on dit communication en langage correct. 🙂 )

    Là, très dubitatif. Oui.

    Comme sur la dissémination d’une bibliothèque, un peu partout, donc un peu nulle part. Sans réel lien, autre qu’une façade creuse.

    Par contre, le jour où on me dira « la bibliothèque de X » est amie/suit telle ou telle personne, personnalité. Là, j’irai voir le réseau social créé par cette bibliothèque et les ressources qu’elle propose ainsi.

    Parce que, de nouveau, elle sera dans le cadre de sa mission fondamentale : sélectionner des sources, ressources pour le profit de tous.

    A ce niveau, il ne sera pas question de dire : je suis 50 000 personnes avec mon compte Facebook, je suis branché à 50 000 personnes, mais je rends service à 50 000 personnes.

    Quoi, une BU rendre service à 50 000 personnes ?

    Oui, tout à fait.

    Et j’avoue avoir un grand sourire lorsque je vois les mots « lecteurs dits captifs » pour une BU.

    Si je compte bien, une majorité d’étudiants termine ses études en 3 à 5 ans. Et après…

    Tiens, après, que dalle.

    Captifs ?
    Plutôt volages oui.

    Quand les étudiants ne changent pas d’université ou de région afin de poursuivre leurs cursus ailleurs. Ceci pour ceux qui viennent vraiment !

    Et on me parle d’un public « captif » ? :o)

    Dans ma BM, il viennent de 4 à 5 ans de rang, rien qu’avec l’école… et ils n’ont pas le choix : ils doivent venir avec leur classe. Là, ils sont captifs !
    En BU, captifs ?

    Mais, au-delà de ce constat qui m’amuse, j’en arrive au principal. (ce qui m’a poussé à répondre à ce billet)

    Tiens, après, que dalle…

    Comme si, une fois mes études terminées, je n’avais plus ce besoin de documents universitaires ?

    Comme si, une fois mes études terminées, je devais tourner un dos définitif à l’université ?

    Autant, à l’époque du livre et du nombre de places réduites (en salle de lecture), je pouvais le comprendre, autant maintenant j’ai du mal à comprendre ce qui empêcherait le retour à une certaine « normalité ». La bibliothèque universitaire doit redevenir ce qu’elle a toujours été dans le passé et même dans l’antiquité : un centre de ressources pour tous les savants et universitaires, présents… et passés.

    50 000 personnes, dans ces conditions, c’est possible pour n’importe quelle BU.

    Bien cordialement
    B. Majour

    P.S. : Pour les salons de massage et ce que j’entendais pas là, j’ai répondu sur le site de Ma(g)BU.

  11. 27/09/2010 10:14

    Bonjour,

    Je suis surprise du choix documentaire qui est impliqué dans l’article et dans les commentaires : supprimer plutôt les manuels de 1er cycle, au profit d’une documentation « rare » dans les BU? (mais j’ai peut-être mal compris).

    En ce qui concerne le papier, le mouvement auquel nous songeons dans les BU de Sciences et Médecine pour notre part est inverse : supprimer (ou plutôt réduire) la part des ouvrages de niveau avancé (CR de colloques, ouvrages en anglais…) que les chercheurs ne viennent plus chercher car habitués à la documentation électronique, et acheter en plusieurs exemplaires les manuels de 1er cycle et de classes à concours, très demandés…

    Bon, je me doute que dans un futur plus éloigné, le travail des étudiants de 1er cycle se reportera à son tour sur les supports numériques, mais pour l’instant ce n’est pas ce que j’observe au quotidien!

    Mais je repose la question : ce qui est rare n’a-t-il pas plus de chance de se trouver dans Google que dans une BU? Il faudrait que celle-ci ait vraiment pu affiner sa politique d’acquisition pour parvenir à cela… ou alors, il faut améliorer l’efficacité des services de PEB.

  12. 27/09/2010 11:33

    @phelly : réaction tout à fait compréhensible.
    Quand j’ai écrit ce billet en réponse à celui d’Alain, j’ai intégré « au vol » les remarques du billet de Liber, Libri concernant l’accès aux manuels numérisés, légalement ou non.
    Je n’en fais pas une conviction personnelle, mais une piste de réflexion qu’on peut tout à fait rejeter… mais après réflexion seulement.

    Sinon, il me semble bloquant de rester sur l’alternative : « Servir les étudiants / Servir les chercheurs » et d’acheter par préférence une documentation pour les uns ou pour les autres.
    Ce que je voulais surtout dire, c’est que notre énergie doit peut-être davantage être déportée vers des services (en ligne ou non) que vers l’acquisition de contenus (c’est du temps et de l’argent).
    Le service peut ainsi être d’accentuer pour son public la visibilité de certaines ressources gratuites, mais non plus de les acheter en version payante.
    Là encore, je ne dis pas que c’est une solution et qu’il ne faut plus acheter de manuels de premier cycle, mais que c’est une piste de réflexion pour repenser l’offre documentaire.

    [Je ne suis pas sûr d’être plus clair, mais j’assure que je m’y efforce !]

  13. AkaReup permalink
    28/09/2010 23:08

    J’ai le sentiment que l’ensemble de ses pistes de réflexion interrogent la place des bibliothèques dans les (pas si) nouvelles technologies, mais que l’un des points de dissensions repose sur une question plus intrinsèque aux bibliothèques. Je pense à notre rôle prescripteur.

    Devons nous apporter à nos lecteurs ce qu’ils demandent, ou ce que nous pensons qu’il leur faut. Au risque de passer pour un gros Troll, je crois :
    – que les bibliothèques conservent un rôle prescripteur
    – que ce n’est pas une mauvaise chose

    Cette question englobe notre rapport aux médias sociaux, aux nouveaux formats d’édition, l’affordance nécessaire de nos outils publics, la dissémination de nos services, mais à mon avis leur préexiste. Rien que dans nos choix d’acquisition de bons vieux bouquins en papier, dans notre règlement intérieur, dans le choix nos horaires d’ouverture, nous devons depuis longtemps arbitrer entre ce qu’ILS demandent, et ce qu’on veut pour EUX. Que ce soit dans une bibliothèque orientée vers la lecture loisir, qui souhaite toujours éveiller la curiosité de ses lecteurs, ou dans une bibliothèque avec un rôle éducatif.

    En BU, on ne se borne pas à acheter les livres demandés par les usagers, ni même par les bibliographies des cours, sinon autant remplacer la bibliothèque par des bons d’achat en librairie. En même temps, si les statistiques de consultation de certains choix d’acquisition ne sont pas au rendez-vous, on peut être amené à revoir sa politique documentaire. C’est l’arbitrage entre cette nécessaire adaptation et la conscience de notre rôle actif qui pose le plus de problèmes, et qui est donc parfois la source de nos désaccords.

    Comment évoluer, donc ?

    La dissémination ? Oui et non.

    Je ne suis pas certain qu’un accès distant à la quantité incroyable de nos abonnements en lignes imposés par nos consortiums accroisse véritablement leur consultation. Oh, quelques titres, certainement, mais sans un gros travail de sélection, d’explication, de prescription en somme, (qui implique que nous même connaissions et sachions utiliser ce que nous proposons, et qui ne peut pas toujours se faire à distance), ça ne sert pas à grand chose. Quant à la dissémination de versions numériques des documents de nos collections, dans de nombreux domaines de connaissance je ne suis pas certain qu’il soit tellement urgent de s’écharper sur ce sujet.

    La présence sur les médias / réseaux sociaux ? Oui et non.

    Étant à titre personnel réfractaire à Facebook ™, je n’ai pas l’occasion d’aller visiter les pages des bibliothèques pour savoir ce qu’elles racontent. Tout ce que je sais, c’est que le média n’est utile que s’il y a un message. Ma BU twitte (occasionnellement) pour indiquer les changements d’horaires, les jours de grève, et des infos du genre. Je conçois qu’une bibliothèque tienne un blog pour « garder le contact » en cas de déménagement, à l’occasion de l’ouverture d’un nouveau bâtiment, pour montrer l’évolution d’un chantier de numérisation, etc. Mais être là pour être là me semble un peu vain. Je note d’ailleurs que ces outils 2.0 sont utiles pour leur aspect collaboratif, mais au moins autant pour leur aspect « intrusif », pour faire venir l’information aux usagers sans qu’ils n’aient à venir la chercher par eux-mêmes, toujours le rôle prescripteur des bibliothèques.
    Et au risque de passer à nouveau pour le Troll du jour, les créateurs de contenu 2.0 admettent souvent que ce type d’écriture apporte en soi une satisfaction personnelle (formuler ses idées, exister sur la toile, échanger avec quelques happy few…) au moins égal à l’importance de ce dont on veut informer le plus grand nombre. L’énergie nécessaire à la création d’un contenu rédactionnel régulier et de qualité par un établissement public est importante, il faut donc s’assurer que se soit au moins aussi utile aux usagers que satisfaisant pour les rédacteurs. Enfin, j’ai peur que la nécessaire objectivité et neutralité de la communication d’un établissement public la rende un peu trop institutionnelle et impersonnelle pour être populaire sur les réseaux sociaux.

    La « dé-spatialisation » ? Oui et non.

    Ma BU est une BIU, on ne peut donc pas vraiment parler d’un public captif. Et ceux qui viennent cherchent aussi (avant tout ?) un lieu propice au travail. C’est sûr qu’ils préfèrent une ambiance agréable, ce qui implique qu’on ne leur fasse pas les gros yeux s’ils éternuent ou se chuchotent des mots doux, et qu’on ne passe pas derrière eux pour vérifier qu’ils font bien leurs devoirs au lieu de trainasser sur Facebook ™. Mais en région parisienne les lieux propices aux études font sans doute défaut, et comme c’est à cela que nous servons, à nous de trouver l’équilibre entre silence monacal et bistrot. Et on aura beau faire, on ne sera jamais meilleurs que les bistrots dans leur domaine.
    Ce qu’il faut c’est :
    – des salles de travail en groupe qui ne ressemblent pas à des cagibis à hurler de laideur
    – un respect des usagers qui les incitent à se respecter les uns les autres (oui, je sais, facile à dire)
    – un équipement adapté et accessible. Physiquement (et il y a encore des progrès à faire), mais aussi réglementairement (pas être obligé de toujours demander) et techniquement (simples d’utilisation).

    Plus besoin de livres ? Non et non.

    Les usagers veulent encore des livres, j’en ai l’intime conviction. Il suffit juste de trouver lesquels, et comment ils y accèdent. Cela implique un catalogue simple, pratique et attrayant. Cela implique une gestion dynamique des collections et du choix de leur accès. Un bouquin sort régulièrement des magasins ? Il aurait peut-être sa place en libre-accès, et d’autres bouquins du même type aussi, peut-être juste pas assez célèbres pour être cherchés spécifiquement. Et ceux-là, qui sont déjà en libre-accès, mais qui ne sortent jamais ? Hop, désherbage. J’enfonce peut-être des portes ouvertes, mais je suis persuadé qu’un suivi rigoureux (et impitoyable) des statistiques de consultation peut redonner vie à des collections.

    Ça, c’est pour le coté « suiveur de tendances », mais ça n’empêche pas le coté prescripteur. On adapte les catalogues au mode de recherche des nouveaux publics, qui s’accommodent du bruit et l’utilisent. A nous de générer du bruit dans les collections en libre accès. Pas trop, et du bruit sélectionné (prescrit), mais du bruit apte à favoriser le butinage. Et, toujours, analyser la pertinence de notre politique documentaire, son appropriation par le public, et en tirer les conclusions pour adapter la tonalité de notre bruit aux harmoniques recherchées par nos usagers (métaphore filée pas terrible, je vous l’offre).

    Enfin, pour que les collections soient attirantes, eh bien, il faut qu’elles ne soient pas repoussantes. Des collections en libre accès aérées, bien rangées, logiquement classées, et qui profitent des efforts des éditeurs pour donner envie d’acheter leurs produits. J’ai eu l’occasion de visiter une BU au mobilier seventie’s (j’ai rien contre) agrémenté visiblement sans visée esthétique au cours des années de quelques tables par-ci, d’autre chaises par là, puis d’une banque d’accueil posée là comme par hasard (je suis moins pour). Déjà, les locaux étaient peu euphorisants, mais les collections ! C’était pareil. Un fonds en libre accès mal entretenu, des étagères pleines, débordantes, avec des bouquins posés dessus « parce qu’il y plus la place », et des éditions ternies, ringardes (y a pas d’autres mots). Molière reste toujours Molière, mais les livres qui virent au gris, au filmolux cuit et sec, c’est sûr ça attire pas le chaland. Je ne dis pas que les bibliothèques qui peinent à attirer des lecteurs ressemblent toutes à ça, heureusement non. Simplement, c’est un aspect de la bibliothèque qu’il ne faut pas oublier ni négliger.

    Pour conclure, évoluer ou disparaitre ? Oui et non (tout ça pour ça ???)

    Oui, clairement, les bibliothèques (comme le reste du monde) doivent continuer à évoluer, et ne pas devenir des simples souvenirs pour nostalgiques tout juste bons à entrer dans les musées (ou plutôt dans leurs réserves, puisqu’eux aussi évoluent). Vivre dans leur siècle, quoi. Mais je ne m’inquiète pas trop, ça évolue de tous les cotés.
    Mais elles doivent aussi s’entretenir. Les choix du passé, et par exemple ceux qui ont été faits dans les années 70 ne sont pas tous devenus obsolètes. Simplement, on n’a pas toujours fait attention à continuer de les appliquer, on a même parfois eu tendance à les laisser tomber, en considérant que tout roulait, qu’on était rodés. Certains se sont même endormis sur leurs lauriers. Il est temps d’évoluer, mais peut-être aussi de revenir à certains fondamentaux qu’on a pu négliger. Faire notre boulot ou disparaitre, en somme.

  14. Areinventer permalink
    27/03/2011 07:59

    Bonjour,

    Merci pour votre billet et pour les questions qu’il soulève quant à l’avenir des BU et des bibliothécaires !

    Sous-entendez-vous qu’on n’aura, à l’avenir, plus besoin de bibliothécaires ?

    Je me posais également la question de l’évolution du recrutement en bibliothèques, suite aux nombreux départs en retraite qui se profilent à l’horizon. Qu’en est-il de la pyramide des âges : va-t-il y avoir un renouvellement des générations ?

    Doit-on s’attendre à une augmentation du nombre de postes aux concours (à la fois dans la filière des conservateurs d’état et du concours de bibliothécaires, qui d’après ce que j’ai compris aura lieu tous les ans) ?

    Doit-on s’attendre à une évolution des concours et des modes de recrutement ? Et si oui, dans quel sens ?

    Quelle est la tendance et quelles sont les recommandations ? (L’enssib souhaite régulièrement que les conservateurs soient docteurs, par exemple. Pour ma part, je trouve que l’idée d’avoir des profils généralistes (lettres, maths, etc.) et de les spécialiser/professionnaliser après à l’enssib, comme ça se fait aujourd’hui, est intéressante.)

    Merci pour vos réflexions.

    D’avance, merci,

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