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Jubil – marche funèbre et éloge funéraire

11/03/2011

Le portail documentaire Jubil, que j’avais contribué à mettre en place à la BUPMC-Paris 6 (ex-Bibliothèque Interuniversitaire Scientifique Jussieu + SCD Médecine de l’Université Paris 6) n’est plus.

Pleureuse

Pleureuse / Marmotte73 - CC BY-NC-SA 2.0

Jubil, c’était :

  • un site web (un intranet), avec infos pratiques, dossiers documentaires et espace d’orientation à la recherche
  • un opac
  • un a-to-z
  • une base de signets (deux bases, en fait, puisqu’il y avait la base de signets pro en plus de la base de signes publics)
  • un moteur de recherche fédérée (dans ScienceDirect, OvidSP, Chemical Abstracts, Google Book Search, MathSciNet, etc.)
  • un serveur OAI
  • un résolveur OpenURL
  • des flux RSS
  • une bibliothèque numérique (heureusement développée un peu à part, donc toujours existante)

Le principal intérêt du portail — cela s’est rapidement vu à l’usage — c’est qu’il faisait à peu près tout. Le gros problème est qu’il le faisait à peu près. La gestion du site était complexe, l’administration de la base de signets et de la base de revues en ligne malcommode, le résolveur moyennement efficient, etc.

Le principe même du portail documentaire contestable

Le produit a vite montré ses limites et Jouve n’a jamais cherché à le faire évoluer. Mais le principe même d’un outil unique, intégrateur, qui prendrait en charge l’ensemble des besoins de la bibliothèque (au SIGB près, mais ce n’était pas si loin) est un fantasme d’il y a quelques années. Je ne crois pas qu’il s’en crée encore beaucoup désormais : on cherche plutôt comment faciliter les échanges d’informations entre systèmes spécialisés, qui font parfaitement ce qu’on leur demande de faire.

Attention : le service rendu au lecteur doit effectivement se faire autant que possible sous une forme lisse et unifiée. Une seule interface ou presque. Cela se fait à coup de CSS et de templates (pour que, d’un site à l’autre, la transition soit imperceptible — et je salue le travail du SCD de l’Université Versailles-Saint-Quentin pour l’intégration transparente de l’opac Primo à leur site web) ou d’échanges et transferts de données (duplications, API — et pourquoi, bientôt, RDF).

Bref, on s’efforce d’évacuer la problématique autour de l’outil lui-même (saura-t-il tout faire ?) pour s’intéresser davantage aux protocoles (petit clin d’oeil perso-pro) permettant de faire interagir les applications.

Du scandale de l’irremplaçabilité

Lors de sa mise en place (qui n’attendait naturellement que ma sortie de l’Enssib pour avoir lieu), il est assez vite apparu que Jubil était un outil difficile, voire impossible à administrer. En fait, je pense que d’une certaine manière nous avions le choix entre renoncer au produit (des mois, des années de travail) ou développer en interne des compétences pour rendre cette administration possible.

J’ai pour ma part poussé vers la seconde solution, d’abord parce que le résultat public me semblait mériter un tel effort, ensuite parce que l’acquisition de ces compétences m’intéressait.

Puis je suis parti (pour Nice).

Et le résultat (stagnation de l’outil pendant deux ans, avant sa fermeture) me pose sacrément question sur le choix de départ.

Le contenu de Jubil, du moins ce qui pouvait en être rapidement migré (donc la partie « Site web ») a été fondu dans le site de l’Université.

Je crois que ce qui m’attriste le plus, c’est de n’avoir sur ce blog aucune copie d’écran. Heureusement, il reste encore quelques vidéos nostalgiques

11 commentaires
  1. Raphaële Mouren permalink
    11/03/2011 17:14

    Bonjour,
    avez vous cherché sur la Waybackmachine d’archive.org, qui a dû aspirer le site plusieurs fois?
    RM

  2. 14/03/2011 09:56

    Je compatis, j’avais mis en place celui de Valenciennes, avec les mêmes réserves. Tiens d’ailleurs, il a fermé aussi.
    Quelques remarques en vrac :
    – mauvaise gestion de l’open source dans le cahier des charges : le prestataire a tergiversé sur la mise à disposition des sources et sur la qualité du service à fournir.
    – aucune évaluation a posteriori d’un produit complexe, avec des partis pris intéressants, mais qui se sont révélés faux (intégration totale dans l’ENT).
    – gros problème de formation des administrateurs : avec le libre, faut savoir aller seul très loin pour en faire profiter les usagers.
    Faudrait en reparler plus longuement, c’est douloureux mais très intéressant.

  3. 14/03/2011 14:40

    Quelle idée de prendre Jouve aussi, au lieu de prendre Archimed comme tout le monde😉
    Plus sérieusement, je commence à penser que les portails sont des usines à gaz, difficiles à administrer et difficilement intégrables aux autres outils universitaires (campus pédagogique, portail…). On peut soit acquérir des compétences pour mieux les administrer (et ça ne se fait pas assez) mais les plus grosses lacunes de ces outils demanderaient d’en re-développer une bonne partie. De plus en plus, je pense qu’un bon opac (facettes, recommandation, tags) intégrée dans une interface comportant plus de contenus, type blog, serait bien plus adaptée.

  4. 14/03/2011 15:00

    @Davidolib : le problème principal quand on cherche à se doter d’un portail, c’est qu’on focalise toute notre attention, toute notre énergie, toute notre démarche comm sur la valorisation de cet outil qui a coûté tellement cher.
    Donc on fait tout pour y faire venir les usagers…
    Après ça, faut pas s’étonner si la dissémination ne « prend » pas !

  5. 21/03/2011 09:08

    Bonjour Etienne,
    Vous nous aviez gentillement reçu, moi et ma collègue du SCD de Franche-Comté pour partager votre travail sur ce portail… Ici aussi même constat, beaucoup de travail pour au final tout jeter avec le sentiment d’un énorme gâchis humain et surtout financier… Tout ce temps perdu à persuader les collègues que « non ce n’était pas si mal que ça » alors que nous n’en pensions pas un mot car en effet car à une époque un SCD pour « exister » se devait d’avoir un « portail »…
    Depuis l’été dernier nous « revivons » grâce à Drupal et donc un site (ne me parlez plus jamais de ce terme « portail » ! ) fait 100% maison.
    E.T.

  6. 21/03/2011 09:57

    @Eric : merci de ce « témoignage ».
    Restent donc en lice, comme clients de portails Jouve (sauf erreur) : SCD de Nantes et BM de Rouen.
    On les applaudit !

  7. Gracile permalink
    02/05/2011 13:13

    Le site de la bibliothèque Cujas est aussi un « portail » conçu par Jouve. Mais j’ai cru comprendre que d’ici « peu de temps » (comprendre un an ou deux), cela devrait changer.

  8. Gracile permalink
    02/05/2011 13:26

    (suite du commentaire précédent)
    D’ailleurs, les personnes qui s’en occupent seraient bien inspirés de faire un tour sur ce blog, notamment ce genre de billets.

  9. 05/05/2011 22:10

    La conception du portail comme Grand Intégrateur des données, des applications et des services, était depuis un certain temps à ranger au musée des dinosaures. Surtout quand il s’appuyait pour l’essentiel sur des technologies Microsoft, même mâtinées d’open-source, tel un appendice artificiel. L’avènement de l’informatique mobile devrait inciter à clore définitivement ce moment de l’histoire de l’informatisation des bibliothèques.
    Aller plutôt vers une juxtaposition de services dont certains – ceux pour lesquels l’intérêt est avéré – devront être conçus pour être utilisés isolément, mais avec plusieurs type d’accès : via l’ordinateur « traditionnel », mais aussi , pour plus d’utilisabilité, le smartphone, et surtout : la tablette. Par exemple feuilleter les billets du blog de la BU, au lieu de les dérouler, c’est tout à fait possible…

    @davidolib « De plus en plus, je pense qu’un bon opac (facettes, recommandation, tags) intégrée dans une interface comportant plus de contenus, type blog, serait bien plus adaptée. »
    Plutôt d’accord, mais c’est donner à l’OPAC un rôle central qu’il est peut-être en train de perdre; sauf si on parvenait à en faire réellement le catalogue de l’ensemble des ressources. Questions récurrentes de notre ingénieur informatique : pourquoi diable les données de votre/vos SIGB sont si difficiles à exploiter ? et pourquoi, en fin de compte, ne peut-on TOUT y cataloguer ?

    Quant au(x) blog(s) comme matière première du site, nous nous apercevons tous les jours que cela nécessite une forte implication dans la création régulière de contenus, au détriment d’autres activités/fonctions. Ce n’est pas encore gagné : quasi un changement de culture !
    Mais c’est malgré tout la voie où nous nos sommes engagés, avec un nouveau (6 mois d’âge) site web (http://www.bu.u-picardie.fr ) « fait maison », pour prendre une formule inspirée de l’alambic.

    Resterait maintenant, même s’il n’est plus aussi central, à trouver un OPAC qui réponde aux critères : « Le minimum pour un Opac »; donc à changer, encore une fois, de SIGB ;-(

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