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Recommandation numérique et désir mimétique

23/11/2011

Le modèle du désir mimétique développé par René Girard s’applique de manière assez satisfaisante aux outils de recommandation et de partage de liens qui prolifèrent sur Intefrnet.

René Girard (2007) - photo Vicq -Wikimedia

René Girard (2007) - Par Vicq (Travail personnel) (domaine public), via Wikimedia Commons

Une récente émission (14 novembre 2011) des Nouveaux chemins de la connaissance (sur France Culture) fut consacrée au premier livre de René Girard, Mensonge romantique et vérité romanesque.

Ecouter l’émission

René Girard a marqué l’histoire de la discipline anthropologique mais aussi quelques autres comme l’herméneutique des textes bibliques avec 3 thèmes majeurs interconnectées :

C’est en tout cas ce que j’en ai retenu…

Cette émission à lui consacrée porte sur le désir mimétique. Le début de l’émission illustre et explicite parfaitement ce concept, en rediffusant la première publicité Nespresso.

L’argumentaire (comme pour beaucoup d’autres pubs) en est le suivant : Georges Clowney aime ce café. Donc vous allez aimer ce café.

Pour aller plus loin : quoique Georges Clowney aime, vous l’aimerez.

De manière plus général, mon désir n’est pas motivé par la qualité ou l’attractivité de l’objet désiré, mais par le fait qu’un autre le désire lui aussi.

Quand l’objet du désir peut être possédé par les deux (comme c’est le cas dans le partage en ligne d’informations), il est simple médiateur du désir. Il reste un modèle.

Quand cet objet est indivisible (au hasard : quand deux personnes désirent un être humain), le médiateur devient rival.

Sans développer plus avant la théorie elle-même (pourquoi ne pas réécouter l’émission ?), il me semble que ça peut fonctionner assez bien pour les pratiques de partage de liens et de recommandations, que ce soit sous la forme de boutons Like, de publication de tweets ou de veille partagée.

Suivre la veille de quelqu’un ne consisterait pas tant à se tenir informé qu’à espérer, à terme, ressembler à celui-ci en l’imitant dans ses lectures.

Pour dire les choses d’une manière plus satisfaisante pour l’ego : une même information est jugée plus ou moins intéressante selon la personne qui nous l’a recommandée.

Je vous laisse méditer là-dessus🙂

La limite de cette théorie dans le monde de l’internet, c’est qu’elle s’adresse aux personnes imitatrices, pour leur apprendre à ouvrir les yeux. Mais elle ne fournit pas les techniques pour faire croître son influence, ou, plus exactement, pour devenir un meilleur médiateur (quelqu’un de plus désirable, en somme…).

6 commentaires
  1. La petite chèvre de monsieur Seguin permalink
    23/11/2011 16:58

    Bêêê

    une même information est jugée plus ou moins intéressante selon la personne qui nous l’a recommandée.

    D’un côté, cette réponse est vraie (scientifiquement vraie) : suivant le degré de confiance accordé à la personne, on va trouver ce qu’elle recommande plus ou moins intéressant.

    Sauf qu’il se rajoute un autre paramètre contigu : mes centres d’intérêts.

    Même si la personne me recommande quelque chose que je déteste ou que je combats, je ne vais pas aller y voir très longtemps. Par contre, ma confiance en cette personne va décroître. C’est un équilibre entre confiance et centres d’intérêt.

    Le côté de la théorie de Girard marche bien pour les moutons (:-) ), en recherche d’imitation des autres, en recherche de copier-coller ?

    Mais quid des chèvres aventurières, des chèvres exploratrices ?

    A mon avis (de chèvre ?), suivre la veille de quelqu’un, ce n’est pas tant vouloir lui ressembler qu’étendre son champ d’exploration. Si on voulait vraiment lui ressembler, il faudrait suivre toutes ses veilles, lui coller à la peau sur tous les réseaux sociaux.

    De plus, quand on regarde le recto de la pub sur Clooney, on sait qu’il joue un rôle. Que c’est un film et que, nulle part, ça ne prouve son amour du Nespresso. C’est de la manipulation publicitaire.

    Encore faut-il apprécier George Clooney !

    Le mouton ne voit que la façade du monde, lorsque la chèvre est passée derrière le panneau. Elle, elle ne broute pas à une seule source, elle est prête à en découdre jusqu’à l’aube avec le loup de l’information, ce Web Hurlant (d’après Alphonse Daudet😉 ).

    La théorie de Girard est effectivement révélatrice, pour ceux qui ont oublié ce conte.
    Ou pour ceux qui abandonnent leur esprit à la manipulation du désir de l’autre.

    pour devenir un meilleur médiateur

    Comme l’influence, c’est un désir, pas une réponse cohérente.

    Un excellent médiateur ne se voit pas, n’a pas besoin d’augmenter son influence. Il poursuit sa démarche cohérente, dénué du désir des autres. C’est-à-dire sans se laisser impressionner par ses « maîtres » (notoriété, argent, pseudo-modèle, éleveur, etc.), parce qu’il a un but et une volonté propre qui se transcrivent en actes libres et indépendants.

    Dixit,
    La Petite chèvre de monsieur Seguin :o)

  2. 24/11/2011 09:09

    Bonjour, petite chèvre

    Il y a plusieurs manières de lire René Girard : on peut être fasciné, séduit, on peut être intéressé par certaines illustrations, on peut être d’accord sur un certain degré de comportement mimétique dans nos actes — on peut aussi tout refuser en bloc.
    Mais ce serait une énorme erreur de l’accepter sous condition qu’elle ne concernerait que les moutons.
    Sa théorie se veut anthropologique — autrement dit : universelle.
    Donc si tu l’acceptes en disant qu’elle ne peut pas te concerner, parce que tu n’es pas un mouton, mais que, OK, elle concerne les autres — en fait tu restes à côté de sa théorie (mais pourquoi pas ?).

  3. 26/11/2011 20:35

    Étant moi même bélier, j’ai cru un instant plus sage d’écouter une chèvre, mais en fait… non car la chèvre se trompe.

    Le principe d’autorité informationnelle ou d’autorité cognitive est universel et même si je suis totalement ignorant sur un sujet et que je veux l’explorer sans parler à personne mais uniquement grâce à des livres par exemple, je serais influencer par la présentation des ouvrages, la maison d’édition (les auteurs non, parce que je ne les connais pas comme je suis ignare), le fait qu’il soit en tête de gondole à la bibliothèque ou au supermarché. On accorde donc un « poids » plus important aux informations en fonction de leur provenance. C’est exactement le même principe que René Girard met en avant.

    Cordialement,

  4. La petite chèvre de monsieur Seguin permalink
    29/11/2011 23:55

    Bêêê

    Je pensais quand même qu’elle ne s’appliquait à personne, cette théorie.
    Et qu’il se trouvait plus de chèvres que de moutons de par le monde, plus de gens « uniques » (ou se désirant comme tel).

    Mais force est de constater que, moi-même, petite chèvre de Monsieur Seguin, je me suis battue par mimétisme avec Renaude : …la pauvre vieille Renaude qui était ici l’an dernier ? une maîtresse chèvre, forte et méchante comme un bouc.

    Battre le loup jusqu’à l’aube, par imitation de Renaude, mon âme l’en avait oublié.

    Est-ce qu’il est possible de transporter cette imitation mimétique en bibliothèque ?
    Je me pose la question.

    La tête de gondole serait meilleure que le reste du rayonnage ?
    En sachant que la tête de gondole (en supermarché) est celle financée au plus cher par le fournisseur du produit, on peut se poser la question de la véritable qualité dudit produit par rapport à son prix réel. Le coût, c’est toujours le consommateur qui l’assume.

    Le milieu de rayonnage est aussi dans les prix élevés. Lorsqu’il faut se pencher ou se dresser, le coût au mètre linéaire diminue… Oui, il faut faire un effort, ce qui justifie cette baisse tarifaire.

    Compter aussi, ça demande un effort, c’est pourquoi les pack familiaux sont maintenant plus chers que les paquets pour une ou deux personnes. Ou que les promos à deux boîtes sont régulièrement plus chères que deux boîtes à l’unité.

    C’est du commerce.

    Je doute que ce commerce soit vraiment applicable en bibliothèque. Même si on devrait l’appliquer. Treize livres à la douzaine, ça encouragerait fortement les gros lecteurs. Ou encore : vous lisez plus de cinquante livres par an, votre abonnement est gratuit (normal, ça fait gonfler le chiffre de prêts des bibliothèques, et les bibliothécaires devraient en être super-heureux !)

    Cependant, ce désir mimétique, j’ai du mal à le voir.

    Girard parle aussi d’un désir de possession à la place de l’autre : pour que l’autre n’ait pas quelque chose, il doit s’en emparer le premier.

    Principe difficile à appliquer en bibliothèque, sauf à proposer un règlement de compte sur un ring entre lecteurs. 🙂 Voir entre lecteurs et bibliothécaires pour décider de qui lira le livre en premier. (mais le bibliothécaire triche, il peut le lire avant la mise en rayons 😉 )

    Bref, ou de même, j’ai un peu de mal à voir comment les notions de modèle ou de rival peuvent s’appliquer en bibliothèque.

    Faut-il que les bibliothécaires fassent du cinéma ? Qu’ils nous vantent certains livres plutôt que d’autres ? (d’autres qu’ils ont pourtant acquis ?!) Qu’ils se battent entre eux, par média interposés, pour imposer tel ou tel ouvrage (ce serait rigolo à voir)

    Ou encore qu’ils deviennent modèle de recommandation pour les lecteurs ?
    Comment ? Avec quels moyens ?
    Sans sortir de leur statut de fonctionnaire ?

    Ça me semble difficile à concilier.

    Mais peut-être suis-je une petite chèvre trop cartésienne, trop éprise du discours de la méthode.

     » Ne recevoir aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle « .

    sans oublier la partie doute

    « Descartes doute d’abord des choses extérieures  »
    Peu importe la source ou de qui provient l’info, il lui faut d’abord éprouver les choses avant de les connaître pour vrais !

    « Pour vrais » ou pour pouvoir en tirer quelque chose. 😉
    C’est du kif-kif de chèvre !

    Dixit,
    La Petite chèvre de monsieur Seguin

  5. 30/11/2011 08:41

    @Petite chèvre :
    Je n’ai pas tellement abordé la question du désir mimétique en bibliothèque, mais dans le mode de partage de liens sur Internet.
    Donc je n’ai rien à répondre sur les remarques concernant « l’application du désir mimétique en bibliothèque ».

    Il faut tout d’abord se souvenir que René Girard a concentré sa réflexion sur les situations où le désir (mimétique, donc) a pour objet une chose non partageable. Et que la lutte qui découle de cette situation vient de la rivalité des protagonistes.
    L’information, c’est tout à fait l’inverse : elle est partageable. Et l’expression le savoir ne vaut que s’il est partagé par tous est d’ailleurs encore plus vraie dans ce contexte : pour devenir « leader d’informations », vous avez intérêt à partager l’information, et c’est si on suit vos partages d’informations que vous acquérez du pouvoir.

    En revanche, un des autres concepts manipulés par Girard, intéressant ici, c’est celui d’indifférenciation : si nous désirons les mêmes choses, nous nous ressemblons tous. Or une société, pour fonctionner, a besoin de différenciations.
    Et le partage de liens, dans un sens, aplani les différences quand seules quelques grands leaders d’infos se partagent ce rôle.
    Je pense que par « quelques leaders d’infos » il ne faudrait pas voir ce rôle dans un sens planétaire : bien sûr que non, il n’y a pas quelques leaders sur Twitter dirigent l’opinion mondiale.
    Mais au sein d’une communauté ?

    A noter : je suis tombé dans HAL sur un article appliquant les méthodes de l’anthropologie mimétique aux sept tomes de Harry Potter.

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