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Comment les éditeurs ont donné à Amazon un bâton pour se faire battre

15/12/2011

Traduction partielle de How Publishers gave Amazon a stick to beat them with, reprenant lui-même un article de Charles Stross : Cutting their own throats. J’ai rajouté quelques liens hypertextes, pour des éléments sans doute moins familiers au lecteur français (en tout cas au moins moi-même…)

En désignant la reproduction d’ebooks (abusiv. : « piratage ») par les lecteurs comme ennemi public n°1, et en choisissant les DRM comme outil pour la combattre, les éditeurs se sont livrés pieds et points liés à Amazon, en rendant les utilisateurs de Kindle dépendant de l’écosystème du géant américain.
Voir en parallèle cet article concomitant du Monde.fr portant sur Apple et la presse
.

« Le goût des sociétés pour les DRM est dû à la peur du piratage des ebooks. Mais à côté de ce piratage, la plus grande menace autour des ebooks, pour ces six grands éditeurs [Big Six] s’appelle Amazon, et la focalisation idiote des Big Six sur les DRM dans les ebooks offre à Amazon  un bâton pour les battre plus fort.

[…]

Une grande partie de ce contrôle réside dans le Kindle, propriété d’Amazon, leader des readers [:-) …].]. Stross explique que ce dispositif de DRM enferme de nombreux acheteurs d’ebooks à l’intérieur du système, étant donné qu’il est virtuellement impossible de lire des livres Kindle sur d’autres systèmes (sauf à utiliser le logiciel Kindle d’Amazon pour iPad, ou le Cloud Reader) sans acheter un nouvel exemplaire.

Si vous achetez un livre que vous ne pouvez lire que sur Kindle, vous allez naturellement être réticent à l’idée de migrer vers d’autres plates-formes de ebooks qui ne peuvent pas lire ces ebooks bridés pour Kindle — et encore plus réticents à l’idée d’acheter des ebooks sur des bases utilisant des DRM incompatibles

Les éditeurs — ainsi que certains auteurs, particulièrement ceux qui contrôlent la Authors Guild, qui s’est battue contre toute tentative de Google et d’autres pour ouvrir le marché des ebooks — ont été tellement obsédés par le piratage et le verrouillage de leurs produits, qu’ils ont permis à Amazon de prendre le contrôle de leur avenir (si ça vous rappelle quelque chose au sujet d’Apple et de l’industrie de la musique, ce n’est sans doute pas une coïncidence). Au lieu de rendre facile aux lecteurs le téléchargement des auteurs dont ils diffusent les oeuvres, sur différentes plates-formes, au lieu de leur permettre de les partager et de les copier, ils n’ont réussi qu’à permettre plus facilement  Amazon de les contrôler et de dominer ce secteur ».

—————————-

A l’occasion, je rendrai compte ici de mon utilisation du Kindle, acheté il y a un mois. Je ne me retrouve pas du tout dans cette description du « prisonnier d’un écosystème ». Mais l’article traite des éditeurs plus que des usagers, et en cela il reste — il me semble — pertinent.

7 commentaires
  1. 15/12/2011 12:41

    Honnêtement, je trouve qu’en ce moment, on a une vision vraiment trop manichéenne de l’industrie et c’est très dangereux pour tout le monde. Pendant qu’on focalise sur Amazon, on ne voit pas les problèmes chez les autres et on en arrive à des débats stupides où tout ce que fait le leader est propice à la critique quand d’autres choses aussi graves sont passées sous silence…

    À la base, les éditeurs ont commencé à avoir un problème avec Amazon quand celui-ci achetait les livres en gros pour 13 dollars et les revendait 9.90 dollars maximum. Ce n’était clairement pas bon pour leur business étant donné que les premiers clients des éditeurs sont les libraires, pas les lecteurs. En parallèle, il y a le lancement Amazon DTP (l’auteur court-circuite le « publisher » en publiant directement) qui devient KDP et a un succès retentissant (des auteurs auto-publiés avec des millions de ventes, concurrents des éditeurs traditionnels, qui viennent prendre leur part du gâteau. La situation empire quand des auteurs claquent la porte de leur maison d’édition pour publier directement sur Kindle, et vendre autant voire plus que leur éditeur…).
    Arrive Apple et son iBookstore, ce dont les éditeurs vont profiter pour imposer le contrat d’agence : le revendeur devient un simple agent qui touche une commission, il ne rachète plus en gros et revend au prix qu’il souhaite.
    Depuis ce jour, tout a été fait pour centrer les critiques sur Amazon. Les éditeurs ont une dent contre Amazon et tout le monde fait leur jeu.
    Mais dans le même temps…

    – Barnes & Noble (27% de pdm) fait modifier le DRM Adobe Adept pour que le DRM Nook interdise la lecture sur les appareils concurrents. Par contre, le Nook supporte le DRM Adobe…
    – Apple utilise un DRM maison, Apple FairPlay, lisible uniquement sur le matériel Apple.
    – Barnes & Noble construit un format propriétaire (.ebook) sur les « livres enrichis » (Nook for Kids), dérivé d’EPUB mais non intéropérable.
    – Apple authorise des apps-livres qui devraient être rejetés, et la raison est pourtant bel et bien marquée noir sur blanc dans leurs conditions de publication (« Un livre-app techniquement possible en EPUB sera rejeté », c’est le cas d’au moins 60% de la production aujourd’hui). Or, un app-livre est non-intéropérable et totalement dépendant d’une plateforme, autant pour sa diffusion que pour sa lecture. Le jour où Apple respecte ses propres conditions, ça risque de faire très mal et on entendra les éditeurs gueuler à coup sûr vu les investissements qu’ils font dans l’app-livre (frameworks, production, etc.).
    – Barnes & Noble fait savoir qu’il refusera de vendre le livre papier de l’éditeur dans ses magasins si une version numérique n’est pas disponible sur Nook, divise par 2 voire 3 ses commandes de livre papier dans le même temps.
    – Kobo impose le DRM à tout le monde. Les éditeurs qui n’en veulent pas sont obligés d’en mettre un.
    – le DRM Adobe Adept est géré par une société-tierce qui fait payer cette solution. En gros, les éditeurs qui choisissent cette solution dépendent totalement de la volonté d’un acteur extérieur.
    – etc.

    Le problème dépasse largement le cadre du leader Amazon, mais les autres passeraient limite pour les chevaliers blancs puisqu’on entend quasiment personne leur gueuler dessus.

    Ce qui est en train de se dérouler est extrêmement grave puisqu’on focalise sur un acteur au lieu de rendre le marché plus sain et développant les critiques envers tous les acteurs. Nous nous retrouvons dans un débat subjectif basé sur la rancune et la rancoeur au lieu d’adopter un point de vue objectif des problématiques du livre numérique. Du coup, nous nous retrouvons dans une situation totalement stupide où l’un ne peut plus rien faire, et les autres peuvent faire passer tout et n’importe quoi dans son ombre.
    Et je pense sincèrement que si nous continuons dans cette démarche stupide, absolument tout le monde va y perdre…

  2. 15/12/2011 15:26

    @Jiminy Panoz : Merci beaucoup pour votre réaction et pour toutes les informations que vous y donnez.
    Je ne suis pas un spécialiste de ces questions concernant le monde de l’édition en ligne, et je me garde un peu d’émettre un avis sur ce qui se dit dans le texte que je traduis.
    Bien évidemment, si je le traduis, c’est qu’il m’intéresse et que j’y souscris (ou que je suis tenté d’y souscrire ?).

    Même si je veux bien être d’accord avec vous sur l’idée de ne pas focaliser sur un seul grand méchant Amazon et que d’autres évolutions sont critiquables, je n’avais pas eu l’impression en lisant cet article qu’Amazon était spécifiquement la cible de l’article.
    Il m’a plutôt semblé que le message s’adressait aux éditeurs, pour leur signaler que leur attitude n’était pas la bonne, et qu’il serait préférable d’abandonner cette incrimination du lecteur comme voleur potentiel, pour s’efforcer plutôt de lui proposer un service qui donne envie de l’acheter pour s’en servir.
    C’est plus une dénonciation des DRM — et une leçon donnée aux éditeurs (du genre : vous l’avez bien mérité), puisqu’on a plutôt l’impression qu’Amazon a souscrit aux demandes (y ayant tout intérêt lui-même, évidemment) sans chercher forcément à imposer ces DRM (ce qui est d’ailleurs le cas — mais en l’occurrence il y avait apparente communauté d’intérêts, ou au moins communauté de volontés).

  3. 16/12/2011 14:32

    Ah le passage au numérique… Les éditeurs de livres sont chanceux, car ils ont eu plus de temps que dans les autres domaines pour s’adapter. Et pourtant, au lieu d’évoluer, ils essayent de conserver leur place coûte que coûte.

    Pour finir sur les DRMs en image : http://xkcd.com/956/

  4. 20/12/2011 13:36

    Chaque jour renforce l’évidence que l’attitude des éditeurs traditionnels par rapport à la révolution numérique est insensée. La technologie numérique est une réalité qui aura dans l’édition le même effet de lame de fond que dans la téléphonie, la photogaphie et la musique. Qui a encore des 33 tours et qui utilise encore des appareils argentique ?

    Bien sûr, et heureusement, le numérique ne tuera pas le livre papier. Mais les parts de marché de celui-ci vont décliner de manière drastique en peu d’années. Le numérique permet notamment de produire des « livres » pour presque rien, puisque dématérialisés. Ce qui rend en bonne partie obsolète le modèle économique de l’industrie et la chaîne du livre telle qu’elle subsiste encore aujourd’hui.

    Aux Etats-Unis, une demi-douzaine d’auteurs sont déjà devenu « millionnaires » en termes de ventes sur Amazon et d’autres plateformes. Des auteurs le plus souvent autopubliés sur le Kindle Store. (Je l’ai fait aussi sur le KS d’Amazon.fr) Mais des auteurs reconnus dans l’édition traditionnelle vont suivre. Pourquoi ? Voyez l’exemple de Barry Eisler, traduit en vingt langues, qui a refusé ce printemps une avance de 500 000 $ de son éditeur St Martin’s Press pour se lancer sur Amazon. Il a fait ses calculs et s’est convaincu, vu la taille du marché électronique aux Etats-Unis, qu’il gagnerait plus en vendant son dernier bouquin (« The Detachment ») bien moins cher en Ebook qu’en papier. Et pouvoir acheter des livres à bon compte, c’est ce que veulent les lecteurs/consommateurs, et c’est ce que feignent d’ignorer les éditeurs traditionnels qui – avec cette farce du « prix unique du livre numérique » – vendent parfois leurs Ebooks récents plus cher que la version papier ! Du suicide.

    Eisler s’est livré à deux conversations en ligne avec John A. Konrath, le premier à avoir eu du succès (en 2009) sur Amazon. Thème de leurs discussions: la révolution numérique vue du côté des auteurs. Ils sont acides envers les éditeurs traditionnels (« legacy publishers »), mais pleins de bon sens. Et très drôles.

    Voici le dernier de leurs échanges, au sujet d’un mémo du groupe Hachette sur sa position face au numérique et à son rôle général d’éditeur:

    http://jakonrath.blogspot.com/2011/12/eisler-konrath-vs-hachette.html

    Et celui-ci, datant de mars dernier et plus général, sur la question de l’autopublication versus l’édition traditionnelle:

    http://barryeisler.blogspot.com/2011/03/ebooks-and-self-publishing-conversation.html

  5. Steve Jordi permalink
    20/12/2011 14:55

    Je ne peux qu’abonder dans le sens de Florian.

    Ce qui me dépasse c’est que le problème a déjà été rencontré, comme il le dit, par exemple par le monde la musique. Les éditeurs se sont crispés, ont dit non à tout, ont voulu contrôler le tout. Résultat? Des pertes abyssales, car ils ont poussés les gens à faire du piratage.
    Quand itunes est arrivé et qu’il était possible de n’acheter que quelques morceaux, les gens ont suivi. Surtout avec un prix abordable! La meilleure manière de lutter contre les copies illégales.

    Le monde de la musique a même l’hypocrisie de déclamer aujourd’hui qu’ils ont toujours été pour ce modèle d’affaire, que le numérique a toujours eu leurs faveurs, qu’ils ont toujours voulu évoluer avec leur temps. Facile une fois que grâce au numérique ils récoltent des milliards.
    Fox et Paramount étaient contre les DVDs et ont lancé le Divx (rien à voir avec le format divx d’aujourd’hui) en 1998 car ils voulaient qu’un film vu plus de deux fois devienne payant. Ils se sont plantés et prétendent aujourd’hui avoir toujours soutenu le format DVD.

    Le monde des éditeurs aujourd’hui est saisissant car ils n’ont aucune excuse pour commettre les mêmes erreurs. Pourquoi ne prennent-ils pas exemple sur le monde de la musique?
    Certains éditeurs, comme O’Reilly par exemple, offrent tous les titres en électronique, sans DRM, à moitié prix du papier. Et en plus quand on achète un livre, on l’a en mobi, epub et PDF.

    On assiste en fait à la réaction d’enfants gâtés arc-boutés sur leurs petits privilèges qui refusent de céder une part du gâteau aux auteurs (70% au lieu de 4% ou 7%). Puis ensuite ils prétendent être les garants de la qualité! Vraiment? Quand on voit ce qui peuple les rayons, l’on est en droit de mettre en doute cette affirmation.

    Les éditeurs devraient se reconvertir et aider justement à la réalisation de livres électroniques de bonne facture, et à conseiller. Les libraires servent à cela.

    Et quant au profit, une certaine tendance se dessine déjà aux USA: en hésitant devant un titre, si vous devez l’acheter 30$ en librairie, vous allez probablement laisser tomber. Si vous le trouvez sur Amazon en ebook pour 4$, vous le prendrez.
    Et que se passe-t-il si un livre vous plait vraiment? Vous allez aussi l’acheter en papier pour avoir l’objet, pour l’offrir, etc. Donc purement en terme de profits, c’est gagnant.

    La seule chose à dire aux éditeurs aujourd’hui c’est « shame on you »!

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