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(Travailler) ensemble, c’est tout

16/04/2014

Deux articles lus récemment se font écho de manière d’une manière très intéressante :

Working together - par Lollyman -- CC-BY-NC-ND-2.0

Working together – par Lollyman — CC-BY-NC-ND-2.0

Dans le premier billet, j’ai l’impression que la quasi totalité des commentateurs (je ne les ai pas relus pour m’en assurer) est passée à côté de la conviction exprimée par Bertrand Calenge, et qui faisait l’objet du billet. Cet article ne venait pas vanter la qualité de l’offre de formation pour les conservateurs (même s’il s’efforçait de donner à voir que tout avait été mis en oeuvre pour qu’elle soit de qualité, et résultait d’un consensus) mais plaider pour que les 2 corps, conservateurs d’Etat et conservateurs territoriaux, continuent de passer par un même creuset.

L’existence d’un creuset commun permettant de s’assurer que l’ensemble de ceux qui « sont passés par là » ont entendu les mêmes discours, et pourront donc partager un même vocabulaire, une même vision — même pour la contester.

Là-dessus arrive ce rapport de l’IGB (dont je n’ai encore lu que le compte-rendu par la Gazette des communes), qui promeut des partenariats plus étroits entre BM et CDI. Et pour cela, l’IGB encourage les bibliothécaires et les documentalistes à apprendre à se parler.

Et comment leur apprendre à se parler ?

La proposition-phare du rapport concerne la formation : les auteurs préconisent de créer une « culture commune », grâce à des cursus de formation partagés.

On y revient : pour savoir travailler ensemble, il faut être passé par une formation commune, qui va nous doter d’outils communs. De schémas de pensée et de langage communs.

Jusqu’à ce jour, j’en étais moi-même plutôt convaincu : indépendamment de ma souffrance personnelle des 18 mois d’Enssib sur laquelle ma pudeur m’incite à ne point m’étaler, j’ai quelque part dans un coin de mon esprit la conviction que si j’ouvre un jour la porte d’une bibliothèque municipale (pour y travailler, hein, pas comme lecteur), je partagerai déjà des manières de réfléchir, et le vocabulaire des maîtres de ces lieux.

———————

Et puis…

Et puis ce billet m’est revenu à l’esprit.

Je me demande finalement si notre satisfaction à disposer ainsi d’un creuset commun, d’une identité professionnelle forte (réseaux, vocabulaire, technicité, etc.) ne sont pas un obstacle quand il s’agit de travailler avec d’autres professions.

Considérer l’objectif d’une formation commune comme un enjeu aussi stratégique et décisif, c’est peut-être déjà se donner un handicap, pour les occasions où on se retrouve à travailler avec des personnes et des services plus diversifiés.

Bref, cette formation commune qui devrait être un atout supplémentaire, semble devenir une condition sine qua non.

L’alternative ? Chercher précisément à travailler avec des gens qui ne pensent pas comme nous, qui n’ont pas la même culture. Les bibliothèques sont à la croisée de multiples chemins.

Tous de grands enfants – photo par woodleywonderworks — CC-BY-2.0

6 commentaires
  1. Un conservateur détaché permalink
    17/04/2014 18:36

    Témoignage d’un conservateur territorial en détachement dans une grande bibliothèque de l’Etat : je ne veux pas citer l’établissement où je travaille mais je peux vous dire que nous n’avons aucune culture professionnelle commune. J’ai très souvent des confrontations fortes qui portent sur les valeurs et les pratique professionnelles.

    A un autre niveau, il suffit de voir ce qu’à donné le passage d’un directeur d’une grande bibliothèque municipale à la Bpi, ce n’a pas été un choc mais une explosion nucléaire.

  2. B. Majour permalink
    19/04/2014 16:05

    Est-ce que ce n’est pas, aussi, une question d’autorité ?

    En cas de conflit qui aura raison, le conservateur Etat ou le conversateur Territorial ?
    Même formation, même niveau de compétence, personne ne peut s’arroger un droit supérieur à l’autre. Tu as aussi ce paramètre à prendre en compte.

    Après, est-ce qu’il s’agit bien de former des gens (dans un même creuset) pour leur permettre de travailler ensemble, ou de prendre des gens venant d’horizons différents parce qu’ils apporteront autre chose.
    Est-ce que la formation CNFPT va changer l’horizon des conservateurs territoriaux ou est-ce qu’on aura la même sauce, mais arrangée différemment.

    C’est loin d’être évident.
    Les conservateurs vont exercer le même métier.

    De plus, si on veut vraiment ouvrir les portes des conservateurs à d’autres profils, il faut faire tomber le concours. Un concours, ça sélectionne obligatoirement les gens qui ont quasi le même profil. Rien que pour le réussir… tu es obligé d’avoir les mêmes réponses que le voisin.

    Je me demande finalement si notre satisfaction à disposer ainsi d’un creuset commun, d’une identité professionnelle forte (réseaux, vocabulaire, technicité, etc.) ne sont pas un obstacle quand il s’agit de travailler avec d’autres professions.

    Oui, c’est un obstacle pour ceux qui restent coincés dans leur bulle conservatrice.😉

    Mais si un jour tu viens en BM, que tu t’occupes autant du bambin de trois ans que de l’octogénaire un peu sourde, que tu puisses dialoguer avec les professeurs des écoles, avec la collègue du CDI, la directrice de l’EPAD, sans oublier la Halte-Garderie, les collègues de la BDP… et cela sans froisser les élus, sans dire un mot de trop qui sera interprêté de travers par les uns ou par les autres, tout en ayant l’estime de tes administrés, là, je peux te garantir que tu sauras travailler avec d’autres professions.

    Non par choix, mais par nécessité.

    Comme tu le dis : Les bibliothèques sont à la croisée de multiples chemins.
    Et c’est vrai.

    Par contre, est-ce aussi vrai de ceux qui forment les conservateurs (ou les bibliothécaires) ?

    Bien cordialement
    B. Majour

  3. 22/04/2014 21:24

    @Conservateur détaché : En dépit des apparences, ce n’était pas le sujet du billet : je ne parlais finalement pas de formation des conservateurs, ni de culture commune entre territoriaux et Etat.
    Je parlais de notre difficulté (et dans « notre », puis-je vous inclure ? en tout cas moi, je m’inclus) à travailler avec des personnes qui n’ont pas la même culture que nous.
    Pour reprendre les termes du billet : nous sommes apparemment (j’en veux pour preuve le billet de Bertrand Calenge et le rapport de l’IGB) très exigeants, et voulons que nos partenaires aient suivi la même formation que nous, c’est presque une condition pour être sûr d’être capables de travailler ensemble.
    Mais je n’incrimine ni M. Calenge ni l’IGB : je ne les prends que comme des symptômes d’un problème plus large.

  4. 06/05/2014 22:18

    Bonjour et merci pour ce billet et les interrogations qu’elles ont suscité en moi, même si je le reconnais malheureusement (c’est ça qui est chiant avec Internet, l’infobésité tout ça), dans quinze jours il est possible qu’il ne m’en reste plus grand-chose… si ce n’est peut-être cette photo de petits garçons aux cheveux trempés dont l’indécence risque de me hanter encore longtemps, malgré la tolérance que je peux déployer envers les goûts personnels de mes collègues du web, notez.
    (et vous remarquerez que je n’ai pas l’outrecuidance de parler de votre autre illustration qui figure trois hommes en train de se précipiter vers la curiosité phallique qui sort du pantalon de leur ami manifestement satisfait)

    Plus sérieusement, je voudrais apporter la précision qu’avant la toute récente décision du cnfpt, les conservateurs territoriaux étaient, je crois, déjà en partie formés AVEC les administrateurs de la territoriale, et que ces derniers n’étaient pas non plus forcément les plus enclins à symbioser comme des malades leur culture professionnelle. Ce n’est bien sûr pas pour critiquer, mais juste pour relativiser et dire que la difficulté à rencontrer l’autre n’est sans doute pas propre qu’au petit peuple des bibliothèques.

    Mp

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