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La Transition bibliographique est-elle une transition comme les autres ?

05/07/2022

J’ai en projet un ou deux billets sur les fondements de la Transition bibliographique (puisqu’au département des Métadonnées — et ailleurs — on est beaucoup dans le comment, à tel point qu’on risque parfois d’en oublier le pourquoi).

Mais avant d’entrer dans ce vif du sujet, j’avais envie d’interroger le terme même de « transition ».

Qu’est-ce qu’une transition ?

Si on laisse de côté son sens grammatical (le premier fourni par le Littré, notamment) dans la construction des discours, le terme de « transition » se rattache à la théorie des systèmes et désigne le passage graduel d’un état stable et dynamique à un autre état stable et dynamique.

Oui, un état peut être à la fois dynamique et stable : stable ne veut pas dire immobile. Et dynamique signifie qu’il contient des transformations internes qui n’en modifient pas les caractéristiques.

  • « un système est stable si et seulement si , écarté de sa position d’équilibre, il tend à y revenir »(Un culbuto est un système stable)
  • un système dynamique est un système qui évolue de façon à la fois causale (son avenir ne dépend que de phénomènes du passé ou du présent) et déterministe (à une condition initiale donnée à un instant t va correspondre un seul état possible à l’instant t+1)

Un système stable et dynamique contient donc en interne les conditions de sa propre évolution.

Le site de l’académie de Nantes signale que cette notion de transition est au cœur du programme d’histoire-géographie en classe de seconde, selon l’académie de Nantes. et voici comment cette notion est définie : la notion de transition est mobilisée pour rendre compte de ces grandes mutations. Elle est déclinée à la fois à travers l’étude des évolutions environnementales, démographiques, économiques, technologiques et à travers l’étude des mobilités qui subissent les influences de ces évolutions. Cette notion de transition désigne une phase de changements majeurs, plutôt que le passage d’un état stable à un autre état stable. Elle se caractérise par des gradients, des seuils, et n’a rien de linéaire : elle peut déboucher sur une grande diversité d’évolutions selon les contextes.

Cette définition ajuste un peu ce que je disais précédemment : la notion de transition est là pour caractériser le processus de transformation, plutôt que ce qui le précède et ce qui le suit.

Conséquences / caractéristiques

Que retenir à ce stade ?

D’abord, que la progressivité est intrinsèque à la transition. Cela signifie qu’à tout moment on peut être amené

  • si on y est vraiment
  • si on y est encore
  • si ça ne devrait pas aller plus vite, ou plus lentement
  • si ça va durer encore longtemps

Ensuite, il y a un changement de nature entre l’état initial et l’état final : logiquement, ce n’est pas le même état qui aurait un peu évolué. De même qu’on doit espérer que la « transition écologique » aboutisse à une société différente de celle d’avant, la « transition bibliographique » n’est pas censée être un ajustement des catalogues précédents, mais bien transformer profondément leur nature. Le choix de le faire par une transition (plutôt que par une révolution, un bouleversement brutal) dit quelque chose de la méthode choisie, pas de la distance entre les deux états.

Par ailleurs, la gradualité n’est pas forcément anticipable, ni régulière (de nature et de vitesse identique), durant tout le processus.

Enfin, une transition est par nature temporaire (ou alors c’est autre chose) : il faut souhaiter en sortir.

Le fait de viser un futur état stable et dynamique a comme conséquence que la période de transition inclut la préparation du futur équilibre : quelle sera la dynamique (et la stabilité) du futur état ? Pour dire les choses plus concrètement pour la transition bibliographique : en plus de s’occuper de réécrire les règles de catalogage et de migrer les données, la période de transition est aussi celle qui prépare le pilotage des règles de catalogage (et de la manière de faire évoluer les règles et les données) pour la suite. 

De quoi parle-t-on à l’étranger ?

J’ai l’impression que la plupart des pays se sont simplement mis à adopter RDA comme code de catalogage, mais sans chercher à implémenter LRM comme modèle structurant la base de données de leur catalogue. L’enjeu est donc assez différent : même s’ils se lancent dans la reprise des données antérieures pour rendre les zones conformes aux consignes RDA, pour autant que ce soit possible (remplacer les abréviations par les termes non abrégés, alimenter un référentiel Type de média – type de contenu – type de médiation à partir des informations présentes dans les notices, etc.), ça n’est pas un défi de même nature que le projet de transition bibliographique tel qu’il est porté en France.

La réponse est : oui

Puisque le titre du billet était une question, il me semble que la réponse est positive : le terme de « transition bibliographique », choisi il y a plusieurs années à présent — et alors même qu’on en écrit largement le chemin au fur et à mesure — relève bien de la notion de transition , si on la prend au sérieux :

  • elle vise à s’arrêter un jour
  • on doit arriver à un nouvel état stable et dynamique.Ce nouvel état sera très différent du précédent
  • la gradualité des évolutions, durant cette phase de transition, est irrégulière : il y a des étapes plus importantes, plus compliquées, que d’autres

J’en retiens surtout qu’on travaille aujourd’hui, que notre énergie et notre temps de cerveau disponibles, sont consacrés aujourd’hui à la réalisation de cette transition elle-même : cela veut dire qu’on n’en est pas encore vraiment à organiser l’après.

Bien sûr, cette réflexion viendra en temps utile. Mais cette phase de transition devra absolument, à un moment donné, instruire une description de ce que sera ce monde d’après, ne serait-ce que pour gagner en lisibilité pour tous les établissements qui y sont engagés (et peut-être plus encore pour ceux qui n’y sont pas) : circuit du document, organisation du travail, etc. Bref, ce que sera le paysage bibliographique, hors données elles-mêmes, au lendemain de la Transition bibliographique.

Au fait, si on arrive à produire un nouveau système « stable et dynamique », avec une mise en place progressive et différenciée par établissement, comment saura-t-on qu’on est sorti de la Transition bibliographique ?

Cette question me fait penser à une autre, posée un jour sur un blog : comment sait-on quand on est « jeune » (ou qu’on ne l’est plus). La réponse proposée était : on sait qu’on est jeune quand on ne se pose pas la question de savoir si on l’est. Bref, seuls les vieux savent qu’ils ne sont plus jeunes. L’information n’est donc accessible qu’a posteriori.

La fin de la Transition bibliographique n’est certes pas imminente, mais elle n’a jamais été aussi proche !

Je me souviens qu’en 2016 ou 2017, lors d’une journée du groupe Systèmes & Données, il a fallu assurer explicitement — à ceux qui se demandaient quand cette Transition bibliographique aurait lieu — qu’on était en plein dedans. Je me demande si ceux qui se posent cette même question (alors, cette Transition, c’est pour quand ?) sont encore nombreux.

Quoi qu’il en soit, le prochain billet sera grosso modo pour reprendre une question un peu différente : au fait, cette Transition, c’est pour quoi ?

3 commentaires leave one →
  1. GILDAS ILLIEN permalink
    05/07/2022 18:51

    Cher Étienne
    Merci pour cette analyse épistémologique du concept de transition bibliographique, qui va bien au-delà de ce que pouvaient seulement imaginer ses (en vrai, son) fondateur.
    J’ai un immense respect pour les artisans et les gardiens des chantiers au temps long qui honorent plus que de raison les promesses de leurs prédécesseurs désinvoltes.
    Bravo et courage à tous les trabsitionneurs
    Gildas

  2. 11/07/2022 07:59

    @Gildas : merci pour les voeux. J’avoue qu’en creusant (pas si loin que ça, mais bon) la signification du terme, j’ai été étonné de voir à quel point le terme de transition était bien adapté au processus en cours. A condition qu’on parvienne à en sortir, bien sûr !

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